A travers la ville d'Alger, du port à la Casbah

1948
57s
Réf. 04719

Notice

Résumé :

Symbole de la ville coloniale, Alger possède une morphologie particulière, avec ses quartiers européens, distinctifs par leurs bâtiments administratifs et leurs hôtels, et ses quartiers traditionnels, notamment la Casbah, sur les hauteurs de la ville.

Type de média :
Date de diffusion :
1948
Lieux :

Contexte historique

Fondée sous son nom actuel comme port du royaume ziride à la fin du Xe siècle, Alger a pu, face à l'Europe, exploiter sa position médiane sur le littoral du Maghreb central. Sa situation est celle de bien des grands ports méditerranéens, sur une baie arquée ouverte au nord, adossée à la retombée est des collines du Sahel, près du débouché littoral d'une plaine fertile, la Mitidja. Au-delà, elle commande l'accès, vers l'ouest, à la vallée du Chelif, vers l'est, aux hautes plaines constantinoises, voies naturelles traditionnelles qui relient la Tunisie au Maroc. Au sud, la vallée de la Chiffa l'ouvre, à travers les steppes, au Sahara et à l'Afrique sub-saharienne.

La ville connaît un premier essor important en devenant au XVIe siècle la capitale d'un Etat algérien vassal de l'empire ottoman et l'un des principaux centres de la guerre de course des Barbaresques en Méditerranée. Au XVIIe siècle, la ville compte plus de 100 000 habitants. Vainement assiégée par Charles Quint en 1541, elle est réputée imprenable. Souhaitant mettre fin à la piraterie en Méditerranée en s'emparant de leur principal port-refuge, les troupes françaises commandées par Bourmont débarquent à la pointe de Sidi-Ferruch en juin 1830 et s'emparent d'Alger les 4 et 5 juillet 1830. Si la prise de la ville ne constitue au départ qu'une simple opération de police, l'occupation française se prolonge pendant plus de 130 ans : Alger devient la capitale de la nouvelle colonie d'Algérie et à partir de 1848, la préfecture du département du même nom.

L'occupation française va profondément transformer la ville qui se développe rapidement, se peuplant d'émigrants européens au cours de la deuxième partie du XIXe siècle, principalement d'origine française. Ceux-ci s'installent dans les faubourgs, comme le quartier populaire de Bab El-Oued, tandis que la population musulmane, que vient grossir un important exode rural en direction de la capitale, se concentre plutôt dans les quartiers traditionnels, notamment la Medina et la Casbah, situées sur les hauteurs de la ville. Les colonisateurs favorisent également le développement du port, conçu comme le lien majeur du pays avec la puissance coloniale. Et dans les quartiers de la Marina, à proximité du port, sont construits de nombreux bâtiments administratifs et édifices publics.

Peuplée de 320 millions d'habitants en 1931, Alger apparaît comme la ville la plus importante et la mieux équipée de l'Empire colonial, avec notamment son université, son Institut Pasteur, sa Bibliothèque nationale, son Musée National. Cette "ville port" bénéficie largement de son rôle d'interface entre la métropole et l'Algérie, profitant ainsi d'une importante politique centralisatrice et concentrant l'essentiel des pouvoirs économiques, politiques et culturels. Si la ville possède une forte dimension européenne, Alger devient à partir des années 1930 un important foyer du nationalisme algérien et connaît au cours de la guerre d'Algérie (1954-1962) des heures tragiques, notamment en 1956-1957 avec l'organisation par le FLN de nombreuses actions terroristes et la grande opération de répression menée par le général Massu ("bataille d'Alger"), puis en 1961-1962, lorsque l'évolution vers l'indépendance de l'Algérie entraîne d'importantes violences entre les deux communautés, pied-noir et arabe.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Les images montrent parfaitement le dualisme de la ville coloniale et son organisation spécifique. Les quartiers situés près du port, le long du littoral, constituent le cœur de la ville européenne, avec ses bâtiments administratifs, ses édifices publics, ses grands immeubles et grands hôtels, desservis par de larges boulevards. Edifices et infrastructures de cette "ville européenne" visent à la fois à magnifier la puissance française tout en offrant aux colons un cadre de vie familier. Le commentaire du reportage insiste largement sur l'œuvre de modernisation réalisée par la France à Alger, contribuant à transformer profondément la ville et le cadre de vie de ses habitants en un siècle.

A l'inverse, accrochée à sa colline et dominant le port, la Casbah conserve l'héritage de l'urbanisme précolonial : sur moins de 1 kilomètre carré s'étend un quartier surpeuplé, surtout de migrants des campagnes. Hormis d'anciens palais et des mosquées - d'époque turque essentiellement -, le quartier connaît un processus de taudification important, contrastant fortement avec la modernisation des quartiers européens. Riche en échoppes, ateliers artisanaux et trafics en tout genre, la casbah connait une activité intense et constitue aux yeux des européens l'incarnation d'un véritable mythe exotique, symbolisé par ses poufs, ses mouquères et femmes voilées...

Mais la casbah est surtout un quartier misérable où viennent s'entasser les pauvres fellahs venus de la campagne pour chercher un travail. Son dédale de ruelles en fait enfin une cache idéale et la casbah servit de refuge aux nationalistes pendant la guerre d'Algérie, obligeant en 1957 les parachutistes du général Massu à de nombreuses opérations de police dans ce quartier lors de la "bataille d'Alger".

Emeline Vanthuyne

Transcription

Présentateur
Mais Alger, cette splendide ville moderne, se réduisait à peu près à ceci en 1830. Des maisons vétustes, comprimés comme des grains de grenade. L'ombre de Fromentin peut revenir dans l'un de ces cafés, la Casbah est toujours celle qu'il a décrite. Un mélange affolant de types, de couleurs, d'odeurs et de bruits, un fantastique lacis de ruelles tortes, d'escaliers. Nous imaginons la surprise d'un soldat de 1830 à découvrir l'Alger d'alors. C'est encore à plus un siècle de distance, celle du touriste qui quelques heures après avoir quitté Paris, se hâte vers les hauts quartiers de la ville blanche. Mais Alger est maintenant autre chose que l'ancienne Casbah. Avec quelle vigueur la France a su ouvrir ses fenêtres. La ville nouvelle a crevé les vieilles murailles de Kheir ed-Din, s'est élancée par paliers vers les hauteurs, élargissant ses artères, se musclant de somptueux monuments, d'immeubles trop hauts peut-être et trop parisiens.

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