Grèves contre la réforme des régimes spéciaux de retraite en 2007

18 novembre 2007
02m 52s
Réf. 04814

Notice

Résumé :

En novembre 2007, grèves et manifestations éclatent dans les transports publics pour protester contre la réforme des régimes spéciaux de retraite décidée par le gouvernement de François Fillon.

Type de média :
Date de diffusion :
18 novembre 2007
Date d'événement :
13 novembre 2007
Source :
FR3 (Collection: Duel sur la 3 )

Contexte historique

Tentée en 1995 par Alain Juppé, Premier ministre de Jacques Chirac, la réforme des régimes spéciaux de retraite dont bénéficient les agents de certaines grandes entreprises publiques comme la SNCF, la RATP ou EDF s'était brisée sur un grand mouvement de grèves durant l'hiver 1995. Par la suite, une réforme du régime des retraites des fonctionnaires a été entreprise en 2003 : la durée de cotisation des fonctionnaires a été alignée sur celle des salariés du secteur privé en dépit d'une forte mobilisation syndicale. Cette réforme conduite par François Fillon, alors ministre des Affaires sociales du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, ne concernait toutefois pas les régimes spéciaux de retraite.

En 2007, au cours de sa campagne pour l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy relance l'idée de cette réforme. S'appuyant sur une opinion publique majoritairement favorable à cette dernière, il en fait même l'un des symboles des mesures qu'il compte prendre une fois élu. Il souhaite ainsi aligner la durée de cotisation des salariés qui bénéficient de ces régimes spéciaux sur celle des salariés du privé, et donc passer à 40 ans de cotisations au lieu de 37,5 années. Après l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, la réforme des régimes spéciaux de retraite est donc rapidement mise en oeuvre : dès septembre 2007, François Fillon, devenu Premier ministre, annonce qu'elle est prête.

Mais si, contrairement à 1995, la plupart des syndicats ne s'opposent pas au principe même de cette réforme, ils protestent contre l'absence de concertation de la part du gouvernement. Aussi déclenchent-ils en réaction un mouvement social, le premier auquel le gouvernement de François Fillon se soit trouvé confronté. Une première grève massive de 24 heures a lieu le 18 octobre 2007 dans les transports publics et à EDF-GDF. Puis, des grèves illimitées et reconductibles toutes les 24 heures sont déclenchées à l'appel d'une majorité de syndicats à la SNCF et à la RATP à partir du 13 novembre 2007, rejoints dès le lendemain par les agents d'EDF-GDF. Les grèves durent au total neuf jours, jusqu'au 22 novembre 2007. C'est au ministre du Travail et des Affaires sociales Xavier Bertrand qu'est confiée la gestion de la crise, tandis que Nicolas Sarkozy se tient en retrait.

L'ouverture de négociations tripartites à la SNCF et à la RATP le 21 novembre de même que l'impopularité du mouvement et la fermeté du gouvernement conduisent peu à peu les principaux syndicats, hormis SUD-Rail, à appeler à la reprise du travail. La CGT de Bernard Thibault s'y résout également. Ainsi, le 23 novembre, le trafic reprend à la SNCF et à la RATP. Ce mouvement social, le plus important depuis les grandes grèves de l'hiver 1995, n'est donc pas parvenu à repousser la réforme des régimes spéciaux de retraite : en échange de contreparties négociées, les syndicats acceptent le principe des 40 ans de cotisation pour les agents de la SNCF, de la RATP et d'EDF-GDF.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet n'a pas été diffusé dans le cadre d'un journal télévisé mais d'une émission politique hebdomadaire, "Duel sur la 3", présentée par Christine Ockrent chaque dimanche soir, en deuxième partie de soirée, de septembre 2007 à février 2008 sur France 3. Il diffère donc sur le fond de la plupart des reportages insérés dans les journaux télévisés : la journaliste qui l'a réalisé a pu montrer davantage de recul sur la situation. Ce reportage prend d'ailleurs la forme d'une rétrospective de la semaine, alimentée par des images jour après jour, et non d'un récit des événements de la journée écoulée.

S'attachant à retracer la mobilisation contre la réforme des régimes spéciaux de retraite, il présente des plans d'illustration coutumiers des reportages consacrés à un mouvement social dans les transports publics : embouteillages provoqués par la grève, usagers attendant un métro sur un quai bondé ou se déplaçant en rollers et en vélo, grévistes se prononçant sur la reconduite de la grève, manifestants défilant dans la rue, forces de l'ordre mobilisées face aux manifestants et responsables syndicaux discutant avec le ministre du Travail.

Il est à noter que si le sujet donne la parole à une usagère opposée à la grève des transports par le biais d'un micro-trottoir, il ne présente pas une vue totalement équilibrée de l'opinion puisqu'aucun usager favorable au mouvement n'intervient pour contrebalancer la première opinion.

Christophe Gracieux

Transcription

Christine Ockrent
Pour comprendre comment on en est arrivé là, Lauranne Bayrou nous résume la situation.
Lauranne Bayrou
Le tout alors que commençait, mardi, la grève des grèves,
(Musique)
Lauranne Bayrou
Pas de RTT pour les forces de l'ordre, cette semaine, mobilisées sur tous les terrains. Face aux magistrats et avocats en colère contre la réforme de la carte judiciaire voulue par Rachida Dati, Face aux étudiants en colère contre la réforme des universités voulue par Valérie Pécresse, Face aux pêcheurs en colère devant l'augmentation du prix du gazole. celle susceptible de bloquer le pays, la grève des transports.
Gréviste
Le mouvement est donc reconduit jusqu'à demain, 10 heures 30.
Lauranne Bayrou
En cause, la réforme des régimes spéciaux de retraite des salariés de la SNCF et de la RATP. Le gouvernement veut aligner leur régime sur celui de la fonction publique : 40 ans de cotisation et non plus 37 et demi. 6 français sur 10 ne sont pas solidaires, ceux-là même qui peinent à se déplacer et redécouvrent la roue.
Sandrine Morineau
Ils ont peut-être leur part de raison, mais toujours est-il qu'avant de prendre les usagers en otage, réfléchir un peu plus, savoir les conséquences que cela peut porter. Car je ne pense pas qu'ils s'imaginent tous les problèmes organisationnels qu'on a.
Lauranne Bayrou
Mercredi, Xavier Bertrand répond à la main tendue par la CGT. La veille, Bernard Thibaut lui avait demandé des négociations tripartites, entreprise par entreprise avec un représentant de l'Etat. D'accord. Le ministre du travail envoie une lettre aux syndicats avec 14 propositions.
Xavier Bertrand
La volonté exprimée par une grande majorité d'entre vous est, aujourd'hui, conforme à la volonté du gouvernement de mener cette réforme des régimes spéciaux jusqu'au bout mais que le dialogue que nous avons toujours appelé de nos voeux, le dialogue auquel nous avons toujours cru, eh bien, aujourd'hui, ce dialogue trouve des interlocuteurs.
Lauranne Bayrou
61% de grévistes à la SNCF mercredi. 42 jeudi. 32% vendredi. Au fil des jours, les grévistes sont moins nombreux mais paraissent plus déterminés.
Fabienne
Les négociations s'ouvrent avec 3 points qui ne seront pas levés, c'est-à-dire les 40 ans d'annuités, le mécanisme de décote et l'indexation des salaires. On ne peut pas partir sur une négociation tout en sachant que ce sont des points sur lesquels le gouvernement refuse de bouger.
Lauranne Bayrou
Privés de leur bus, métro, RER et train, les habitants des grandes villes s'impatientent tandis que le conflit semble au point mort. Xavier Bertrand exclut toute négociation tant que la grève continue. Les directions des centrales syndicales se disent prêtes à négocier mais pas les grévistes. Alors les syndicats sont-ils dépassés par leur base ? Les cheminots font-ils de la surenchère ? Ou sont-ils les derniers porte-parole d'un malaise social généralisé ?

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