Alain Bashung

06 décembre 1995
02m 15s
Réf. 04761

Notice

Résumé :

Dans ce petit reportage extrait du journal télévisé Alain Bashung en tournée explique son amour de la scène.

Date de diffusion :
06 décembre 1995
Source :
Antenne 2 (Collection: JA2 20H )
Lieux :

Contexte historique

Dandy ténébreux et énigmatique, Alain Bashung a su s'affirmer comme l'une des figures phares de la chanson française de la fin du XXe siècle en imposant un univers musical et poétique résolument rock, aux tonalités mélancoliques et aux ambitions formalistes profondément originales et parfaitement atypiques dans le champ de la musique populaire francophone.

Né à Paris le 1er décembre 1947, Alain Bashung commence à s'intéresser à la musique au tournant des années 60, en découvrant pêle-mêle les grands pionniers du rock'n'roll américain (Elvis Presley, Buddy Holly, Gene Vincent) et les classiques de la chanson française. Il monte ses premiers groupes, mêlant esprit rockabilly et sonorités folk, publie son premier 45 tours à l'âge de 19 ans (Pourquoi rêvez vous des Etats-Unis ?) puis, sous divers pseudonymes, une douzaine de singles qui ne rencontrent aucun succès. Après avoir incarné Robespierre dans la comédie musicale de Claude-Michel Schönberg, La Révolution Française (1973), il rencontre au milieu des années 70 le parolier Boris Bergman avec qui il commence de travailler. Leur association aboutit à la sortie coup sur coup de Romans Photos (1977) et Roulette russe (1979), albums très personnels, aux climats sombres marqués par le rock anglo-saxon, qui éveillent l'intérêt de la critique. Mais c'est en 1980 avec le 45 tours Gaby, Oh Gaby, chanson aux paroles acides et surréalistes chantées d'une vois éraillée et ironiquement nonchalante sur fond de rock new wave, que Bashung révèle soudain au grand public un univers original. L'année suivante, l'album Pizza vient confirmer cette éclosion artistique et le chanteur signe le deuxième grand succès de sa carrière avec le titre Vertige de l'amour, imposant définitivement ce phrasé caractéristique à l'emphase distanciée volontiers maniériste. Mais c'est en 1982 avec l'album Play et blessures, composé en collaboration avec Serge Gainsbourg, que Bashung atteint soudain une autre dimension. Avec ses climats organiques sombres et tourmentés aux orchestrations très travaillées mêlant à des synthétiseurs et boîtes à rythmes d'esprit new wave des sonorités violemment électriques renvoyant au rock industriel dépressif le plus radical, Bashung signe un disque résolument expérimental qui demeure une date fondatrice dans l'histoire du rock français. Il persistera dans cette veine nocturne et synthétique tout au long des années 80 (Figure imposée, Novice ), opérant une nouvelle révolution stylistique au tournant des années 90 avec le disque Osez Joséphine. Concocté avec le parolier Jean Fauque, ce disque somptueux mêlant les genres et les climats orchestraux avec maestria (du rock pur au folk cabossé en passant par de sublimes dérives symphoniques (Madame rêve )) est l'un des plus gros succès de sa carrière. Suivront en 1994 Chatterton puis Fantaisies militaires en 1998 - albums hybrides et hypnotiques, multipliant les ambiances orchestrales (sonorités rock, pulsations trip hop, nappes de cordes atmosphériques) au gré de collaborations nombreuses et très diverses (Rodolphe Burger, Marc Ribot).

En 2002 Alain Bashung, entouré de musiciens parmi les plus créatifs de la scène alternative américaine (Arto Lindsay, Marc Ribot, Steve Nieve) publie avec L'Imprudence un album noir et envoûtant, chef d'œuvre de musique urbaine crépusculaire et fantasmatique qui, par la tonalité de ses textes et la sophistication de ses ambiances sonores, dépasse largement tout ce qui a pu se produire en France en ce début de siècle. Touché par la maladie, Alain Bashung a à la fin de sa vie ralenti le rythme de ses productions et de ses prestations scéniques. Après avoir fait paraître en 2008 un ultime album - Bleu pétrole, plébiscité par la critique - il meurt le 14 mars 2009 à Paris.

Stéphane Ollivier

Éclairage média

Dans la hiérarchisation de l'information, le journal télévisé a pris l'habitude de reléguer systématiquement en fin de programme les reportages traitant des sujets culturels. Émission généraliste par excellence, censée réunir toutes les générations et toutes les sensibilités, le journal n'est traditionnellement pas le lieu de la découverte et du défrichage mais plutôt celui de la légitimation consensuelle - seuls les artistes confirmés bénéficiant déjà d'une visibilité médiatique ayant une chance d'y apparaître. Un constat d'autant plus vrai pour la chanson, art populaire intimement lié à l'industrie du disque et à ses logiques promotionnelles privilégiant les artistes potentiellement les plus vendeurs. Le fait que dans le cadre de la promotion de son nouveau disque (Confession publique, album "live" venant ponctuer une très longue tournée française), Alain Bashung puisse bénéficier d'un tel privilège est la preuve du nouveau statut que l'immense succès public et critique du disque Osez Joséphine paru en 1990 lui a octroyé.

En le présentant comme "l'écorché vif du rock français" lors du lancement du sujet, le journaliste Bruno Masure en annonce la tonalité. Petit portrait mélancolique et impressionniste jouant sur tous les poncifs de la solitude de l'artiste dans des atmosphères sombres et bleutées (depuis la chambre d'hôtel au lit défait où le chanteur seul fredonne une chanson en s'accompagnant à la guitare, jusqu'aux jeux de lumières irréels saisis en concert lors d'une très belle version de Madame rêve ) ce reportage, montrant des qualités d'écriture tant visuelles que scénaristiques assez rares dans ce contexte informatif, se veut principalement atmosphérique, déclinant toute une imagerie de la rock star en tournée. Une façon d'illustrer l'univers noir et envoûtant du chanteur, tout en lui octroyant une place singulière, aux marges du monde traditionnel de la chanson française.

Stéphane Ollivier

Transcription

Bruno Masure
Après plus d'une année passée que les routes de France, Alain Bashung revient dans les bacs à disques, cette fois, avec un double album intitulé Confessions publiques. Louis Carzou et Jean Corneille, nos deux grenouilles confessional, ont eu l'honneur et l'avantage de rencontrer l'écorché vif du rock français.
(Musique)
Louis Carzou
Quelques tierces pour l'insomnie, un petit refrain contre la solitude d'une chambre d'hôtel avant de retrouver scènes et rappels. 13 mois durant, tel fut l'univers d'Alain Bashung. De cette tournée, il nous laisse un disque, enregistré au rythme d'un calendrier en fuite, et la nostalgie d'une rencontre.
Alain Bashung
C'est pas des petits mots avec quelques éclairages qui peuvent changer quelque chose. Ce que je peux simplement constater, c'est que les soirs de concert, il y a une espèce de no man's land, comme ça, et puis on a l'air de voler un moment de paix au monde entier. Ça, c'est pas mal.
(Musique)
Alain Bashung
[Madame rêve d'apesanteur
Des heures des heures de voltige
A plusieurs
Rêves de fougères
De foudres et de guerres
A faire et à refaire
D'un amour qui la flingue
D'une fusée qui l'épingle
Au ciel (...)]
Louis Carzou
A présent, la silhouette s'est échappée, délaissant chambres et lumières de fortune. Mais n'ayez crainte. Réfugié à l'ombre de jours plus paisibles, Alain Bashung se prépare pour d'autres voyages.