Violentes émeutes à Villiers-le-Bel en 2007

26 novembre 2007
02m 44s
Réf. 04815

Notice

Résumé :

Le 25 novembre 2007, de violentes émeutes éclatent à Villiers-le-Bel, dans le Val-d'Oise, à la suite du décès de deux jeunes dans la collision de leur moto avec un véhicule de police. De nombreux bâtiments et commerces sont dévastés et incendiés.

Type de média :
Date de diffusion :
26 novembre 2007
Date d'événement :
25 novembre 2007
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

A partir des années 1990, le malaise des banlieues françaises ne cesse de s'accroître au point qu'elles sont régulièrement le théâtre de troubles. Ceux-ci atteignent une acuité extrême en novembre 2005 : pendant trois semaines, les banlieues sont touchées par des émeutes d'une ampleur sans précédent puisque la plupart des "zones urbaines sensibles" métropolitaines sont affectées par les violences. La situation est telle que le gouvernement de Dominique de Villepin décide de décréter l'état d'urgence. Le bilan matériel des émeutes s'avère considérable : 10 000 véhicules ont été incendiés et plus de 300 bâtiments publics ont été dégradés ou brûlés.

Si, sur le moment, ces émeutes d'une envergure exceptionnelle amènent les autorités à prendre conscience de l'échec de l'ensemble des politiques de la ville et de l'aggravation de l'exclusion des banlieues, la situation des quartiers sensibles ne connaît pas de réelle amélioration depuis. Le taux de chômage y est ainsi encore deux fois plus élevé que la moyenne française en 2007 d'après l'Observatoire national des zones urbaines sensibles.

Des troubles surviennent encore régulièrement dans ces quartiers. Les plus violents se sont produits à Villiers-le-Bel, ville de 27 000 habitants située au nord de Paris, dans le Val-d'Oise, du 25 au 28 novembre 2007. Ils éclatent à la suite de la mort de deux adolescents circulant en mini-moto dans une collision avec un véhicule de police, dans l'après-midi du 25 novembre 2007. Deux heures après, la nouvelle du drame se répand dans la ville. Aussitôt des groupes de jeunes déclenchent de violents incidents. Pendant plus de six heures, des dizaines de jeunes s'en prennent directement aux forces de l'ordre qu'elles rendent responsables de la mort des deux adolescents et commettent d'importantes dégradations : les postes de police de Villiers-le-Bel et d'Arnouville-lès-Gonesse ainsi que des commerces sont dévastés. De nombreuses voitures sont également incendiées. Les violences se renouvellent la nuit suivante, du 26 au 27 novembre 2007. Au cours de cette nuit, une école et une bibliothèque sont notamment brûlées. Les émeutes ne prennent fin que le 28 novembre à la suite du déploiement d'un millier de policiers, dont des membres des forces spéciales du RAID appuyés par deux hélicoptères.

Si le scénario de leur éclatement ressemble beaucoup à celui de novembre 2005 - deux jeunes avaient trouvé la mort à Clichy-sous-Bois dans un transformateur électrique en cherchant à éviter un contrôle de police -, les émeutes de Villiers-le-Bel en différent par plusieurs aspects. Elles n'ont tout d'abord pas conduit à une contagion nationale, comme celles de 2005 : elles sont restées localisées à Villiers-le-Bel et aux communes limitrophes. Surtout, elles différent des troubles de 2005 par leur radicalité et leur logique nettement plus destructrice. De véritables scènes de guérilla urbaine ont eu lieu entre bandes de jeunes et policiers. Une partie des émeutiers a alors fait usage d'une très grande violence contre les forces de l'ordre. Outre des barres de fer, bâtons en bois, bouteilles en verre et bombes lacrymogènes, des armes à feu et des cocktails Molotov ont ainsi été utilisés contre elles. Plus d'une centaine de policiers ont de la sorte été blessés en deux nuits à Villiers-le-Bel. Un premier procès des émeutiers a eu lieu en juillet 2009 : dix jeunes ont été condamnés à des peines de prison ferme pour jets de pierre et de projectiles contre des policiers. Les émeutes de novembre 2007 à Villiers-le-Bel témoignent en tout cas de la dégradation de la situation dans les banlieues françaises et de la radicalisation des troubles qui s'y produisent de plus en plus régulièrement.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet, qui prend la forme d'un récit chronologique des événements de Villiers-le-Bel de novembre 2007 depuis le drame initial jusqu'aux conséquences des violences, réalisé sur les lieux mêmes des émeutes, s'apparente par de nombreux aspects à un reportage de guerre. Les images des voitures et des bâtiments incendiés, des affrontements nocturnes entre émeutiers et policiers, de l'encerclement de la cité par les forces de l'ordre, ou des ambulances rappellent celles d'une guerre ou d'une guérilla. Les journalistes qui ont commenté les émeutes de Villiers-le-Bel ont du reste alors souvent employé l'expression "guérilla urbaine" pour les qualifier.

Il en va de même pour les dégradations auquel le reportage accorde une place majeure : la visite, le lendemain de la nuit d'émeutes, des lieux dévastés peut être rapprochée des images d'un champ de bataille après les combats ou d'une ville bombardée. De même, les témoignages des commerçants et salariés victimes des troubles font penser à ceux de rescapés qui ont perdu leurs biens au cours d'un conflit. Ce sujet illustre ainsi la violence particulière des émeutes qui ont embrasé Villiers-le-Bel dans la nuit du 25 au 26 novembre 2007.

Christophe Gracieux

Transcription

David Pujadas
D'abord, donc, direction Villiers-le-Bel. On craignait le pire et le pire s'est produit. Cette commune du nord de Paris de 27 000 habitants ainsi que plusieurs quartiers voisins a donc été le théâtre d'une nuit d'affrontements et de vandalisme. Tout est parti de la mort de deux adolescents dans une collision avec une voiture de police. On verra, dans un instant, quels sont les premiers éléments de l'enquête. D'abord le récit de ces dernières 24 heures. Hakim Adbelkhalek, Alexis Orand avec toutes nos équipes sur place.
Hakim Adbelkhalek
La moto est quasi-intacte. Mais le choc a été d'une rare violence. L'avant de la voiture de police est totalement détruit. Les deux adolescents qui roulaient sans casque meurent quelques minutes après. Quelques grands frères tentent de préserver intacte la scène de l'accident pour les besoins de l'enquête.
Inconnu
On ne touche pas à la voiture. On ne touche pas à la moto. On garde notre calme. On garde notre calme.
Hakim Adbelkhalek
Mais un peu plus loin, les incendies se multiplient. Le poste de police est complètement ravagé par les flammes. Un peu partout dans la cité, les poubelles et les voitures sont brûlées. Au total, 28 véhicules carbonisés. Les commerces sont également pris pour cible. Vitrines brisées, magasins pillés. Ce coiffeur est revenu d'urgence après le déclenchement de son alarme mais il est trop tard : son salon est partiellement détruit.
Yves Lesangre
Qu'est-ce qu'ils peuvent prendre chez nous, dans la coiffure ? Quelques bouteilles de ceci ou de cela. Ça n'a aucune valeur. C'est l'histoire de piller, de bousculer, de faire un écho. C'est tout.
Hakim Adbelkhalek
Des petits groupes très mobiles s'en prennent à la police. Les forces de l'ordre répliquent par des gaz lacrymogènes. Au total, 46 policiers vont être blessés dont 2 grièvement, notamment un commissaire de police frappé à la tête. Des centaines de CRS sont envoyés en renfort. Ils vont encercler toute la cité pour contenir la colère. Les pompiers continuent d'intervenir. Cette fois-ci, c'est une concession automobile qui a été incendiée. Ce matin, au même endroit, cet employé découvre, désemparé, les dégâts. Il a certainement perdu son travail.
Kamel Cherkaoui
Le pire, pour moi, c'est que je viens de signer mon CDI il y a une semaine. Et voilà. Voilà le résultat. Je ne sais pas où je vais me retrouver, maintenant. Au chômage ? Il faut que je retrouve un autre travail encore.
Hakim Adbelkhalek
Le patron, lui, est déjà occupé avec les experts des assurances.
Vincent Pétillon
Oui, c'était fermé. Il y avait un gardien plus les pompiers qui sont à 200 mètres. Toute la journée, les ouvriers municipaux et les commercants se sont attelés à effacer les stigmates d'une nuit de violence.