La visite de Kadhafi à Paris

15 décembre 2007
02m 52s
Réf. 04817

Notice

Résumé :

La visite officielle du président Libyen en France suscite de vives polémiques, au nom du respect des droits de l'homme.

Type de média :
Date de diffusion :
15 décembre 2007
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

Le 10 décembre 2007, Mouammar Kadhafi entame une visite de 5 jours en France, la première depuis 1973. De fait, depuis l'attentat du DC10 d'UTA en 1989, le colonel Kadhafi est associé au terrorisme international. Néanmoins lors de la négociation de la libération des infirmières bulgares emprisonnées et torturées en Libye depuis 1999, le guide libyen obtient l'organisation d'une visite officielle à Paris, symbole de sa réhabilitation sur la scène internationale.

Cette visite attise de vives critiques de la part du parti socialiste qui s'insurge contre le fait que les principes démocratiques soient sacrifiés sur l'autel des intérêts financiers. La secrétaire d'Etat aux droits de l'homme Rama Yade, elle même, critique ouvertement cette visite et s'attire ce faisant les réprimandes du chef du gouvernement François Fillon tandis que Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères, en déplacement à Bruxelles, ne rencontre pas le président libyen et s'écarte ainsi du protocole diplomatique. Fruit d'une promesse, cette visite répond également à des intérêts financiers. Les chefs des grandes entreprises françaises d'armement, de l'aéronautique ou de l'énergie espèrent ainsi engranger des promesses de contrats ou de marchés. Cependant, cette logique commerciale, voire mercenaire, est critiquée au nom des droits de l'homme. Si Nicolas Sarkozy se défend face aux "donneurs de leçons", c'est sans compter sur la malice du guide libyen, qui n'hésite pas à démentir les propos du président français qui affirme avoir évoqué la question des droits de l'homme lors de leur entretien, ou encore à critiquer la politique menée par la France en matière d'immigration, au nom de ces mêmes principes. Il ne manque pas non plus de souligner le manque 'hospitalité de la France en pointant les petites vexations qui lui sont imposées comme le refus d'organiser une réception à l'Assemblée nationale ou l'absence de Bernard Kouchner.

En revanche, le chef Libyen a profité de sa visite pour effectuer des visites touristiques, sur la Seine en bateau-mouche, au château de Versailles ou au Louvre. Il chasse même dans la forêt de Rambouillet, un privilège que la République française offre à ses hôtes de marque.

En définitive, la visite du guide Libyen à Paris, ses frasques et provocations, et les critiques qu'elle a immédiatement soulevées ont soumis le président Nicolas Sarkozy à rude épreuve.

Julie Le Gac

Éclairage média

Ce reportage, fort complet sur la visite du président Libyen Kadhafi à Paris, présente avec une certaine ironie les principales étapes et enjeux de cette visite. Lors du lancement plateau, tout d'abord, le présentateur n'hésite pas à qualifier cette visite officielle de "Kadhafi tour européen", à l'image des rock stars. Puis, le reportage débute avec les images de l'enlèvement du drapeau libyen sur la piste de l'aéroport, qui symbolise l'empressement de la République d'effacer les traces d'une visite qui à bien des égards, s'est révélée embarrassante. L'air militaire joué par des trompettes illustrant l'accueil de Kadhafi par Nicolas Sarkozy sur le perron de l'Elysée souligne le contraste entre le caractère officiel de cette visite, et les polémiques, indignations et moqueries qu'elle a suscitées. Des coupures de presse rappellent ensuite les premières critiques, issues des rangs mêmes du gouvernement, tandis que le journaliste souligne l'absence du ministre des affaires étrangères, en déplacement à Bruxelles. Le document accorde alors une sorte de droit de réponse au président de la République qui lors d'un discours officiel raille les "postures entre le Café Flore et le Zénith", hauts lieux, l'un de la vie intellectuelle, l'autre de la scène française. Néanmoins, le reportage se poursuit par la remise en cause de l'intérêt économique d'une telle visite, insinuant que les contrats prétendument signés l'étaient déjà auparavant, ou ne constitueraient que des promesses. Puis, le document énumère longuement les provocations du président libyen qui n'hésite pas à contredire son hôte Nicolas Sarkozy et dès lors à mettre en doute la véracité de la parole présidentielle. Dans le même sens, il souligne les extravagances du guide libyen, son séjour dans sa tente personnelle, le choix d'une tenue d'aviateur pour visiter le symbole de la monarchie française, le palais de Versailles, ou encore la présence à ses côtés de ses amazones, des extravagances considérées, elles aussi, comme autant de provocations. Enfin, le reportage s'achève par le récit amusé des pérégrinations touristiques de Mouammar Kadhafi, des bateaux-mouches à Versailles en passant par le Louvre.

Ainsi, ce reportage, engagé, rappelle l'ensemble des provocations adressées à la France par le président Kadhafi au cours de sa visite officielle, et les nombreuses polémiques suscitées. Avec un certain humour et une ironie mordante, il présente cette visite comme une farce dramatique dans laquelle certes, les personnages sont tous raillés, mais qui s'achève par la défaite de la préservation des idéaux d'humanisme et de droits de l'homme revendiqués par la République française.

Julie Le Gac

Transcription

Laurent Delahousse
Dans le reste de l'actualité, le Kadhafi tour européen du président libyen se poursuit. Il est arrivé en Espagne où il sera reçu, la semaine prochaine, par le chef du gouvernement et le roi Juan Carlos. Muammar Kadhafi a donc achevé son voyage en France. Outre les contrats économiques, il en restera une polémique à répétition mais également quelques images. Jérôme Bermyn, Marie Kro.
Jérôme Bermyn
Muammar Kadhafi est parti presque en catimini. Personne du gouvernement pour le saluer. Quelques secondes après son décollage, le drapeau libyen a été plié. Pour Nicolas Sarkozy, c'est la fin d'une semaine difficile. On est loin des honneurs de la république, lundi. Les ennuis du président ont pourtant déjà commencé au sein même de son gouvernement. Déclaration fracassante de Rama Yade, le matin. Absence de Bernard Kouchner, le soir. Il est à Bruxelles. La gauche est très critique. La droite, souvent embarrassée.
Nicolas Sarkozy
C'est bien beau, les leçons de droits de l'homme et les postures entre le café de Flore et le zénith. J'ai dit au président Kadhafi combien il fallait continuer à progresser sur le chemin des droits de l'homme.
Jérôme Bermyn
Et puis on signe de gros contrats. 10 milliards d'euros dit le président. Pas si sûr. Les contrats Airbus avaient déjà été conclus par l'ancien gouvernement. Les contrats d'armement ne le sont pas vraiment, juste une option d'achat. De 10 milliards, on passe à 3 pour une centrale nucléaire. Mais le plus dur reste à venir. Réception à l'hôtel de Lassay, pas à l'assemblée. Le guide libyen s'en plaint. Sur 80 députés UMP invités, seuls 25 sont présents. Et les députés socialistes, eux, quittent l'hémicycle pour protester. Le colonel multiplie les provocations. Dans sa tente qui semble défier les palais de la République, il nie avoir parlé droits de l'homme à l'Elysée.
Muammar Kadhafi
Tout d'abord, nous n'avons pas évoqué, moi et le président Sarkozy, ces sujets.
Jérôme Bermyn
A l'UNESCO, il passe la vitesse supérieure. Maintenant, c'est lui qui donne des leçons.
Muammar Kadhafi
Avant de parler des droits de l'homme, il faut vérifier que les immigrés en bénéficient chez vous, de ces droits.
Jérôme Bermyn
Le président Kadhafi est agacé. Ses ministres règlent ses comptes, avec Bernard Kouchner notamment.
Abdel-Rahman Chalgam
De toute façon, son absence n'a pas eu d'effet, n'a pas eu d'impact sur la visite. Et s'il ne veut pas nous voir, nous aussi, on ne désire pas le voir.
Jérôme Bermyn
Mais le touriste Kadhafi, lui, s'en donne à coeur joie : bateau-mouche, tour Eiffel, 30 minutes au Louvre - dont 3 devant Mona Lisa -, une heure à Versailles en tenue d'aviateur et chapka. Ces amazones ont pu rêver. Même une chasse privée à Rambouillet. A chaque changement de programme, une sécurité sur les dents. Le colonel est, ce soir, en Espagne, où il n'y a pas de polémique, pour l'instant.

Les enseignants de l'Éducation nationale disposent d'un accès gratuit à la version intégrale de Jalons depuis le portail Éduthèque.

Se connecter:

eduthèque