Assassinat de Benazir Bhutto au Pakistan

30 décembre 2007
01m 59s
Réf. 04818

Notice

Résumé :

Trois jours après l'assassinat de Benazir Bhutto, le 27 décembre 2007, à Rawalpindi, au Pakistan, ses partisans manifestent et se recueillent en sa mémoire.

Type de média :
Date de diffusion :
30 décembre 2007
Date d'événement :
27 décembre 2007
Source :
A2 (Collection: 20 heures )
Personnalité(s) :
Lieux :

Contexte historique

Depuis son indépendance en 1947, le Pakistan n'a cessé de connaître une forte instabilité politique et de nombreuses périodes de dictature militaire. Ainsi, en octobre 1999, le général Pervez Musharraf effectue un coup d'Etat militaire qui renverse le gouvernement dirigé par Nawaz Sharif. Officiellement président depuis mai 2001, Pervez Musharraf devient à la suite des attentats du 11 septembre 2001 menés par Al-Qaida sur le sol américain un allié important des Etats-Unis dans leur lutte contre le terrorisme islamique : le Pakistan, qui détient l'arme nucléaire, a en effet un rôle central à jouer puisque la zone frontière entre le Pakistan et l'Afghanistan sert de refuge aux talibans et aux membres d'Al-Qaida. Pervez Musharraf ne parvient toutefois pas à endiguer la progression des islamistes face auxquels son gouvernement apparaît de plus en plus fragilisé.

Les élections législatives prévues en janvier 2008 apparaissent par conséquent périlleuses pour Pervez Musharraf. Ceci d'autant plus que le chef de file du Parti du peuple pakistanais (PPP), Benazir Bhutto, revient au Pakistan en octobre 2007 pour se présenter aux élections. Fille de l'ancien Premier ministre Zoulfikar Ali Bhutto exécuté en 1979, elle avait elle-même exercé les fonctions de Premier ministre à deux reprises, de 1988 à 1990, puis de 1993 à 1996. Elle avait ainsi été la première femme élue à la tête d'un pays musulman. Mais accusée de corruption et d'abus de pouvoir, elle avait été démise de ses fonctions en 1996. Condamnée en 1999, elle avait choisi de s'exiler afin d'éviter la prison.

Après huit années d'exil à Londres et à Dubaï, Benazir Bhutto revient donc au Pakistan le 18 octobre 2007 à la suite d'un accord passé avec Pervez Musharraf qui l'amnistie elle et son mari de toute condamnation pour corruption. Dès le jour même de son retour, elle échappe à Karachi à un attentat-suicide contre son convoi qui provoque la mort de 150 personnes. Toutefois, deux semaines avant les élections législatives, le 27 décembre 2007, un kamikaze parvient à tuer Benazir Bhutto à Rawalpindi, avant de se faire exploser dans la foule de ses partisans. Faisant campagne contre le président Musharraf mais plus encore contre les islamistes, Benazir Bhutto sortait alors tout juste de son premier meeting électoral.

Aussitôt la nouvelle de la mort de l'ex-Premier ministre connue, des violences éclatent dans tout le pays : les partisans de Benazir Bhutto rendent Pervez Musharraf responsable de son assassinat, tandis que le président pakistanais accuse les islamistes. La disparition de Benazir Bhutto plonge le Pakistan dans une profonde crise politique. Elle représente également un échec notable pour les Etats-Unis : eux qui avaient négocié un partage du pouvoir entre Pervez Musharraf et Benazir Bhutto ne peuvent que constater la puissance des groupes extrémistes islamistes, sans doute responsables de l'assassinat de celle qui était surnommée "la Sultane". C'est le propre fils de Benazir Bhutto, Bilawal Bhutto, âgé de dix-neuf ans, qui devient alors le président du PPP, tandis que son père Asif Ali Zardari, qui a passé huit ans en prison pour corruption, en est nommé co-président. Ce dernier est élu président du Pakistan en septembre 2008.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Tourné trois jours après l'assassinat de Benazir Bhutto par une équipe d'envoyés spéciaux de France 2, ce sujet montre aux téléspectateurs les lieux mêmes de l'attentat. Le choix a été fait de traiter exclusivement les réactions des partisans de Benazir Bhutto à sa mort brutale : ils expriment leur deuil mais aussi leur colère. Il ne s'agissait donc pas de faire une brève rétrospective composée d'images d'archives. Aussi ce reportage ne comprend-il aucune image de Benazir Bhutto dans ses derniers instants, ni des lieux de l'attentat immédiatement après son assassinat. Alternant les plans d'illustration avec des interviews de ses partisans, il ne montre "la Sultane" qu'à travers les affiches électorales de son mouvement, le Parti du peuple pakistanais, encore placardées sur les murs.

Christophe Gracieux

Transcription

Olivier Galzi
Alors le clan Bhutto a donc décidé de réagir rapidement pour assurer la continuité de son combat politique. Mais les cicatrices ouvertes par l'assassinat de Benazir mettront, elles, beaucoup de temps avant de se refermer. Nous avons pu nous rendre, aujourd'hui à l'endroit où l'attentat a été commis, dans la banlieue d'Islamabad. Envoyés spéciaux : Philippe Rochot, Tristan Le Bras.
Philippe Rochot
C'est devenu un nouveau lieu de pélerinage, là où est tombée Benazir Bhutto. Ses partisans se relaient pour honorer sa mémoire. Son dernier meeting était un défi, car c'est là qu'a déjà été assassiné un premier ministre pakistanais, Liaquat Ali Khan, en 1950. C'est aussi à Rawalpindi que le père de Benazir a été pendu. Elle se croyait protégée parce que cette ville est la place forte de l'armée pakistanaise. Il n'en était rien.
Zaman Mirza
Il n'y a pas la moindre sécurité, ici. L'armée n'a absolument rien fait pour protéger Benazir Bhutto. C'est pour cela qu'il ont pu tirer sur elle sans être inquiétés.
Philippe Rochot
Dans les rues de Rawalpindi, tout semblait pourtant en place pour une victoire de l'opposition au président Musharraf. Des affiches partout. C'est comme si on allait voter demain. Cet assassinat de Benazir vient d'anéantir l'opposition pour un temps. Mais au PC de Benazir Bhutto, les femmes du parti populaire sont prêtes à relever le défi.
Nargis Malik
Nous sommes fières de notre parti et de ses chefs,
Interviewé
car sous le même parapluie, il y a des religieux, des femmes et toutes sortes de gens qui représentent le peuple.
Philippe Rochot
Après 3 jours de deuil national, les magasins devraient rouvrir demain. Mais Rawalpindi et toutes les villes du Pakistan vont rester sous haute surveillance. Dans la province du Sind, 16 000 forces paramilitaires sont en position pour empêcher de nouvelles émeutes qui auraient fait une quarantaine de morts en 3 jours. Ce soir encore, autour de l'hôpital où Benazir Bhutto a rendu son dernier soupir, des petits groupes de manifestants venaient montrer leur colère et leur douleur. Une partie du Pakistan demeure inconsolable.