Le départ de la "croisière noire"

25 octobre 1924
06m 01s
Réf. 04720

Notice

Résumé :

Le 25 octobre 1924, à Colomb-Béchar, une cérémonie militaire est organisée pour le départ de la "croisière noire". Les 8 autochenilles Citroën prennent la route à travers la Centre-Afrique, sous la caméra de Léon Poirier.

Type de média :
Date de diffusion :
25 octobre 1924
Source :

Contexte historique

La "croisière noire", expédition lancée par André Citroën en 1924-1925 à travers l'Afrique, s'inscrit dans un double contexte. Le premier, ce sont les progrès considérables réalisés par l'industrie automobile française depuis la Première Guerre mondiale, qui a vu la mise au point de nouveaux modèles, plus performants. A bien des égards, André Citroën apparaît depuis la fin de la guerre comme un avant-gardiste. C'est le premier à reprendre dans ses usines de Javel le principe de la chaîne tractée - qu'il avait utilisé lors de la guerre pour produire des munitions - dans le cadre de la production automobile. Cette technique lui permet d'être le premier en France à lancer une voiture de grande série, la torpédo type A de 10 CV (1919) puis la 5 CV (1922). Certains de ses modèles sont équipés de chenilles afin de s'adapter à tous les types de terrains et de reliefs (Citroën achète en 1920 le brevet du système mis au point par l'ingénieur Adolphe Kégresse). C'est également le premier à recourir aux techniques publicitaires les plus diverses afin de séduire le public et de montrer la supériorité de ses voitures sur ses concurrents.

Le second élément permettant d'expliquer l'organisation de la "croisière noire", c'est l'importance nouvelle acquise par l'Empire depuis la Première Guerre mondiale (la mobilisation de ses hommes et de ses ressources au service de la métropole a démontré toute son importance) et l'intérêt nouveau qu'il suscite auprès d'une opinion qui semblait relativement indifférente à la colonisation à la fin du XIXe siècle. L'Empire suscite désormais de nombreuses vocations, attire les entrepreneurs, les hommes d'affaires, mais aussi les géographes, les scientifiques... Le continent africain commence à intéresser de plus près André Citroën au début des années 1920. Une première expédition est organisée en décembre 1922 : la traversée du Sahara en Automobile. Son succès ouvre la porte à l'idée d'une véritable traversée de l'Afrique, Citroën souhaitant relier Colomb-Béchar (sud du Maroc) à Tananarive (Madagascar).

L'expédition demande plus d'un an de préparation. Le gouvernement français et l'armée, conscients de l'opportunité que cette expédition représente, encourage largement l'initiative. Dirigée par le directeur général de l'entreprise, Georges-Marie Haardt, assisté de l'officier méhariste Louis Audoin-Dubreuil, la "croisière noire" quitte Colomb-Béchar le 25 octobre 1924. Pendant plus d'un an, les 8 autochenilles Citroën parcourent 28 000 km à travers l'Afrique (traversant successivement l'Algérie, le Niger, le Tchad, l'Oubangui-Chari, le Congo belge, puis ralliant l'Océan indien à travers quatre itinéraires différents), suscitant un engouement inouï tant du public que des milieux scientifiques, artistiques et économiques. Afin de s'adapter aux différents types de terrains, les autochenilles Citroën ont reçu quelques perfectionnements, les distinguant des modèles fabriqués en série (système de refroidissement du moteur, six vitesses au lieu de trois, surface des chenilles plus large). Chaque voiture est dotée d'un surnom ("Scarabée d'or", la "Colombe", "Pégase"...) et est spécialisée dans un transport particulier (ravitaillement, pièces de rechanges...).

Au-delà de l'exploit technique et sportif, la "croisière noire" est également chargée de différentes missions par le ministère des Colonies, le Muséum d'Histoire naturelle, la société de géographie de France et le sous-secrétariat d'Etat à l'Aéronautique. Parmi les 17 membres de la mission se trouvent notamment le cinéaste Léon Poirier, Eugène Bergognier (ancien professeur à l'école de médecine d'Afrique occidentale), le peinte Alexandre Iacovleff. Sorti en mars 1926, le film muet de 70 mn réalisé par Léon Poirier connaît un grand succès. Sur le même modèle que la "croisière noire" est organisée en 1931 une "croisière jaune" en Asie.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

La présence du cinéaste Léon Poirier, filmant au jour le jour la progression de la "croisière noire" organisée par André Citroën, montre combien celle-ci s'inscrit dans le cadre d'une vaste opération destinée à séduire le public. L'expédition est d'ailleurs suivie quotidiennement par liaison TSF. Le premier objectif de l'expédition réside dans la réalisation d'une véritable prouesse technique. Les images et les commentaires insistent tout particulièrement sur les nombreux obstacles naturels auxquels doivent s'adapter les 8 autochenilles Citroën, qui progressent à travers tous les types de reliefs (traversée de fleuves et d'oued, sol pierreux, désert de sable...). A travers cette expédition, Citroën souhaite ainsi lancer un message très fort à ses principaux concurrents et démontrer aux Français l'efficacité de ses véhicules et son avance technique.

Le second objectif de l'expédition consiste à explorer des territoires largement inconnus du grand public. Le reportage de Léon Poirier montre que l'Afrique centrale apparaît comme une immense "terra incognita", à l'écart de toute civilisation. La "croisière noire" satisfait ainsi la recherche d'exotisme qui se développe en France dans l'entre-deux-guerres. Elle développe également l'idée qu'il revient à la France d'apporter le progrès et la civilisation à des territoires restant à l'écart du monde civilisé, où dominent les coutumes traditionnelles africaines. Elle permet enfin de faire découvrir au public certaines parties de l'Empire (AOF et AEF) beaucoup moins connues que les possessions d'Afrique du Nord (Algérie, Maroc, Tunisie) ou d'Asie (Indochine).

Emeline Vanthuyne

Transcription

Présentateur
En 1922, Monsieur André Citroën ayant construit les premières autochenilles, entreprit la pénétration du continent africain par l'automobile. Et le 7 janvier 1923, la première mission Haardt- Audouin-Dubreuil, le raid Citroën, ayant accompli la première traversée du Sahara en automobile, entrait victorieusement à Tombouctou. Revenant par le même itinéraire, la mission rejoignait aux confins du Hoggar, près du puits de [Tarmout], monsieur et madame André Citroën venus à sa rencontre. La jonction automobile entre l'Afrique du nord et l'Afrique occidentale était réalisée. En 1924, l'expédition Citroën Centrafrique, deuxième mission Haardt- Audouin-Dubreuil, poursuivant l'oeuvre entreprise, traversa le continent noir tout entier d'Oran à Madagascar, et ce fut la Croisière Noire.
(Musique)
Présentateur
La Croisière Noire fut dirigée par Georges-Marie Haardt. Assisté de son adjoint le commandant Bettembourg et du second chef de l'expédition Louis Audouin-Dubreuil, messieurs Penaud et Billy furent les chefs de la vaillante équipe de mécaniciens qui pilotèrent les autochenilles.
(Musique)
Présentateur
25 octobre 1924. A Colomb-Béchard, en présence des troupes assemblées, le commandant du territoire d'Ain Sefra adressait un vibrant salut à l'expédition Citroën Centre Afrique qui se préparait au départ. « C'est toute la France qui vient saluer avec fierté et admiration les couleurs sous lesquelles vous allez parcourir les colonies françaises et étrangères, qu'un siècle d'expansion coloniale a fait évoluer vers plus d'humanité, plus de justice, plus de bonheur. Votre mission consacrera cette oeuvre. En rendant avec vous les honneurs au drapeau, je vous renouvelle nos voeux les plus ardents, de succès et d'heureux retour.»
(Musique)
Présentateur
Et les huit voitures s'éloignèrent par la piste du sud, vers la grande aventure.
(Bruits de moteurs)
Présentateur
Première difficulté, l'Oued Guir. Le sol pierreux de la Hamada.
(Musique)
Présentateur
Première compensation, l'oasis de Beni Abbes.
(Musique)
Présentateur
Après les derniers palmiers d'Adrar et de Taourirt commence l'inexorable désert, le Tanezrouft, qui s'étend sur une profondeur de neuf cent kilomètres.
(Musique)
Présentateur
Victimes de la soif.
(Musique)
Présentateur
Les voitures passèrent, déchirant de leurs sillons le linceul de sable qui semblait devoir être éternel.