Les nouveaux adhérents d'un nouveau parti

06 février 2009
02m 07s
Réf. 04904

Notice

Résumé :

Le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) voit le jour le 7 février 2009. Dès sa fondation, il rassemble un peu plus de 9000 militants dont un tiers provient de la Ligue Communiste Révolutionnaire, récemment dissoute pour laisser place au NPA qui désire réunir tous les anticapitalistes.

Date de diffusion :
06 février 2009
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

En 1997, le sociologue Jacques Ion se demandait si l'heure de la « fin des militants » avait sonné. Il contestait toutefois l'idée d'une fin de l'engagement et des idéologies. Si l'engagement dans les partis politiques, notamment d'extrême gauche, reculait, l'engagement distancié, par le biais de la participation à des associations ou des projets collectifs, progressait. Ce sont en partie ces militants engagés dans des luttes spécifiques (contre la pauvreté, contre le mal-logement, contre la mondialisation, pour la taxation des transactions financières, en défense des immigrés, etc.) que le Nouveau Parti Anticapitaliste veut rassembler dès sa fondation en février 2009.

Le NPA est directement issu de la Ligue Communiste, parti politique créé une année après les événements de Mai 68, dissout par le gouvernement en 1973 et refondé en 1974 sous le nom de Ligue Communiste Révolutionnaire. Marquée par des figures comme Alain Krivine, Daniel Bensaïd ou Olivier Besancenot, la LCR est l'un des principaux partis trotskistes français, affiliée à la Quatrième Internationale. Défendant le renversement des institutions, la rupture avec le capitalisme et refusant de s'allier avec le Parti Socialiste Français, la LCR se présente néanmoins régulièrement aux élections afin de pouvoir diffuser son message.

En 2007, le candidat de la LCR aux élections présidentielles, Olivier Besancenot, 33 ans, employé de la Poste, obtient un peu moins d'1 500 000 voix, soit 4% des suffrages. Les dirigeants du parti décident néanmoins d'envisager à terme l'auto-dissolution de la LCR et la création d'un nouveau parti qui regrouperait tous les militants anti-capitalistes éparpillés dans de nombreux collectifs, association ou syndicats. Si le parti à créer garderait sa dimension révolutionnaire, le trotskisme ne serait plus sa seule référence idéologique. Ce projet est vu par certains comme une OPA de la LCR sur la gauche de la gauche.

En dépit de quelques résistances internes, la LCR s'auto-dissout en février 2009 et ses dirigeants, dont Olivier Besancenot, forment le noyau dur du NPA. Ce parti réunit alors un peu plus de 9 000 militants, 3 000 provenant de la LCR. Une grande partie des nouveaux militants provient donc du monde associatif, de collectifs, de syndicats. Ils sont pour beaucoup jeunes. De nombreux éléments ont favorisé l'existence d'un important militantisme associatif et syndical : la présence au pouvoir de la droite depuis 2002 après une élection lors de laquelle le candidat de l'extrême droite a accédé au second tour, les importants débats suscités par le référendum du Traité Constitutionnel Européen en 2005, les émeutes dans les banlieues de 2005, l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République en 2007, la mise en place de politiques visant les sans-papiers, l'aggravation des inégalités sociales, les délocalisations et la mondialisation.

Si le NPA devient un des principaux acteurs des luttes sociales, il doit faire face à la concurrence d'un nouveau parti qui se veut aussi à la gauche de la gauche : le parti de gauche dirigé par Jean-Luc Mélenchon.

Victor Pereira

Éclairage média

Les partis politiques sont le plus souvent dépeints par les médias à travers leurs dirigeants. Il est vrai que la plupart des partis comptent désormais peu de militants. Le parti de masse n'est plus. Les militants des partis sont souvent, du reste, des élus et leur engagement ne semble donc pas désintéressé. La figure du militant engagé et altruiste s'est donc plutôt transférée dans le milieu associatif ou syndical. Des personnalités comme Augustin Legrand (militant contre le mal-logement) ou Xavier Mathieu (porte-parole des salariés de l'entreprise Continental menacés de licenciement) illustrent le nouveau militant engagé hors des structures partisanes.

Ce reportage cherche alors à dépeindre l'innovation que prétend constituer le NPA : la convergence du parti politique qui participe aux élections et des mouvements sociaux qui, souvent, défient les méthodes et les objectifs de la politique institutionnelle. Les deux portraits brossés, celui d'une militante associative issue de banlieue et celui d'un syndicaliste, cherchent à démontrer l'articulation des luttes associatives, syndicales et partisanes. Loin de s'opposer, ces luttes, selon les deux militants, se renforcent.

On peut toutefois noter que le commentaire de la journaliste simplifie quelque peu la question de l'idéologie au sein du NPA. Si, en effet, le parti ne prétend plus être exclusivement trotskiste et n'est plus affilié à la Quatrième Internationale, ce n'est pas pour autant qu'il abandonne toutes références idéologiques pour se transformer en un parti fourre-tout. Le NPA n'élimine pas l'idéologie : il élargit plutôt ses références, allant les puiser au-delà du trotskisme, notamment dans le marxisme, les idées libertaires, l'alter-mondialisme.

Victor Pereira

Transcription

Laurent Delahousse
Un week-end important pour Olivier Besancenot qui a ouvert aujourd’hui le congrès fondateur du Nouveau parti anticapitaliste à la Plaine Saint-Denis. Il en a profité sans surprise pour critiquer l’intervention du Chef de l’Etat hier. Un nouveau mouvement d’extrême gauche qui revendique aujourd’hui 9 000 militants. Alors d’où viennent-ils et qui sont-ils ? Voici le portrait de deux d’entre eux et c’est Hélène Hug et Emmanuel Morel qui les ont rencontrés.
Hélène Hug
A chacun son terrain de lutte. A Jacques le syndicalisme à Sud dans les manifestations ou l’entreprise. A Gaëlle la cité, c’est là qu’elle a grandi, côtoyé l’injustice. La défense des sans-papiers, l’aide aux mal logés, elle connaît. Aujourd’hui, elle a décidé de passer du combat associatif à l’action politique.
Gaëlle Yacoubi
Je voulais sortir de la posture "Il faut sauver les meubles". Donner des perspectives, c’est aussi important que de lutter.
Jacques Richet
Tous en grève et dans la rue. Ce n’est pas à nous de payer leur crise.
Hélène Hug
De son côté, Jacques mesure lui aussi les limites de la lutte syndicale.
Jacques Richet
Quand on veut changer la société, la transformer, quand on s’aperçoit qu’il ne suffit pas d’agir dans l’entreprise ; eh bien il faut une intervention plus générale sur la société. Et pour ça, il y a des partis politiques.
Hélène Hug
Alors tous deux ont franchi le pas. Incapables de se reconnaître dans les autres partis de Gauche, ils ont adhéré au Nouveau parti anticapitaliste d’Olivier Besancenot.
Gaëlle Yacoubi
C’était vraiment une chance peut-être unique de pouvoir participer à la construction d’un parti et en plus ça répondait à mes attentes sur une ligne politique qui me correspondait, notamment sur l’anticapitalisme.
Intervenant
L’introduction de l’écologie dans le socialisme donne une, disons, une perspective totalisante qui…
Hélène Hug
Dépassés les militants quasi-professionnels de la vieille Ligue Communiste Révolutionnaire. Avec les nouveaux, toute idéologie disparaît.
Jacques Richet
J'ai pas de héros. Trotski, c’est un mec qui a fait de la politique. Mais je ne suis pas Trotskiste, je ne suis pas guevariste et je ne suis pas besancenoïste. Vous allez me poser la question, non ?
Hélène Hug
Le besancenoïsme n’est pas encore une doctrine mais à l’évidence déjà un savoir-faire, celui de construire un parti à son image, jeune, révolté et à forte audience.