La fin de la publicité en soirée sur la télévision publique

04 janvier 2009
02m 04s
Réf. 04900

Notice

Résumé :

A partir du 5 janvier 2009, les chaînes de télévision publique ne diffusent plus de publicité entre 20 heures et 6 heures du matin. Cette mesure, prise à l'initiative du président de la République, suscite néanmoins des craintes. La fin de la publicité signifie en effet un substantiel manque à gagner pour les chaînes publiques et risque de les désavantager face aux chaînes privées.

Date de diffusion :
04 janvier 2009
Source :
FR3 (Collection: Soir 3 journal )

Contexte historique

Le 8 janvier 2008, lors de ses vœux à la presse, le président de la République annonce qu'il réfléchit à la suppression totale de la publicité sur les chaînes publiques. Nicolas Sarkozy désire que les chaînes publiques se libèrent de l'obsession de l'audimat et offrent des contenus de qualité. L'apparition au cours de la décennie 2000 de la « télé réalité » et d'émissions qualifiées de « trash » (poubelle) a interpellé la classe politique sur le rôle social de l'audiovisuel. Cette annonce, dépeinte comme une « révolution culturelle » par le chef de l'Etat, surprend. D'abord, elle ne faisait pas partie du programme de Nicolas Sarkozy lors des élections présidentielles de 2007. Ensuite, le chef de l'Etat ne s'est pas préalablement concerté avec les principaux intéressés, parmi lesquels le ministre de la Culture et le président de France Télévisions, qui sont pris par surprise, tout comme les médias et l'opposition. Enfin, cette mesure a jusqu'alors plutôt été défendue par la gauche. En effet, la publicité suscite de nombreuses critiques. Il lui est reproché de créer des désirs dispensables au seul profit de grandes entreprises, de manipuler les individus, de reproduire des clichés, notamment machistes, et de favoriser le maintien des inégalités de genre. Cette annonce s'inscrit en partie dans l'ouverture à gauche menée par Nicolas Sarkozy.

Cette initiative suscite des résistances et des critiques. Une partie de l'opposition y voit un cadeau fait aux chaînes privées dont l'une d'elle est la propriété d'un entrepreneur proche de Nicolas Sarkozy. Il est redouté que les chaînes publiques ne disposent plus de moyens pour faire face à la concurrence des chaînes privées. Les salariés de France Télévisions sont également inquiets pour leurs emplois et quant aux moyens dont ils disposeront. En février 2008, une commission parlementaire, dirigée par le député UMP Jean-François Copé, est mandatée pour envisager l'application du souhait présidentiel. L'une de ses missions est de trouver les sources de financement permettant de compenser la suppression de la publicité. Cette commission étudie également les modalités de nomination du président de France Télévisions, désigné jusqu'alors par le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel. La commission Copé termine ses travaux en juin 2008. Elle propose que la publicité soit supprimée progressivement sur l'audiovisuel public. La publicité disparaîtrait d'abord des écrans entre 20 heures et 6 heures du matin à partir du 1er septembre 2009. Elle serait totalement absente quelques mois après. Le manque à gagner serait compensé par une taxe réduite touchant les chaînes de télévision privées, les fournisseurs d'accès à internet, les opérateurs de téléphonie et par le biais d'une hausse de la redevance. Le chef de l'Etat souhaite quant à lui que la suppression partielle commence dès le 1er janvier 2009.

La discussion parlementaire s'engage fin novembre 2008. La mesure n'est pas consensuelle. Les chaînes privées, les opérateurs de téléphonie et les fournisseurs d'accès à internet se mobilisent contre les taxes qui doivent peser sur eux. La nomination du président de France Télévisions par le président de la République est considérée par l'opposition comme une atteinte à la liberté de l'information. Pour signifier le péril d'une mainmise du président de la République sur une partie des médias, les députés de l'opposition brandissent des affiches détournant le logo de l'ancienne chaîne publique ORTF (Office de Radiodiffusion Télévision Française), contrôlée de près par les gouvernements entre 1964 et 1974. Ils craignent que France Télévisions devienne l'ORTS, c'est-à-dire l'Office de Radiodiffusion Télévision Sarkozyenne. Le gouvernement a programmé pour le 5 janvier 2009 la suspension partielle de la publicité sur les chaînes publiques. Or les débats parlementaires prennent du retard et il apparaît au cours du mois de décembre que la loi ne sera pas votée avant le 5 janvier 2009. La ministre de la Culture demande alors au Conseil d'Administration de France Télévisions de mettre fin à la publicité entre 20 heures et 6 heures à partir du 5 janvier 2009, avant que la loi ne soit votée. France Télévisions, en dépit des craintes d'une partie de ses salariés, acquiesce.

La loi sur l'audiovisuel public est finalement promulguée le 5 mars 2009. Elle prévoit la suspension totale de la publicité sur les chaînes publiques à partir de novembre 2011. Toutefois dès 2010 un moratoire suspend la suppression totale de la publicité car le coût de cette mesure s'avère trop important.

Victor Pereira

Éclairage média

Ce sujet du journal télévisé de France 3 est singulier car les journalistes évoquent un thème qui les touche directement. Le sujet suggère l'ambivalence de beaucoup de salariés de la télévision publique face à la loi sur l'audiovisuel public qui est sur le point d'être votée et dont la suppression de la publicité ente 20 heures et 6 heures du matin est la première manifestation. Quelque peu ironiquement, le sujet reproduit les publicités de France Télévisions annonçant la fin de la publicité sur les chaînes publiques. Le sujet a donc en partie une portée pratique et explique ce qui va changer pour le téléspectateur. Cependant le sujet égrène les craintes énoncées par les salariés et les dirigeants de France Télévisions depuis l'annonce présidentielle du 8 janvier 2008. La présentatrice commence du reste par l'aspect financier de la mesure. La publicité étant une des principales ressources financières de la télévision publique, les salariés redoutent de ne plus avoir les moyens suffisants pour tenir tête aux chaînes privées qui, elles, continueront de diffuser des publicités et qui pourront d'ailleurs augmenter leurs tarifs du fait de la contraction des espaces publicitaires disponibles à la télévision. Les infographies et le propos de la journaliste indiquent que les compensations financières sont loin d'avoir été trouvées et que l'effort des chaînes privées – permettant une certaine équité – a déjà été vu à la baisse. Ce sujet dévoile donc en creux les inquiétudes de France Télévisions face à la mesure gouvernementale.

De manière plus voilée, le sujet suggère également la crainte des journalistes de France Télévisions de voir leur indépendance et leur liberté menacée. En effet, la suppression de la publicité s'inscrit dans le cadre d'une loi plus ample portant sur l'audiovisuel public, loi alors discutée à l'Assemblée nationale et au Sénat. Cette loi prévoit notamment la désignation du président de France Télévisions par le président de la République. Cette mesure est critiquée par l'opposition qui y voit une tentative de contrôle de la télévision publique et notamment de ses journalistes. Si la journaliste n'évoque pas directement ce sujet, les images le font. En arrière-plan, le téléspectateur peut voir la protestation très visuelle des députés de l'opposition qui brandissent des affiches assimilant la loi sur l'audiovisuel public à un retour en arrière de quarante ans. Avec cette loi, les députés de l'opposition estiment que les journalistes seront sous l'étroit contrôle du gouvernement, comme sous la présidence du général de Gaulle où il existait un ministre de l'Information – parfois brocardé avec l'expression de « ministre de la censure » - et où l'indépendance des journalistes n'était pas toujours assurée.

En somme, ce reportage révèle la méfiance des journalistes de France Télévisions face à la loi qui va bientôt être promulguée.

Victor Pereira

Transcription

Présentatrice
450 millions d’euros. C’est la somme allouée à France Télévisions pour compenser la fin de la publicité. Une page se tourne en effet pour la télévision publique. Demain, il n’y aura plus de pub sur les chaînes publiques à partir de 20 heures jusqu’à 6 heures du matin. Les programmes débuteront plus tôt à 20 heures 35. Retour sur ce big-bang télévisuel avec Claudine Gilbert.
Claudine Gilbert
Coup de tonnerre sur France Télévisions. Le 8 janvier 2008, le chef de l’Etat annonce la fin de la publicité qui finance partiellement le service public depuis 40 ans.
Nicolas Sarkozy
Je souhaite qu’on l’on réfléchisse à la suppression totale de la publicité sur les chaînes publiques.
Claudine Gilbert
Moins d’un an plus tard, finis les spots de pub sur toutes les chaînes du groupe après 20 heures. A partir de demain, les programmes de soirée commenceront donc plus tôt, dès 20 heures 35.
Intervenant
Mettez-vous à l’heure de France Télévisions.
Claudine Gilbert
Amis du Soir 3, vous aurez désormais une demi-heure de moins à attendre votre édition préférée.
Carole Gaessler
Le Soir 3 prend de l’avance en 2009. Nous nous retrouverons désormais à 22 heures 30 pour votre journal de la soirée. Au nom de toutes les rédactions de France 3, je vous souhaite une excellente année 2009.
Claudine Gilbert
Mais derrière les sourires et les paillettes reste l’inquiétude. Le 25 novembre, les salariés de France Télévisions manifestaient leur crainte pour la pérennité du service public. La fin de la pub après 20 heures, ce sont 450 millions d’euros en moins dans le budget de France Télévisions. Les nouvelles taxes annoncées pour compenser cette perte ont déjà été réduites lors de l’examen du texte par les députés en novembre dernier. La première sur les recettes des chaînes privées oscillerait entre 1,5 et 3 % ; et l’autre sur le chiffre d’affaires du téléphone mobile et l’Internet entre 0,5 et 0,9 %. Déjà adopté par l’Assemblée nationale, le projet de loi sur l’audiovisuel public sera examiné par le Sénat mercredi. Le coût de la suppression totale de la publicité sur France Télévisions prévue dans trois ans est estimé à près d’un milliard d’euros dont la compensation reste encore à définir.

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