Changement de pouvoir à Madagascar

18 mars 2009
02m 22s
Réf. 04905

Notice

Résumé :

Après une crise politique opposant le président de la République de Madagascar, Marc Ravalomanana, et le maire d'Antananarivo, Andry Rajoelina, la Haute Cour Constitutionnelle déclare la prise de pouvoir du second. Ce sont les militaires qui favorisent cette transition vue d'un mauvais œil par la communauté internationale.

Date de diffusion :
18 mars 2009
Source :

Contexte historique

Depuis 2002, Marc Ravalomanana est président de la République de Madagascar. Son élection n'avait pas été pacifique. Crédité de 46% des voix aux élections présidentielles tenues en décembre 2001, soit 6 points de plus que le président sortant, Didier Ratsiraka, Ravalomanana conteste ce résultat, arguant avoir obtenu plus de 50% des suffrages. Un long imbroglio s'étend sur plusieurs mois, ponctué par des nouveaux décomptes des voix, des interventions de la Haute Cour Constitutionnelle, des accords secrets, des investitures illégales, des manifestations sur la place du 13 mai d'Antananarivo. Le dénouement a lieu le 6 mai 2002. Ravalomanana est finalement investi président de la République. Réélu en 2006, Ravalomanana voit toutefois son autorité contestée au début de l'année 2009. Les conditions de vie de la population restent très précaires. Alors qu'une grande partie de la population vit sous le seuil de la pauvreté, l'achat d'un coûteux avion présidentiel et ce qui apparaît comme des faveurs à des multinationales étrangères sont vivement critiqués. C'est le jeune maire d'Antananarivo, Andry Rajoelina, 34 ans, qui va incarner l'opposition à Ravalomanana. Ayant débuté sa carrière comme Disc-Jockey, puis devenant homme d'affaire, achetant notamment une radio et une télévision qu'il baptiste "Viva", Rajoelina est élu maire de la capitale en 2007. Il avait auparavant créé l'association « Tanora malaGasy Vonona” (Jeunes malgaches décidés). C'est pourquoi il est souvent appelé TGV.

Un conflit oppose Rajoelina au président de la République fin 2008. Ce dernier ordonne l'arrêt des émissions de Viva Tv car elle a diffusé un entretien de l'ancien président Didier Ratsiraka. Contestant cette décision, Rajoelina pose un ultimatum au gouvernement, exigeant la reprise des émissions de sa chaîne de télévision. Cet ultimatum expire le 13 janvier sans que le gouvernement ne cède. Rajoelina appelle alors la population à manifester place du 13 Mai. La situation se radicalise progressivement. Le 26 janvier, des émeutes éclatent et des pillages se multiplient dans la capitale. Plusieurs dizaines de personnes sont tuées. Rajoelina s'autoproclame alors en charge des affaires du pays le 31 janvier. Les affrontements continuent néanmoins jusqu'à ce qu'une partie des militaires se rebelle contre le président de la République et prenne le parti de Rajoelina. Le 16 mars, l'un des palais présidentiel est attaqué par des militaires. Le lendemain, Ravolamanana est assiégé par des militaires dans un autre de ses palais. Il est contraint de dissoudre son gouvernement et transfère le pouvoir à un directoire militaire. Cependant, dès le 17 mars, Rajoelina s'auto-proclame président de la Haute Autorité de la transition de la République de Madagascar. Le parlement, qui avait été démocratiquement élu, est suspendu. La Haute Cour Constitutionnelle confirme cette prise de pouvoir dès le 18 mars 2009.

Cette prise de pouvoir est considérée comme un coup d'Etat par une grande partie de l'opinion internationale, dont l'Union Européenne qui appelle à la tenue, dans un bref délai, d'élections. La situation ne se stabilise pas pour autant. Rajoelina doit négocier avec les partisans de Ravalomanana et de Ratsiraka. Si un accord est trouvé à Maputo en août 2009 et partage le pouvoir entre les différentes factions, Rajoelina le rompt dès décembre 2009. L'instabilité persiste et les élections tardent à avoir lieu.

Victor Pereira

Éclairage média

Les révolutions sont particulièrement difficiles à couvrir pour les médias. Ce sont des situations instables, dans lesquelles il est difficile de comprendre les événements parfois contradictoires qui se déroulent. Il est également difficile de prévoir ce qui va se passer, quel parti, quel individu va sortir gagnant. Ce reportage illustre cette difficulté. Comment saisir les événements qui se succèdent à grande vitesse ? Le reportage semble se placer à la fin d'un mouvement, un jeune président succédant à un président déchu, lâché par les militaires.

Toutefois, le reportage souligne la précarité de la situation. Le nouveau président, à l'allure frêle, est présenté comme jeune, inexpérimenté, promettant les mêmes choses que son prédécesseur. L'envoyé spécial ne semble pas avoir trouvé d'ardents défenseurs du nouveau président. La seule personne interrogée se limite à louer le changement pour le changement et ne semble pas soutenir chaudement Rajoelina. La manière dont sont filmées les scènes de liesse populaire ne permet pas de saisir l'ampleur de l'appui dont bénéficie Rajoelina. On peut en effet suspecter un appui limité car aucun plan depuis l'estrade, qui offrirait une vision globale de la foule, n'est offert. Et, in fine, l'envoyé spécial semble dubitatif vis-à-vis du nouveau président et de sa capacité à résoudre les vastes défis qui l'attendent. La République de Madagascar est en effet un des pays les plus pauvres du monde. Elle est classée 145ème (sur 182 pays) au classement établi par le Programme des Nations Unies pour le Développement, classement qui prend en compte le niveau de vie de la population, son espérance de vie et son niveau d'éducation.

Victor Pereira

Transcription

Elise Lucet
A Madagascar, Andry Rajoelina s’est vu confier les fonctions de Président de la République par la Cour constitutionnelle ce matin. Il parle de transition et affirme que des élections seront organisées dans deux ans. Ce matin, les partisans du nouvel homme fort de l’île ont fêté leur victoire, place du 13 mai en plein centre de Tananarive. Sur place, Dominique Derda, Frédéric Ranc, Sylvain Barral.
Dominique Derda
D’un Président de la République, il avait déjà l’escorte depuis que l’Armée la semaine dernière a basculé de son côté. Andry Rajoelina en a désormais le titre, enfin presque. La Cour constitutionnelle vient tout juste de le désigner comme Président de transition. D’ici deux ans, il doit organiser un nouveau scrutin.
Andry Rajoelina
Il faut une élection libre et équitable afin qu’il y ait égalité de chances pour tout un chacun ; et c’est cela justement, c’est ce que nous voulons mettre en place, une vraie démocratie à Madagascar.
Dominique Derda
Au palais présidentiel de Iavoloha, la garde fidèle à Marc Ravalomanana a pris la poudre d’escampette dès que le Président déchu a annoncé sa démission. Il y a bien eu quelques pillages durant les quelques heures de flottement mais l’ordre est vite revenu. Nul ne sait encore où l’ancien Président a trouvé refuge. Si l’on en croit Andry Rajoelina, il n’aurait pas quitté le pays. C’est à un directoire militaire que Marc Ravalomamanana hier a remis ses pouvoirs. Mais l’Armée n’en a pas voulu. Elle a préféré confier au jeune Maire de la capitale le destin du pays.
Désiré Ramakavelo
Moi, je crois que c’était vraiment une manœuvre machiavélique de sa part. Et ça ne m’étonne pas parce que de toute façon, c’est sa façon d’agir. Diviser pour régner donc c’était bien le cas.
Dominique Derda
Depuis le début de la crise, il y a bientôt trois mois, ce qui préoccupe le plus les clients et les vendeurs du marché central, c’est l’économie, la hausse des prix, la baisse du pouvoir d’achat. Avec le changement de régime, l’espoir renaît.
Intervenante
On veut changer. C’est pourquoi. C’est ça.
Dominique Derda
L’important, c’est de changer.
Intervenante
Oui, l’important c’est changer. Oui, c’est comme ça. C’est comme la vie, on change.
Dominique Derda
Ses adversaires disent de lui qu’il n’a pas la carrure pour de telles responsabilités. Andry Rajoelina a deux ans pour prouver le contraire. Prouver qu’un ancien disc-jockey devenu un homme de média et de communication peut faire un bon Président de la République. En 2002, ils avaient voté pour Marc Ravalomanana parce qu’il leur avait promis que grâce à lui ils vivraient mieux. Aujourd'hui, c’est exactement pour les mêmes raisons qu’ils soutiennent Andry Rajoelina. A Madagascar, les deux tiers des habitants vivent ou plutôt survivent sous le seuil de pauvreté.