Jean-Marie Le Clézio, Prix Nobel de littérature

09 octobre 2008
02m 35s
Réf. 04829

Notice

Résumé :

L'attribution du Prix Nobel de Littérature 2008 à Jean-Marie Le Clézio récompense une œuvre littéraire riche, débutée en 1963 avec Le procès verbal et marquée par la curiosité pour les cultures du monde entier.

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09 octobre 2008
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Contexte historique

En 2008, Jean Marie Le Clézio reçoit le 103ème Prix Nobel de littérature attribué par l'Académie royale de Suède, un prix qui récompense selon les termes mêmes de l'académie "un écrivain de la rupture, de l'aventure poétique et de l'extase sensuelle, l'explorateur d'une humanité de l'au-delà et en-dessous de la civilisation régnante".

Jean-Marie Le Clézio naît à Nice en 1940 d'une mère française et d'un père britannique, médecin militaire en Afrique. A sept ans, il part au Nigéria découvrir un père qu'il ne connaît pas encore. Au cours des deux mois de navigation, qu'il qualifie plus tard de voyage initiatique, il se livre pour la première fois à l'écriture. Il racontera cette expérience dans son roman Onitsha publié en 1991. A 17 ans, il obtient deux baccalauréats, puis licencié de lettres, soutient un mémoire consacré à la solitude dans l'œuvre de Michaux. En 1963, son premier roman, Le procès verbal est récompensé par le prix Renaudot. Ses livres suivants explorent le thème de la folie, mais rencontrent peu de succès auprès du grand public. En 1968, Jean-Marie Le Clézio effectue son service militaire en tant que coopérant en Thaïlande. Il provoque un scandale en dénonçant la prostitution enfantine et est expulsé du pays. Il est alors envoyé au Mexique à l'institut français d'Amérique latine. De 1970 à 1974, il partage la vie des Indiens Emberas et Waunanas au Panama. La découverte de ces cultures si différentes contribue à forger son image d'écrivain voyageur. A partir de 1977, il enseigne la littérature française à l'université américaine d'Albuquerque au Nouveau Mexique. Son roman Mondo publié en 1978 connaît un fort succès populaire. En 1980, il est le premier lauréat du Grand prix de littérature Paul Morand décerné par l'Académie française, avec son roman Désert, très beau récit romanesque des errances de Lalla, jeune immigrée en provenance du sud marocain, et une profonde critique de la société coloniale. Puis, dans Ritournelles de la faim, paru en 2008, il retrace le parcours de sa mère de l'Ile Maurice à Paris.

Ainsi, nourri de ses racines lointaines (la Bretagne, l'Ile Maurice...), de ses voyages à la découverte des civilisations extra-européennes, mais également mu par une inquiétude à l'égard de la société industrielle, Jean Marie Le Clézio est l'auteur d'une littérature riche, sensible et abondante.

Julie Le Gac

Éclairage média

Ce reportage réalisé à l'occasion de l'attribution du prix Nobel de littérature à Jean-Marie Le Clézio en 2008 s'efforce à la fois de retracer la longue et riche carrière de Jean-Marie Le Clézio et de saisir la personnalité de cet homme discret, timide, voire énigmatique. A l'aide d'images d'archives, il rappelle les principales étapes de sa carrière littéraire, de ses débuts brillants couronnés par l'attribution du prix Renaudot en 1963 à sa carrière d'enseignant de littérature française à l'université d'Albuquerque à la frontière du Mexique et des États-Unis. Des gros plans sur les couvertures de certains de ses ouvrages mettent en lumière ses œuvres marquantes, ou encore ses débuts précoces, avec le carnet de voyages enfantin rédigé sur le bateau qui le conduit à la découverte de son père au Nigéria. Deux interviews de l'écrivain font apparaitre sa sensibilité et ses inquiétudes : la crainte de la guerre et de la menace atomique, lorsqu'il reçoit le Prix Renaudot en 1963, soit peu après la crise des missiles de Cuba, ou encore cet attrait pour les frontières révélant sa volonté de pouvoir s'échapper aisément.

Les analyses élogieuses des critiques littéraires permettent de compléter ce portrait : Franz-Olivier Giesbert souligne l'extraordinaire diversité de l'œuvre romanesque tandis que Philippe Labro loue la singularité et la richesse du style de Jean-Marie Le Clézio.

Ce reportage brosse donc un portrait émouvant et relativement fidèle d'un grand écrivain de la littérature française qui s'est toujours efforcé de demeurer à l'écart des médias.

Julie Le Gac

Transcription

Audrey Pulvar
Il y a eu deux grandes périodes dans sa vie d'écrivain. D'abord, il s'interrogeait sur la folie, l'errance, la solitude. Et puis, peut-être en raison d'un long séjour au Panamà auprès d'Indiens, sa vision du monde s'est transformée et ce sont les thèmes de l'insularité, la diversité des peuples ou les grandes migrations qui habitent désormais ses romans. Jean-Marie Gustave Le Clézio, 68 ans, écrivain français, est le prix Nobel de littérature 2008. Jean-Jacques Peyraud, Mathieu Hauville.
Jean-Jacques Peyraud
Il fallait bien le prix Nobel pour le convaincre d'affronter les caméras, lui qui, toute sa vie, les a fuies. Il affronte l'épreuve simplement avec son humour élégant.
Jean-Marie Gustave Le Clézio
J'ai reçu un coup de téléphone de l'académie Nobel qui me disait : " Monsieur, nous vous annonçons que nous vous avons décerné le prix Nobel de littérature ". J'ai dit : " Eh bien, je vous remercie ".
Jean-Jacques Peyraud
C'est avec son premier roman, Le Procès-verbal, prix Renaudot 1963, que le public avait découvert ce géant blond et athlétique de 23 ans. Son sourire timide masquait une profonde inquiétude, une angoisse qui ne le quittera jamais.
Jean-Marie Gustave Le Clézio
Je me sens concerné par la guerre, par le mot de la guerre. Je ne peux pas éviter ce mot. Il me semble très très important, et notamment la menace atomique, une chose que je sens très très profondément.
Jean-Jacques Peyraud
Son autre obsession : les voyages. A 7 ans, il avait rédigé ce petit récit sur le bateau qui le conduisait en Afrique à la rencontre de son père. 40 ans plus tard, il en racontera l'histoire dans son roman Onitsha. De l'Afrique au Mexique et à l'Extrême-Orient, sa vie de voyageur nourrit une oeuvre abondante et diverse.
Franz-Olivier Giesbert
Ça va des carnets de voyage à un récit historique, un roman simple et pur comme Poisson d'or, et puis Le Procès-verbal qui est une sorte d'expérimentation absolument extraordinaire. C'est quelqu'un qui a écrit, disons, plusieurs chef-d'oeuvres dans des genres différents.
Philippe Labro
Il a une écriture, Le Clézio. C'est reconnaissable. Qu'est-ce que j'aime chez lui ? C'est qu'effectivement, ce n'est pas du pathos, ce n'est pas du baragouin. Il ne sacrifie pas aux modes du vocabulaire, du langage tout en étant très contemporain.
Jean-Jacques Peyraud
Un jour, son métier d'enseignant l'a conduit dans cette petite ville américaine d'Albuquerque. C'est là qu'il vit, aujourd'hui, le plus souvent, tout près de la frontière du Mexique.
Jean-Marie Gustave Le Clézio
J'aime bien être près des frontières. Je me suis aperçu de ça. C'est un lieu qui me convient. J'ai le sentiment que je peux changer de monde assez facilement.
Jean-Jacques Peyraud
A 68 ans, Le Clézio a gardé le goût de la solitude et du désert. C'est le titre de l'un de ses plus beaux romans.