Les dévastations de l'agriculture de Gaza après l'opération l'opération israélienne « plomb durci »

23 janvier 2009
01m 59s
Réf. 04901

Notice

Résumé :

A partir du 27 décembre 2008, l'armée israélienne bombarde Gaza afin de fragiliser le Hamas qui contrôle ce territoire depuis 2007. Israël prétend empêcher les tirs de roquettes sur des villes israéliennes depuis la bande de Gaza. Le 3 janvier 2009, Gaza est investie par des militaires israéliens. Le 18 janvier 2009, Israël annonce un cessez-le-feu et retire ses troupes les jours suivants.

Date de diffusion :
23 janvier 2009
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Contexte historique

Entre le 27 décembre 2008 et le 18 janvier 2009, l'armée israélienne bombarde Gaza. Des militaires israéliens entrent dans la bande de Gaza à partir du 3 janvier 2009. Cette opération, appelée « plomb durci » par la hiérarchie militaire israélienne, répond au lancement de roquettes et aux tirs de mortiers sur le sol israélien depuis Gaza à partir du 19 décembre 2008. Le Hamas a en effet rompu la trêve décrétée le 17 juin 2008 avec les autorités israéliennes. Cette trêve devait notamment conduire Israël à relâcher le blocus asphyxiant Gaza depuis l'été 2007 en échange de la cessation des tirs de roquettes depuis la bande de Gaza. Mais la trêve ne fut pas réellement respectée par les deux parties : les tirs de roquette ne cessèrent pas et le blocus ne fut pas réellement desserré. Avec cette opération, l'armée israélienne prétend fragiliser le Hamas qui contrôle depuis 2007 la bande de Gaza. Le gouvernement israélien ne reconnaît pas le Hamas comme un interlocuteur légitime car il ne reconnaît pas les accords internationaux signés par l'Organisation de Libération de la Palestine (dont les accords d'Oslo de 1993), refuse de baisser les armes et ne veut pas reconnaître Israël. L'intervention militaire vise donc à séparer la population de Gaza du Hamas, à éliminer des dirigeants et des militants du Hamas, à faire cesser les tirs de roquettes qui frappent les populations du Negev et à freiner la contrebande et l'entrée d'armes à Gaza par le biais de multiples tunnels qui relient Gaza au Sinaï.

Cependant, les bombardements et les raids israéliens provoquent de nombreuses victimes civiles. Les chiffres de 1300 morts, dont 410 enfants et 108 femmes, et de 5 300 blessés sont avancés par les autorités palestiniennes. Des logements, des écoles, des mosquées sont détruits. Comme le montre ce reportage de France 2, les champs sont également détruits par les bombardements israéliens, aggravant ainsi la crise humanitaire qui sévit à Gaza. La population de Gaza, environ 1,6 million d'habitants entassés dans 362 km2 (l'une des plus grandes densité de population au monde), connaît des conditions de vie très précaires, dépendant pour une large part de l'aide humanitaire et du marché noir. Le blocus entrepris par le gouvernement israélien à partir de l'été 2007 aggrave encore plus cette situation.

Cette action militaire israélienne a largement été désapprouvée par la communauté internationale, dont l'ONU qui a appelé à un cessez-le-feu le 8 janvier 2009. Toutefois, les Etats-Unis et l'Union Européenne considèrent toujours le Hamas comme un mouvement terroriste.

Victor Pereira

Éclairage média

Ce reportage cherche indéniablement à aborder le conflit israélo-palestinien d'une manière différente. Depuis le début de la Seconde Intifada en 2000, les images, souvent choquantes, des civils palestiniens tués ou blessés, dont des enfants, sont régulièrement retransmises par les médias français. Le reporter cherche certes à montrer une victime du conflit mais, en l'occurrence, ni un mort ni un blessé, ni une veuve ni un orphelin. Il veut démontrer qu'il y a également des individus qui travaillent à Gaza alors que la population de ce territoire est le plus souvent présentée comme passive, démunie de tout, sans quotidien. Le reportage se distingue également par le fait qu'il présente un aspect largement méconnu de Gaza : son activité agricole. Gaza est en effet surtout représentée comme un territoire urbain surpeuplé. Et, de fait, c'est l'un des territoires le plus densément peuplé au monde.

Le propos de l'agriculteur interrogé et les images suggèrent une population emprisonnée dans un territoire réduit mais aussi victime d'un conflit qui la dépasse pour partie. D'une part, le cadreur filme des bâtiments détruits avec, au premier plan, ce qui ressemble à du fil barbelé, fil barbelé suggérant l'enfermement de la population de Gaza. D'autre part, l'agriculteur qui a perdu une grande partie de ces arbres fruitiers et oliviers est désabusé. Si l'armée israélienne prétend vouloir frapper le Hamas, c'est lui et ses arbres nourrissant une population démunie qui ont été touchés. L'agriculteur et la population de Gaza semblent alors être des victimes du conflit entre le Hamas et Israël. La mise en exergue des arbres détruits insinue, enfin, que ce conflit, déjà long, est appelé à durer encore longtemps. Ces arbres décimés symbolisent l'impasse de ce long conflit. Car la paix, à l'image des arbres qui prennent de longues années à pousser et à donner des fruits, ne risque-t-elle pas de n'advenir que dans un futur encore lointain ?

Victor Pereira

Transcription

Elise Lucet
Six jours après le cessez-le-feu, nous sommes retournés dans la bande de Gaza et les villes ne sont pas les seules zones à avoir été bombardées. Les campagnes aussi ont beaucoup souffert, notamment les plantations, les oliveraies ou encore les orangeraies. Reportage Talal Abou Rahmeh, commentaires Charles Enderlin.
Charles Enderlin
Ces terres agricoles se trouvent à l’est de la ville de Gaza à 2 km seulement de la frontière. L’opération israélienne avec ses chars et ses bulldozers est passée par là. Sami Abdallah Hamoudi est en colère. Il avait ici un peu plus d’un hectare d’orangers et d’oliviers, tout est détruit.
Sami Abdallah Hamoudi
Israël dit qu’il voulait se venger du Hamas et de la résistance. Ils ne se sont pas vengés du Hamas mais de moi, l’homme de paix.
Charles Enderlin
Selon l’armée, les islamistes tiraient des roquettes sur le territoire israélien depuis ces champs.
Sami Abdallah Hamoudi
Cet olivier avait 40 ans. Beaucoup de gens en vivaient. Je ne me plains qu’auprès de Dieu et de ceux qui ont fait ça. Regardez, pour rendre cette terre cultivable, il a fallu des années de travail.
Charles Enderlin
La famille ramasse tout ce qui peut être encore sauvé. Des enquêteurs d’une organisation de défense des droits de l’homme viennent enregistrer le témoignage de Sami.
Sami Abdallah Hamoudi
Ils me disent que je peux porter plainte contre l’Armée israélienne. Qui va réclamer mes droits à l’Armée israélienne ?
Khamed
Mais si vous voulez, eh bien écrivez. Vos droits ne seront pas perdus si vous les réclamez.
Charles Enderlin
La maison familiale est un peu plus loin, entièrement détruite. Vingt personnes y habitaient. Les dégâts infligés à l’agriculture de Gaza sont considérables. Presque tout est à reconstruire, les serres, les hangars, sans parler des arbres qu’il faut replanter. La saison est perdue pour la plupart des 45 000 agriculteurs de Gaza.