Formation du gouvernement de François Fillon

18 mai 2007
03m 28s
Réf. 04805

Contexte historique

Elu président de la République le 6 mai 2007 avec 53,06% des voix contre Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy, entré en fonctions le 16 mai suivant, nomme dès le lendemain François Fillon Premier ministre. Sénateur de la Sarthe, ancien ministre des Affaires sociales puis de l'Education des gouvernements de Jean-Pierre Raffarin en 2002 puis en 2004, il s'était notamment illustré par sa réforme des retraites au printemps 2003. A la suite de son éviction de l'Education nationale en 2005 il devient l'un des plus proches conseillers du président de l'UMP Nicolas Sarkozy et est donné favori pour l'Hôtel Matignon en cas de victoire de ce dernier à l'élection présidentielle du printemps 2007.

Nicolas Sarkozy montre d'emblée qu'il entend rompre avec la pratique présidentielle de Jacques Chirac et qu'il est décidé à diriger lui-même l'action gouvernementale. De fait, c'est bien lui qui forme le premier gouvernement de François Fillon. Il s'agit d'un gouvernement paritaire : sur quinze ministres, sept sont des femmes, dont deux, Michèle Alliot-Marie et Rachida Dati, détiennent des ministères régaliens, respectivement l'Intérieur et la Justice. Il tente en outre d'associer des personnes expérimentées, comme l'ancien Premier ministre Alain Juppé au ministère de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement durables, avec des membres d'une génération nouvelle, sans expérience ministérielle, comme Rachida Dati. Ce gouvernement voit aussi la création très contestée d'un ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale, confié à un proche de Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux.

Il s'agit surtout d'un gouvernement d'ouverture, intégrant des personnalités de gauche : Bernard Kouchner, personnalité socialiste très médiatique et constamment plébiscitée dans les sondages, est nommé ministre des Affaires étrangères ; Jean-Pierre Jouyet, proche de François Hollande et de Ségolène Royal, secrétaire d'Etat aux Affaires européennes ; Eric Besson, ancien membre influent de l'équipe de campagne de Ségolène Royal, secrétaire d'Etat à la Prospective et à l'Evaluation des Politiques publiques ; et Martin Hirsch, président d'Emmaüs, commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté. L'ouverture vise également - quoique dans une moindre mesure - le centre, afin d'affaiblir le Modem, nouvelle formation de François Bayrou : Hervé Morin, proche de ce dernier, devient ministre de la Défense. Dans l'esprit de Nicolas Sarkozy, qui en est l'initiateur, la politique d'ouverture a essentiellement pour but de déstabiliser le Parti socialiste, tout en manifestant la volonté de ne pas constituer un gouvernement sur des critères exclusivement partisans. De fait, cette stratégie suscite d'importants remous au sein des socialistes qui accusent Nicolas Sarkozy de "débauchages".

Le gouvernement de François Fillon est remanié dès le 19 juin 2007, après les élections législatives. Ce remaniement prend notamment en compte la démission d'Alain Juppé, conséquence de sa défaite électorale dans sa circonscription de la Gironde. Jean-Louis Borloo le remplace à l'Ecologie, tandis que Christine Lagarde devient la première femme à diriger le ministère de l'Economie et des Finances. La politique d'ouverture est en outre poursuivie : Fadela Amara, présidente et fondatrice de l'association Ni putes ni soumises, devient secrétaire d'Etat à la Politique de la ville, tandis que le maire socialiste de Mulhouse Jean-Marie Bockel est nommé secrétaire d'Etat à la Coopération et à la Francophonie.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé le soir même de sa formation, le 18 mai 2007, ce sujet vise à présenter de manière exhaustive la composition du nouveau gouvernement de François Fillon. Il passe ainsi très brièvement en revue chacun des nouveaux titulaires des portefeuilles ministériels en partant des images du premier conseil des ministres et de la photographie de groupe de la nouvelle équipe gouvernementale sur le perron de l'Elysée. La présentation de chaque ministre obéit toujours aux mêmes règles : à gauche de l'écran une infographie précise l'intitulé de ses fonctions, tandis que défilent des images d'archives qui visent à montrer le nouveau titulaire ministériel. Dans la dernière partie du sujet, le journaliste a élaboré une typologie qui lui sert à classer quelques membres du gouvernement dans différentes catégories.

Christophe Gracieux

Transcription

Laurent Delahousse
Il faisait l'objet de discussions, de négociations depuis, maintenant, plusieurs jours en coulisses. Le président de la République avait annoncé qu'il souhaitait, je cite " la meilleure équipe de France pour son gouvernement ". Eh bien on en connaît désormais la composition. 15 ministres, 7 femmes, 8 hommes dont un socialiste et un centriste. On y retrouve deux engagements : la parité et l'ouverture. Jeff Wittenberg.
Jeff Wittenberg
Et voici le gouvernement Fillon I. Le Premier ministre est en face du président Sarkozy, lequel est entouré par deux habitués du salon Murat, siège du conseil des ministres, Michèle Alliot-Marie et Alain Juppé. Alain Juppé, le n°2 de ce gouvernement. Ecologie, développement, aménagement durable, le fameux super ministère imaginé par Nicolas Hulot, Alain Juppé sensibilisé à l'écologie, au Canada, se voit bien en Al Gore français. Jean-Louis Borloo, ministre de l'économie, des finances et de l'emploi, un ministère étoffé là encore. Il aura la main sur la stratégie économique, tandis qu'à Bercy, un autre ministre, Eric Woerth, sera en charge du budget et des comptes publics. La grosse sensation de ce gouvernement, c'est lui. Bernard Kouchner n'avait siégé qu'autour de tables de gouvernement de gauche. Il se retrouve chef de la diplomatie de Nicolas Sarkozy et François Fillon. Michèle Alliot-Marie aura toujours des uniformes sous ses ordres mais plus les mêmes : elle passe de la Défense à l'Intérieur, l'outre-mer et les collectivités territoriales. Là encore, la place Beauvau est, en quelque sorte, coupée en deux. Brice Hortefeux, l'ami de Nicolas Sarkozy, hérite du fameux ministère de l'immigration et de l'identité nationale. Rachida Dati, porte-parole du candidat Sarkozy, va en devenir le garde des sceaux. Un ministère sur mesure pour cette ancienne magistrate âgée de 41 ans. Hervé Morin, ministre de la défense. Lui symbolise l'ouverture vers l'UDF. Il était, avant les élections, un proche de François Bayrou. Resserré, féminisé, ouvert, voilà comment François Fillon décrit son gouvernement.
François Fillon
Tout le monde parlait de l'ouverture depuis très longtemps. On l'a fait, et on l'a fait avec un seul souci : c'est de faire venir toutes les bonnes volontés, de faire venir tous les hommes et les femmes qui ont envie que notre pays se porte mieux. Chacun est libre, chacun a ses convictions. On ne demande à personne de renoncer à ses convictions. Mais enfin, dans un pays comme le nôtre, sur la question de l'exclusion, sur la question des retraites, sur la question de la politique européenne, on doit bien pouvoir rassembler des hommes et des femmes qui viennent d'horizons politiques différents.
Jeff Wittenberg
Le gouvernement Fillon, ce sont aussi des têtes déjà connues ou expérimentées. Xavier Bertrand sera en charge du travail, des relations sociales et de la solidarité. Xavier Darcos devient ministre de l'éducation nationale. Christine Lagarde sera la première femme ministre de l'agriculture. Retour au gouvernement d'une proche de Nicolas Sarkozy : Roselyne Bachelot. Et là, encore un nouveau ministère qui couple santé et sport. 3 femmes font leur entrée dans un gouvernement. Christine Albanel à la culture. Elle sera aussi porte-parole. Valérie Pécresse à l'enseignement supérieur et à la recherche. Christine Boutin, au logement et à la ville. Enfin, l'ouverture. 3 socialistes ou proches du PS : Eric Besson pour la prospective économique, Jean-Pierre Jouyet aux affaires européennes, Martin Hirsch, haut commissaire aux solidarités actives. 2 autres secrétaires d'état : Dominique Bussereau et Roger Karoutchi. Mais ce que l'on retiendra, c'est d'abord les 15 ministres, le XV de France de Nicolas Sarkozy.

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