Révolte des bonzes en Birmanie en 2007

30 septembre 2007
02m 16s
Réf. 04811

Notice

Résumé :

Des moines birmans exilés à Mae Sot, en Thaïlande, affirment leur soutien au mouvement dirigé par les bonzes contre la junte militaire birmane en septembre 2007.

Type de média :
Date de diffusion :
30 septembre 2007
Date d'événement :
21 septembre 2007
Source :
A2 (Collection: 20 heures )
Personnalité(s) :

Contexte historique

Depuis le coup d'Etat militaire du général Ne Win en mars 1962 qui a instauré un régime socialiste national, la Birmanie est gouvernée par une junte militaire. Celle-ci n'a cessé de restreindre les libertés et d'étouffer toute ouverture démocratique. En 1988, un soulèvement populaire dirigé par Aung San Suu Kyi éclate avec l'appui des moines bouddhistes : des centaines de milliers de Birmans y participent pour réclamer le retour à la démocratie. Mais l'armée reprend rapidement le pouvoir et écrase les émeutes dans le sang. Et si en 1990, la Ligue nationale pour la démocratie fondée en 1988 par Aung San Suu Kyi remporte très nettement les élections législatives en obtenant 392 des 485 sièges, les militaires au pouvoir ne reconnaissent pas les résultats : le Parlement élu n'a jamais siégé.

En dépit de nombreuses condamnations internationales de la junte militaire et des sanctions prises contre la Birmanie, comme celles mises en place par l'Union européenne en 1996 concernant le commerce des armes, le gel des avoirs et les restrictions de visas pour les membres de la junte, le régime se maintient solidement. Alors que la situation économique birmane ne cesse de se dégrader, la répression à l'égard des opposants continue. La figure emblématique de l'opposition démocratique, Aung San Suu Kyi, lauréate du prix Nobel de la Paix en 1991, en est la principale victime : assignée à résidence à Rangoun, la capitale, de 1989 à 1995, elle l'est de nouveau de 2000 à 2002. Elle est même emprisonnée de mai à octobre 2003 à la suite d'affrontements entre ses partisans et ceux de la junte, avant d'être de nouveau détenue en résidence surveillée.

En septembre 2007, le régime subit une nouvelle contestation de forte ampleur menée par les bonzes, c'est-à-dire les moines bouddhistes. Au nombre de 500 000 en Birmanie, ceux-ci occupent une fonction sociale essentielle dans ce pays bouddhiste mais jouent également un rôle politique : ils avaient déjà participé au soulèvement démocratique de 1988 et soutenu le parti d'Aung San Suu Kyi aux élections de 1990. A partir du 21 septembre 2007, des bonzes manifestent ainsi à Rangoun et dans d'autres villes birmanes. Ils parviennent même le 21 septembre à faire brièvement lever le barrage militaire isolant la résidence d'Aung San Suu Kyi, ce qui permet à cette dernière d'apparaître en public pour la première fois depuis 2003. Les jours suivants, du 22 au 25 septembre, le mouvement devient massif : les bonzes continuent de manifester, tandis que des centaines de milliers de personnes les rejoignent à Rangoun et dans tout le pays malgré les interdictions des rassemblements.

A partir du 25 septembre 2007, la junte militaire réprime le mouvement en dépit des protestations de la communauté internationale. L'état d'urgence est déclaré, puis l'armée intervient à partir du 26 septembre et arrête les opposants connus ainsi que des milliers de bonzes. Les 27 et 28 septembre, les troupes vont jusqu'à tirer sur la foule, entraînant la mort de dizaines de manifestants. La révolte populaire conduite par les bonzes est ainsi rapidement écrasée. Ayant résisté à ce mouvement et se montrant insensible aux pressions internationales, la junte militaire apparaît toujours bien installée. Elle continue de violer les droits de l'homme et de réprimer les opposants politiques, à commencer par Aung San Suu Kyi. En août 2009, celle-ci est en effet condamnée à 18 mois de détention surveillée supplémentaires pour avoir laissé un Américain, John Yettaw, s'introduire à son domicile de Rangoun en mai 2009. Il s'agit en fait pour le régime d'empêcher Aung San Suu Kyi de participer aux élections prévues en 2010.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Dictature militaire, la junte birmane fait peser une lourde censure sur l'information et sur les images. Elle interdit également aux journalistes étrangers de pénétrer sur son territoire. Les chaînes de télévision internationales ne disposent donc d'aucun correspondant à Rangoun, la capitale de la Birmanie. Elles n'ont pas non plus pu y dépêcher des envoyés spéciaux pour couvrir les manifestations conduites par les bonzes en septembre 2007. La rédaction de France 2 a ainsi décidé de relater ces événements d'une manière détournée en envoyant une équipe en Thaïlande, dans la zone frontière avec la Birmanie, où se trouvent de nombreux moines birmans exilés. Ce choix permet de montrer les conditions de vie quotidienne des bonzes, mais surtout leur opposition à la junte militaire et leur volonté d'une démocratisation du pays, par le biais de témoignages. Il témoigne également du caractère ancien de la situation répressive ainsi que du mouvement d'opposition en Birmanie puisque ces bonzes vivent en exil à Mae Sot depuis la répression d'une précédente révolte populaire, en 1988.

Ce sujet offre par ailleurs une nouvelle fois l'occasion de constater le pouvoir des caméras puisque c'est grâce à leur présence que, selon le journaliste envoyé sur place, les militaires thaïlandais relâchent des manifestants birmans.

Christophe Gracieux

Transcription

Laurent Delahousse
A l'origine de ce mouvement en Birmanie, vous le savez, maintenant, les moines bouddhistes. Eh bien certains avaient déjà fait le choix de quitter leur pays lors des précédentes révoltes démocratiques, des moines qui vivent de l'autre côté de la frontière en Thaïlande, à Mae Sot. C'est là-bas que notre équipe a également rencontré des Birmans exilés qui expriment leur opposition à la junte militaire. Reportage : Kristian Autain et Jacques Duboz.
Kristian Autain
" Arrêtez de tuer les gens ", " Nous voulons vivre dans un monde en paix ". Cet après-midi, ces manifestants font une prière pour leurs compatriotes. Ils réclament leur libération et celle du prix Nobel, Aung San Suu Kyi. Mais en Thaïlande aussi, il faut parfois braver la police pour manifester. Ce jeune homme sera vite relâché grâce à la présence des caméras. Nous sommes dans la ville de Mae Sot. Ici, les trois quarts des habitants sont des Birmans, réfugiés politiques ou migrants économiques. Il y a aussi près de 500 bonzes birmans. Comme le veut l'usage, ils vivent des offrandes de la population. Ainsi, cette nourriture leur a été donnée par des fidèles. Alors quand le peuple souffre, comme en ce moment, en Birmanie, ces bonzes se sentent solidaires.
Moine
Selon le bouddhisme, les moines ont le droit et le devoir de manifester si notre religion est insultée. Et c'est le cas, en ce moment, quand la population qui nous fait des offrandes doit subir la misère ou si les autorités commettent des erreurs.
Kristian Autain
Et ce bonze sait de quoi il parle. Arrêté lors de la précédente vague de répression, en 1988, il a passé 8 ans en prison. Tous, ici, soutiennent les manifestants, même si beaucoup n'osent pas le dire ouvertement par peur des représailles, sans doute, s'ils rentrent en Birmanie. Un moine nous entraîne à l'écart pour lancer cet appel.
Moine 2
Nous demandons aux puissances occidentales de nous aider à instaurer rapidement la démocratie en Birmanie. Les Birmans ont soif de démocratie. Cela fait trop longtemps, 30 ou 40 ans qu'ils vivent enfermés dans le carcan de la peur et de l'oppression.
Kristian Autain
Ici, la communauté bouddhiste se veut optimiste. A force de volonté, le peuple birman aura raison de la junte militaire. La ville de Mae Sot vit au rythme des manifestations quotidiennes de Rangoun. Ici, il existe pas moins de 30 associations qui luttent pour l'instauration de la démocratie en Birmanie.