La prise du pouvoir par le Hamas à Gaza

15 juin 2007
01m 54s
Réf. 04806

Notice

Résumé :

Le Hamas s'empare du contrôle de la bande de Gaza au terme d'affrontements meurtriers avec les partisans du Fatah. Ce coup de force, qui témoigne de la radicalisation des Palestiniens, suscite les inquiétudes de la communauté internationale et en particulier d'Israël.

Type de média :
Date de diffusion :
15 juin 2007
Source :
A2 (Collection: 20 heures )
Lieux :

Contexte historique

Le 14 juin 2007, le Hamas s'empare par la force de la totalité du pouvoir à Gaza au terme d'une semaine d'affrontements meurtriers avec le Fatah. Ces heurts remettent également en cause le pouvoir présidentiel de Mahmoud Abbas, dont le bureau est détruit par des tirs de mortier le 12 juin. Dès lors, ce coup de force témoigne de la fragilité de l'Autorité palestinienne.

Il se situe dans le prolongement des combats entre partisans du Hamas et du Fatah qui émergent peu après la victoire remportée par le Hamas aux élections législatives du 25 janvier 2006. Au cours de l'année 2006, les violences interpalestiniennes causent la mort d'environ 320 personnes. Le 8 février 2007, alors que les tensions demeurent vives, le Hamas et le Fatah s'entendent pour la formation d'un gouvernement destiné à mettre un terme à ces violences. Le 17 mars, Ismaël Haniyeh, reconduit dans ses fonctions de premier ministre, forme un gouvernement d'union nationale avec le Fatah, ce qui n'empêche pas la reprise des affrontements dès le mois de mai et le coup de force de la mi-juin 2007.

La prise de contrôle total de la bande de Gaza par le Hamas illustre en outre le désespoir des Palestiniens et l'emprise croissante de la violence dans la vie politique palestinienne. Le mouvement de la résistance islamique, dont l'acronyme "Hamas" signifie "zèle" en arabe, créé le 9 décembre 1987 à Gaza, au début de la première Intifada, prône en effet la résistance active à Israël dans les territoires, conduite par sa branche armée, les Brigades Ezzedine Al-Qassam fondées en 1989. Le Hamas aujourd'hui dirigé par Khaled Mechaal, depuis son exil à Damas, se refuse toujours à reconnaître l'existence de l'État d'Israël, ainsi que les accords d'Oslo de 1993. La victoire du Hamas est également l'échec du Fatah, hégémonique dans la vie politique palestinienne mais incapable de régler le conflit avec Israël et discrédité par la corruption et le clientélisme.

Le 14 juin 2007, le président Mahmoud Abbas prononce l'état d'urgence et limoge le gouvernement d'Ismaël Haniyeh et charge Salam Fayyad, ancien ministre des finances, de former un nouveau gouvernement. L'ordre est ainsi rétabli quelque peu dans la bande de Gaza, mais au prix d'une politique de terreur menée depuis lors par le Hamas, qui élimine toute forme d'opposition. Ce coup de force du Hamas provoque en outre le blocus d'Israël qui ne laisse pénétrer que les denrées humanitaires permettant aux quelque un million et demi de palestiniens de la bande de Gaza de survivre.

Julie Le Gac

Éclairage média

Ce reportage, diffusé au lendemain de la prise de contrôle de Gaza par le Hamas, propose un compte rendu assez complet des évènements survenus lors de la semaine précédente et des enjeux qu'ils soulèvent. Il souligne tout d'abord le soutien populaire dont bénéficie le Hamas, comme en témoignent la séquence relative aux défilés de la population arborant des drapeaux verts, la couleur du Hamas. Dans un deuxième temps, des images de désolation, de destruction, telles que des habitations en ruines, des traces de sang sur le sol, mettent en lumière la violence des affrontements. La mise à sac symbolique des bâtiments officiels ou résidences des dirigeants de l'Autorité palestinienne rappelle que cette violence vise avant tout le Fatah et par ricochet la politique menée par l'Autorité palestinienne depuis des décennies. Enfin ce reportage souligne les inquiétudes suscitées par cette prise de contrôle : les inquiétudes relatives à la survie des habitants de la bande de Gaza en raison du blocus instauré par Israël et représenté ici par ces points de contrôle absolument déserts, mais aussi la peur des habitants israéliens des régions frontalières, qui craignent la politique violente à l'égard d'Israël prônée par le Hamas, comme le mentionne cette coiffeuse interrogée dans son salon.

Julie Le Gac

Transcription

Laurent Delahousse
A l'étranger, les armes se sont finalement tues à Gaza. Là-bas, cela faisait 40 ans ans que le Fatah dominait la vie politique palestinienne. Mais ce soir, que reste-t-il de tout cela ? Pas grand-chose. Depuis la Cisjordanie, l'état d'urgence a été décrété par le président Mahmoud Abbas. Mais rien ne semble pouvoir changer le cours des choses. Le mouvement islamiste Hamas détient désormais les clés du pouvoir. Reportage : Charles Enderlin, Talal Abou Rahman.
Charles Enderlin
A Gaza, le Hamas fête sa victoire et montre ses prises de guerre. Ce véhicule blindé appartenait à la police de Mahmoud Abbas. Ces militants scandent des slogans à la gloire du commando Ezzedine Al-Qassam, la branche armée du Hamas. Depuis minuit, les miliciens occupent tous les bâtiment officiels parmi lesquels la présidence palestinienne : les bureaux de Mahmoud Abbas. Les pilleurs se sont immédiatement mis à l'oeuvre un peu partout dans la demeure de Mohammed Dahlan, l'ancien chef de la sécurité préventive, détesté par le Hamas. Ce matin, il n'y restait plus grand-chose. Même les tuiles des toits disparaissent. Problème pour le Hamas : tous les points de passage avec Israël sont fermés. La nourriture, le carburant ne parviennent plus à Gaza. Le gouvernement israélien va-t-il décider la réouverture des barrages alors qu'à Sderot et dans les localités voisines de Gaza, l'inquiétude règne ?
Yaffa
Je suis de plus en plus inquiète. Maintenant, nous avons à notre porte véritablement un état Hamas.
Charles Enderlin
Dans la crainte d'une détérioration rapide de la situation, Ehud Olmert, le premier ministre a, dès aujourd'hui, nommé un nouveau ministre de la défense, Ehoud Barak, l'ancien chef du gouvernement.