Le soulèvement de la jeunesse en Grèce

09 décembre 2008
02m 15s
Réf. 04837

Notice

Résumé :

La mort d'un adolescent tué par la police provoque de violentes manifestations dans les principales villes grecques. Ces manifestations témoignent des inquiétudes d'une jeunesse confrontée à la précarité et du rejet de la corruption de l'administration.

Type de média :
Date de diffusion :
09 décembre 2008
Source :
A2 (Collection: 20 heures )
Lieux :

Contexte historique

Le 6 décembre 2008, Alexandre Griogoropoulos, adolescent de 15 ans, meurt à Athènes, victime de coups de feu de la police. Sa mort provoque la colère de la jeunesse athénienne puis s'étend à de nombreuses villes grecques ordinairement calmes comme Patras ou Thessalonique. Pendant trois semaines les manifestations de rues sont quotidiennes en Grèce. Elles s'accompagnent de violences : des dizaines de voitures et de magasins sont brûlés, des universités et des lycées sont occupés et la jeunesse estudiantine se heurte régulièrement à la police anti-émeutes.

La mort d'Alexandre Griogoropoulos est le catalyseur d'un mécontentement diffus et persistant en Grèce. Ces violences témoignent en effet des inquiétudes d'une jeunesse confrontée à la précarité. Le taux de chômage des jeunes frôle les 23% et les jeunes diplômés qui travaillent forment ce qui est désormais appelé "la génération 600 euros", un salaire moyen qui leur permet difficilement de s'émanciper et de vivre correctement. Elles expriment également un rejet de la politique gouvernementale, et en particulier des pratiques de corruption dont est accusé le gouvernement conservateur dirigé par Costa Caramanlis, et de la récurrence de violences policières.

Les manifestants forment un ensemble hétéroclite : des étudiants et lycéens des quartiers bourgeois côtoient des enfants d'immigrés et des groupes sociaux exclus ainsi que des groupes maoïstes et anarchistes qui ont conservé une vigueur singulière en Grèce. Cette rébellion sans lendemain d'une jeunesse exprimant son inquiétude pour l'avenir témoigne également de l'importance des sacrifices consentis par la Grèce depuis la fin de la dictature en 1974, afin de s'intégrer politiquement et économiquement en Europe.

Julie Le Gac

Éclairage média

Ce reportage s'attache à dresser le portrait des manifestants grecs afin de mieux saisir leurs aspirations. Le point de départ est surprenant, car David Pujadas, au cours de son lancement plateau précise que "tous ne sont pas des casseurs", révélant ainsi un présupposé négatif à l'égard des manifestations de la jeunesse. Ce préjugé souligne également la violence des heurts intervenus en Grèce en décembre 2008. Les images d'affrontements entre manifestants et police témoignent de la grande tension perceptible dans les cortèges et de la violence qui en émane. Toutefois, les projectiles utilisés : cailloux, oranges amères ou œufs pourris apparaissent à bien des égards relativement inoffensives. Dès lors, ces armes rendent compte de la jeunesse des manifestants. L'interview succincte de trois jeunes filles de 16 ans, qui affirment seulement "ne pas avoir peur", renforce l'impression de jeunesse, voire d'immaturité du mouvement.

Dans un second, temps, le reportage énumère les principales causes de cette révolte de la jeunesse grecque : la crainte d'un avenir inconnu ; la précarité et la corruption du Gouvernement. Ce dernier thème est particulièrement investi par une part non négligeable des manifestants représentant l'ultra gauche ou les mouvements anarchistes, particulièrement importants en Grèce, par rapport au reste de l'Europe.

Enfin, l'intérêt suscité par ces manifestations de la jeunesse grecque en France révèle les inquiétudes du Gouvernement français qui craint une contagion, en France, de la rébellion de la jeunesse, et la reprise des violences, en particulier en banlieue.

Julie Le Gac

Transcription

David Pujadas
Et aujourd'hui, l'opposition socialiste a demandé la démission du gouvernement. Sur place, nos envoyés spéciaux, Claude Sempère et Thierry Breton, ont passé la journée aux côtés de ces manifestants. Tous ne sont pas des casseurs. Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Voici leur reportage.
Claude Sempère
Ça a été, comme ça, toute la journée : un face à face très tendu entre des groupes de jeunes manifestants et les forces de l'ordre. Nous sommes, ici, aux abords du parlement, en plein centre d'Athènes. Les plus grands jettent des pierres. Les plus jeunes, des oranges amères ramassées sur les arbres un peu partout en ville. Ces jeunes filles ont 16 ans tout juste. Elles sont lycéennes. Et en quelques mots, elles nous expliquent leur ras-le-bol face à une société qui, selon elle, ne leur promet aucun avenir. Vous n'avez pas peur ? La réponse est unanime. C'est non. Dans leur sac, pas d'orange mais une nouvelle arme préparée à la maison tôt ce matin : des oeufs pourris. Etrange atmosphère tout au long de la journée dans la capitale grecque. Des rues désertes avec des barrages de police, des magasins et des dizaines de véhicules incendiés. Les raisons de la crise sont complexes. Un taux de chômage de 23% chez les jeunes. Un gouvernement miné par les scandales de corruption. Et la crise économique qui fait des ravages.
Habitant
Je pense que c'est plutôt, maintenant, une contestation contre le gouvernement parce qu'ils en ont un peu marre de la situation. Ils parlent beaucoup de corruption, de violences policières. Donc voilà, je pense que c'est un peu ça qui dégénère. Et c'est pour ça que ça dure, en fait, à mon avis.
Claude Sempère
Parmi les manifestants, on trouve énormément de jeunes. Certains tiennent un discours d'ultra gauche.
Habitant 2
On ne sera jamais libre. Ils sont tous corrompus.
Claude Sempère
Et sa voisine ajoute : " On n'a pas de gouvernement ".
Habitant 2
On n'a pas de gouvernement. C'est la faute au grand capital. On est tous des esclaves des banques.
Claude Sempère
Les échauffourées continuent à l'heure actuelle. Demain, nouvelle étape de ce mouvement de protestation. Pour la première fois depuis des années, la Grèce va connaître une grève générale de 24 heures à l'appel de tous les syndicats. Une nouvelle épreuve pour le gouvernement.