Libération d'Ingrid Betancourt, après six ans de captivité par les FARC en Colombie

04 juillet 2008
03m 08s
Réf. 04824

Notice

Résumé :

Le 4 juillet 2008, Ingrid Betancourt, libérée deux jours avant, après avoir été l'otage des F.A.R.C. en Colombie pendant plus de six ans, revient en France. Elle est accueillie par Nicolas Sarkozy à l'aéroport de Villacoublay, puis est reçue à l'Elysée.

Type de média :
Date de diffusion :
04 juillet 2008
Date d'événement :
02 juillet 2008
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

Depuis plusieurs décennies, la Colombie apparaît constamment minée par la violence. Cette violence, c'est d'abord celle des narcotrafiquants qui contrôlent le trafic de cocaïne. L'Etat colombien, lui-même souvent atteint par la corruption, tente ainsi de lutter contre les cartels de Bogota et de Medellin. La Colombie subit également depuis les années 1960 les actions violentes de plusieurs guérillas d'extrême gauche qui cherchent à canaliser le mécontentement paysan contre l'Etat et les propriétaires et à lutter contre l'influence américaine. Le Mouvement du 19-Avril, le M-19, créé en 1970, s'est avéré la guérilla la plus puissante avant de déposer les armes en 1990. On comptait aussi l'Armée de libération nationale, E.L.N., de type castro-guévariste.

A ces deux mouvements s'ajoute celui des Forces armées révolutionnaires, de type marxiste-léniniste. Fondées en 1964, repliées dans des zones rurales montagneuses, les F.A.R.C. conduisent une série d'actions violentes. Les combats entre l'armée et la guérilla font régulièrement de nombreux morts, même si de 1999 à 2002 une trêve intervient entre les F.A.R.C. et le président colombien Andrés Pastrana. Des groupes paramilitaires d'extrême droite, démobilisés en 2006, se créent aussi pour lutter contre la guérilla, recourant aux mêmes violences.

Dirigées par Manuel Marulanda, les F.A.R.C. se distinguent particulièrement par leurs enlèvements d'hommes politiques, de propriétaires terriens, d'industriels ou de militaires. Le 23 février 2002, elles enlèvent ainsi la sénatrice franco-colombienne Ingrid Betancourt, candidate écologiste à l'élection présidentielle en Colombie prévue en mai suivant. Cet enlèvement fait suite à la rupture des négociations avec les F.A.R.C. décidée par le président Andrés Pastrana après le détournement d'un avion et l'enlèvement du sénateur Jorge Gechen Turbay, et à l'entrée de l'armée colombienne, le 21 février, dans la zone démilitarisée de Caguan. En échange de la libération d'Ingrid Betancourt et d'autres parlementaires retenus en otages, les F.A.R.C. exigent la libération de leurs combattants emprisonnés.

Peu de temps après, Alvaro Uribe, transfuge du Parti libéral, est élu président sur un programme de lutte intransigeante contre la guérilla. Les F.A.R.C. multiplient alors attentats et enlèvements. Les affrontements avec l'armée colombienne s'avèrent très violents, Alvaro Uribe, réélu en 2006, continuant de refuser toute négociation pour la libération des otages détenus par les F.A.R.C. Dans le même temps, en France, une intense mobilisation associative et médiatique se met en place pour obtenir la libération d'Ingrid Betancourt. Son portrait est notamment affiché sur la place de l'Hôtel de Ville à Paris. Le gouvernement français mène quant à lui une campagne diplomatique auprès de la Colombie et de plusieurs Etats sud-américains en faveur de négociations avec les F.A.R.C. pour obtenir la libération de l'otage franco-colombienne.

Finalement, le 2 juillet 2008, au terme d'une opération minutieusement conduite, Ingrid Betancourt, ainsi que onze soldats colombiens et trois Américains, également retenus en otages par les F.A.R.C., sont libérés par l'armée colombienne. Cette opération est un succès pour Alvaro Uribe, qui n'a cessé de défendre l'option militaire au détriment d'une négociation avec les F.A.R.C., option soutenue par la France. Elle témoigne aussi de l'affaiblissement des F.A.R.C. qui ont perdu leur chef historique Manuel Marulanda, mort en mars 2008, et qui avaient déjà libéré plusieurs otages en janvier 2008, dont Clara Rojas, assistante d'Ingrid Betancourt, à la suite d'une médiation du président vénézuélien Hugo Chavez. Libérée après plus de six ans et quatre mois de captivité, Ingrid Betancourt est accueillie triomphalement à Paris dès le 4 juillet 2008 par le président de la République Nicolas Sarkozy.

Christophe Gracieux

Éclairage média

La captivité d'Ingrid Betancourt, retenue pendant plus de six ans par les F.A.R.C. en Colombie, a fait l'objet d'une intense médiatisation en France. Les médias français ont ainsi régulièrement transmis à l'opinion les informations éparses qui parvenaient sur la franco-colombienne, à commencer par les messages radiophoniques ou télévisées enregistrés par l'otage. Le décompte de son temps de captivité était également souvent énoncé dans les journaux télévisés. Ainsi, peu à peu, essentiellement grâce à l'action des comités de soutien créés pour obtenir sa libération, Ingrid Betancourt, certes de nationalité franco-colombienne mais dont toute la carrière politique s'était déroulée en Colombie, est devenue une figure emblématique en France. Emblématique du sort des otages dans le monde, et plus particulièrement de celui des femmes.

Par contraste, dans son pays de résidence et d'action politique, la Colombie, la couverture médiatique de sa captivité s'est avérée nettement moins importante. Si son sort n'a pas non plus été oublié par la presse colombienne, il était plus souvent évoqué en commun avec celui des nombreux otages retenus par les F.A.R.C. A l'inverse, les médias français ont eu davantage tendance à passer sous silence la captivité des autres otages, s'intéressant exclusivement à celle d'Ingrid Betancourt. Cette partialité a souvent suscité incompréhension et énervement de la part des autorités comme de l'opinion colombiennes.

Sa captivité ayant été très médiatisée, il n'est donc pas étonnant que son retour en France, seulement deux jours après sa libération, l'ait également été. Le présent sujet, qui propose un récit chronologique de ses premiers moments sur le sol français, en témoigne. Accueillie comme l'égale d'un chef d'Etat par Nicolas Sarkozy et son épouse, Ingrid Betancourt voit l'ensemble de ses mots et gestes observés en détail. Une véritable mise en scène officielle a d'ailleurs été organisée en deux temps pour célébrer son retour, à l'aéroport militaire de Villacoublay puis à l'Elysée. Certains observateurs n'ont du reste pas manqué de parler d'une récupération médiatique et politique de sa libération par Nicolas Sarkozy. La proximité qu'affiche ce dernier avec l'ex-otage va dans ce sens, de même que sa présence à ses côtés tout au long de la journée. Toutefois, le reportage n'est pas seulement composé de séquences officielles. Il laisse également une place importante à l'expression d'une émotion spontanée : celle d'Ingrid Betancourt pendant son discours, celle de sa famille et de ses amis qui la retrouvent, mais aussi celle des membres anonymes de ses comités de soutien.

Christophe Gracieux

Transcription

Laurent Delahousse
Et on commence, ce soir, par une image : celle d'Ingrid Betancourt qui, aux alentours de 16 heures, cet après-midi, a donc retrouvé le sol de France, son autre pays. Cela faisait 6 ans et 5 mois qu'elle rêvait de ce moment. Elle a été accueillie par le président de la République et son épouse. Il y avait, aujourd'hui encore, dans les mots qu'elle a choisis beaucoup de sobriété, de dignité et d'émotion. De l'émotion et de la joie aussi pour des anonymes qui se sont battus pour elle et qui ont pu, aujourd'hui, la rencontrer parfois pour la première fois.
Arnaud Boutet
Retour sur cette journée avec Arnaud Boutet, Jean-Marc Nouck-Nouck et José Boulesteix. Ils se voient pour la première fois mais se comportent déjà comme des vieux amis. Pour cette arrivée volontairement médiatique, Nicolas Sarkozy voulait un accueil national aux pieds de l'avion.
Nicolas Sarkozy
Je voudrais d'abord vous dire que c'est toute la France qui est heureuse que vous soyez là.
Ingrid Betancourt
Je rêve, depuis 7 ans, de vivre ce moment, respirer l'air de la France, être avec vous. Je vous dois tout. Je vous dois tout. J'ai beaucoup pleuré pendant 7 ans, de douleur et d'indignation. Aujourd'hui, je pleure de joie.
Arnaud Boutet
Emue, Ingrid Betancourt. Elle retrouve ses proches, ceux qu'elle nomme sa deuxième famille. Et dans cette foule, il y a aussi des anonymes qui, depuis 6 ans, la soutiennent.
Hervé Marro
Toutes les personnes des comités de soutien la considèrent comme quelqu'un de la famille, forcément, parce qu'on s'est battu pour elle comme si on la connaissait, comme si c'était quelqu'un qui nous était très cher.
Arnaud Boutet
40 minutes plus tard, le cortège, digne d'un chef d'Etat, prend la route de l'Elysée. Sur le parcours, certains la reconnaissent. Lorsqu'elle apparaît devant la présidence, la foule est importante et respectueuse.
Inconnu
Madame Ingrid Betancourt.
Arnaud Boutet
A l'intérieur, c'est la fête. Accueillie comme une star, elle découvre ses comités de soutien et, déjà, leur demande de penser aux otages restés en Colombie.
Ingrid Betancourt
J'ai besoin de vous encore parce qu'on ne peut pas les laisser là. Là où ils sont, ils souffrent. Ils sont seuls. Je sais que...
Arnaud Boutet
Devant 400 témoins, elle demande à Nicolas Sarkozy d'intervenir auprès du président Uribe.
Ingrid Betancourt
Alors je me tourne vers notre président pour qu'il aille en Colombie à nouveau.
(Applaudissements)
Ingrid Betancourt
Il faudra reparler avec Uribe.
Nicolas Sarkozy
S'agissant d'abord de tous ceux qui restent prisonniers, la France n'arrêtera pas le combat.
Arnaud Boutet
Le voyage est empreint d'émotion. Il se révèle déjà très politique.

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