Miles Davis : Ascenseur pour l'échafaud

19 décembre 1957
56s
Réf. 04732

Notice

Résumé :

Les yeux rivés à l'écran, le trompettiste Miles Davis improvise la musique d'une séquence du film de Louis Malle, Ascenseur pour l'échafaud.

Type de média :
Date de diffusion :
19 décembre 1957
Source :
INA (Collection: Cinépanorama )

Contexte historique

Né à Alton, Illinois en 1926, Miles Davis est non seulement un trompettiste aujourd'hui mythique, au lyrisme elliptique et à la sonorité crépusculaire inimitables, mais l'un des musiciens les plus influents et populaires de l'histoire du jazz moderne. Débutée en 1947, en pleine effervescence bop, dans le quintet de Charlie Parker, la carrière de Miles Davis prend rapidement une tournure personnelle. Après avoir initié le style cool au tournant des années 50, aux côtés de l'arrangeur Gil Evans, il forme en 1955, en compagnie du saxophoniste ténor John Coltrane, un quintet qui s'impose aussitôt comme l'une des formations les plus emblématiques d'un certain classicisme hard-bop. Après un disque historique, Kind of Blue, qui marque l'apogée et la fin de sa collaboration avec Coltrane, Miles retrouve Gil Evans au début des années 60 pour une série d'enregistrements somptueux (Sketches of Spain, Porgy and Bess ), chef-d'œuvres insurpassés du jazz orchestral. Mais Miles Davis ne déteste rien tant que ces moments où sa musique atteint à un point d'équilibre. Il entreprend une nouvelle fois de révolutionner son style au contact d'une nouvelle génération de musiciens (Herbie Hancock, Wayne Shorter, Ron Carter, Tony Williams) et invente une sorte de free hard bop abstrait qui aura une influence déterminante sur le jazz des années 80.

Au tournant des années 70, Miles Davis rompt définitivement les amarres en inventant une musique hybride, âpre, violente, urbaine, érotique, branchée sur le monde, ses désirs, ses pulsions les plus intimes et contradictoires, et en quelques disques exceptionnels (Bitches Brew, On the corner ) pose les bases esthétiques de ce que l'on appellera bientôt le jazz-rock. Après une période de retraite forcée, Miles, au début des années 80, toujours à l'affût des dernières tendances des musiques populaires noires (Prince), fait un retour gagnant et de tournées mondiales triomphales en disques d'or (Tutu ) devient finalement ce qu'il avait toujours rêvé d'être : la première véritable pop star de l'histoire du jazz.

Stéphane Ollivier

Éclairage média

C'est dans la nuit du 4 au 5 décembre 1957, au studio du Poste Parisien, que le quintet de Miles Davis enregistra la bande originale du film de Louis Malle Ascenseur pour l'échafaud, propulsant d'un coup le jazz au cœur de l'imaginaire cinéphilique. Ce document exceptionnel s'ouvre sur une séquence très brève du trompettiste en gros plan, improvisant sur quelques accords de blues basiques, le regard fixé aux images défilant sur l'écran, une musique poisseuse, lyrique, nocturne et mélancolique. Le reportage se poursuit en cabine d'enregistrement en compagnie du cinéaste Louis Malle, interviewé par François Chalais. Le réalisateur, dont ce n'est ici que le second film, insiste sur le caractère inédit de sa collaboration avec Miles Davis, jamais aucune musique de film n'ayant été imaginée et conçue ainsi, dans l'instant, comme une sorte de paraphrase improvisée des images projetées sur l'écran.

Entrée depuis dans la légende du jazz, mais aussi dans celle du cinéma, cette bande originale s'impose cinquante ans après comme un classique de la musique de film, tout en demeurant ce prototype fulgurant qui, pour la première fois, a permis de faire entendre la musique subliminale et secrète des grands films policiers américains, associant ainsi pour toujours - alors même qu'aucune B.O. des grands classiques ne relève explicitement de son esthétique - jazz et film noir.

Stéphane Ollivier

Transcription

(Musique)
François Chalais
Que se passe-t-il exactement ?
Louis Malle
Eh ! bien, c'est le musicien américain Miles Davis qui est en train d'improviser sue les images de mon film Ascenseur pour l'échafaud.
François Chalais
Vous voulez dire qu'il regarde les images et il joue de la trompette en fonction de ces images ?
Louis Malle
Oui, c'est-à-dire que ce sont des images qu'il connaît bien, puisqu'il a vu le film, et nous avons discuté de ce qu'on pourrait faire, et ensuite actuellement avec sa formation, on lui projette les images et il enregistre.
François Chalais
Il n'a pas écrit de partition avant ?
Louis Malle
Absolument pas.
François Chalais
Comme ça lui vient ?
Louis Malle
Comme ça lui vient.
François Chalais
Il serait venu le lendemain, ça aurait été une autre musique ?
Louis Malle
Oui, et même d'une prise à l'autre, c'est différent.