Manu Chao

10 octobre 2002
02m 22s
Réf. 04762

Notice

Résumé :

Dans le cadre du magazine d'actualité "Envoyé Spécial", Manu Chao précise les liens entre sa musique et son engagement alter-mondialiste.

Type de média :
Date de diffusion :
10 octobre 2002
Source :
Personnalité(s) :

Contexte historique

Né à Paris le 21 juin 1961 de parents espagnols anti-franquistes, Manu Chao, à peine son bac en poche, se lance à corps perdu dans la musique, participant activement au sein d'une multitude de groupes éphémères (Joint de culasse, les Hot Pants, Los Carayos) au renouveau de la scène rock française du début des années 80. Influencé pêle-mêle par la musique punk anglaise (Clash), le rock'n'roll des origines (Chuck Berry), le rythm'n'blues d'Ottis Redding, le reggae de Bob Marley et l'extrême diversité des musiques latines (de la salsa cubaine au néo-flamenco de Camaron de la Isla), Manu Chao accompagné de son frère Antoine, fonde en 1987 la Mano Negra (du nom d'un groupe anarchiste andalou de la fin du XIXe siècle).

En une poignée de disques incendiaires (Patchanka en 1988, King of Bongo en 1991 ou Casa Babylon en 1994) cette formation délicieusement mal léchée va s'imposer comme le fer de lance du rock alternatif français, propageant par le biais d'une musique énergétique entremêlant les genres (rock, java, musiques latines) et les langues (Français, Anglais et Espagnol) un discours politique résolument internationaliste et anti-raciste. A la dissolution du groupe en 1994, Manu Chao décide de poursuivre l'aventure en solitaire. Au terme d'un long voyage autour du monde (d'Afrique en Amérique du Sud), il publie en 1998 Clandestino, album savamment bricolé, en forme de carnet de route, placé sous le signe du métissage et de l'hybridation. Cette musique à la fois intimiste et ouverte sur toutes les cultures du monde trouve son public (l'album se vend à plus de trois millions d'exemplaires) et Chao devient non seulement un artiste reconnu internationalement mais - de plus en plus impliqué dans le mouvement alter-mondialiste -, une sorte d'icône de la contre-culture, notamment en Amérique du Sud. Manu Chao s'installe alors à Barcelone et en 2001 publie Próxima Estación : Esperanza, disque festif et métissé qui en s'inscrivant naturellement dans le prolongement de Clandestino connaît le même succès public.

Rompant en partie avec l'esprit acoustique et mélancolique de ces deux albums fondateurs, Manu Chao repart alors sur les routes du monde entier avec son groupe Radio Bemba. Un album live (Radio Bemba Sound System ) paraît en 2002, rendant compte du caractère résolument rock et électrique de cette tournée. Si en 2004 Manu Chao a produit le disque du couple malien Amadou et Mariam (Un dimanche à Bamako ) dans un style évoquant l'élégance métissée de Clandestino, son dernier album en date La Radiolina semble bien persister dans cette nouvelle veine rock et renouer directement avec l'esprit frondeur de la Mano Negra.

Stéphane Ollivier

Éclairage média

Créé sur Antenne 2 en 1990 et toujours à l'antenne 18 ans plus tard, "Envoyé Spécial", magazine hebdomadaire de la rédaction de France 2, est l'une des plus anciennes et prestigieuses émissions d'actualité du paysage audiovisuel français. Consacrant l'essentiel de sa programmation à des sujets politiques, économiques et sociaux, ce magazine ne s'est hasardé que très rarement au cours de son histoire dans le champ de la culture, ne l'abordant chaque fois que sous le prisme du politique ou du sociétal. Ce reportage diffusé le 10 octobre 2002 et intitulé "Manu Chao incognito" ne fait pas exception à la règle qui, prenant prétexte de la sortie de son nouvel album Próxima Estación : Esperanza, entreprend de brosser un portrait du chanteur en ne dissociant jamais les dimensions artistiques et militantes de son travail.

Plongeant sans détour au cœur de l'univers de Chao, en le suivant, caméra à l'épaule, dans son intimité, auprès de ses amis dans le quartier populaire de Barcelone où il réside, ou en répétition avec son groupe Radio Bemba, le reportage joue d'emblée la carte de la proximité, cherchant à donner de l'artiste une image d'homme disponible et amical, de plain-pied dans le réel, n'envisageant sa pratique artistique que dans un rapport immédiat et direct avec la "vraie vie". On le sent dès ces premières images, plus que sa musique ou son extraordinaire popularité dans les pays d'Amérique latine, ce qui intéresse le journaliste et justifie qu'un tel reportage puisse être diffusé dans le cadre d'un magazine d'actualité, tient tout entier dans cet engagement.

Et Manu Chao a beau refuser au détour d'une conversation d'endosser les habits d'icône de l'alter-mondialisme, c'est bel et bien cet angle qui sera privilégié tout au long du reportage, faisant du chanteur l'emblème d'une jeunesse métissée, engagée et militante, et de sa musique un nouvel esperanto internationaliste.

Stéphane Ollivier

Transcription

(bruits)
Journaliste
Voici la tanière. Et voici la tôlière, Antonia.
(bruits)
Journaliste
Manu parle couramment la langue. Il est né à Paris de parents espagnols. Dans son petit QG, comme il dit, l'ambiance est presque familiale. La caméra le gêne. Nous la ressortons pour la petite conférence de presse qu'il donne dans l'arrière-salle.
(bruits)
Journaliste
[espagnol] Si Manu s'exprime autant, c'est parce qu'un événement historique se prépare à Barcelone ce week-end : un sommet européen qui aura, bien sûr, son contre-sommet. C'est la jeune tradition de l'anti-mondialisation. Comme d'habitude, il y aura un concert géant. C'est, devinez qui ? Manu Chao qui en sera la tête d'affiche. Manu Chao et Radio Bemba, son groupe de scène. Ils répètent cet après-midi dans un lieu, plutôt «clandestino».
(Musique)
Journaliste
Radio Bemba : 6 musiciens et pas mal de chevaux sous le capot. Une grosse cylindrée que Manu règle comme tout bon mécano : à l'oreille.
(bruits)
Manu Chao
C'est un honneur de jouer dans ce groupe. C'est une bombe atomique, ce groupe. C'est un plaisir d'être aux manettes d'une bécane comme celle-là.
Journaliste
Après Seattle, Davos, Gènes, le tour du monde de l'anti-mondialisation s'arrête à Barcelone. Cette fois, Manu est le régional de l'étape, et plus que jamais, le porte-parole que beaucoup attendent.
Manu Chao
Après, c'est les médias, ils veulent toujours des porte-parole de tout. C'est le représentant des «anti-mondialisation», tati tata. Moi, j'ai déjà du mal à me représenter moi-même, je n'ai pas à représenter des millions de gens. Le danger, il arrive par les leaders, il arrive par les représentants. C'est eux, toujours, qui foutent en l'air les mouvements.