La crise politique iranienne

18 juin 2009
01m 37s
Réf. 04910

Notice

Résumé :

Le 12 juin 2009, plus de 80% des électeurs iraniens se rendent aux urnes. Le soir de l'élection, deux des quatre candidats réclament la victoire : Mahmoud Ahmadinejad, le président sortant, et Mir Hossein Moussavi, le candidat de l'opposition. Les résultats, qui gratifient Ahmadinejad de 63% des voix, sont contestés par Moussavi et des milliers d'Iraniens qui descendent dans les rues. Une violente crise politique commence.

Date de diffusion :
18 juin 2009
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Contexte historique

En dépit de son caractère non démocratique, la République Islamique d'Iran organise, tous les quatre ans, l'élection du président de la République au suffrage universel. Le président de la République n'est pas la personnalité la plus importante au sein du régime. La position prééminente appartient en effet au Guide de la Révolution (en référence à la révolution islamique de 1979) qui, lui, n'est pas élu par la population. D'abord exercée par l'Ayatollah Rouhollah Khomeini, cette fonction est occupée par Ali Khamenei depuis 1989. Les autorités religieuses contrôlent étroitement les élections présidentielles car les candidats doivent être approuvés par le Conseil des Gardiens, composé de six mollahs et de six juristes.

Lors des élections de 2005, le très conservateur Mahmoud Ahmadinejad, alors peu connu, avait provoqué la surprise en se faisant élire. Cependant, en 2009, son bilan était contesté par une part importante de la population. Sa politique étrangère de défi vis-à-vis de l'Occident et notamment des Etats-Unis est souvent qualifiée d'aventuriste. Le programme nucléaire iranien isole le pays qui ne compte que peu d'appuis. La rigueur morale qu'impose le régime – notamment en ce qui concerne l'habillement – déplaît aux plus jeunes qui la considèrent excessive et pesante. Or près de 60% de la population iranienne a moins de trente ans. Les résultats économiques du mandat d'Ahmadinejad sont peu flatteurs. Si certains salaires et pensions ont augmenté, l'inflation, proche des 25%, a largement rogné les salaires réels. Seules les franges les plus conservatrices du régime renouvellent leur appui à Ahmadinejad.

La campagne présidentielle suscite un espoir parmi une grande partie de la population. Parmi les 475 candidats, seuls quatre ont été admis à briguer les suffrages des Iraniens. Outre Ahmadinejad, sont autorisés à se présenter : Mehdi Karoubi, déjà candidat en 2005, et se présentant comme un réformateur pragmatique ; le général Mohsen Rezaï, conservateur, ayant été Chef des Gardiens de la Révolution Islamique, et Mir Hossein Moussavi, premier ministre de 1981 à 1989, pendant la guerre entre l'Iran et l'Irak, alors qu'Ali Khamenei était président de la République et l'Ayatollah Khomenei guide de la Révolution.

En dépit de son passé au sein du régime et de sa modération, Moussavi apparaît comme le candidat de l'opposition. Il promet de profonds changements dans le domaine économique et un desserrement des pesantes contraintes morales.

Le 12 juin 2009, près de 85% des électeurs votent. Cette forte participation, qui contraste avec l'abstention de 2005, révèle l'enthousiasme provoqué par la campagne. Le soir des élections, Ahmadinejad et Moussavi revendiquent la victoire. Le lendemain, la victoire d'Ahmadinejad est annoncée. Le président sortant aurait obtenu 63% des suffrages. Moussavi conteste ce résultat et pointe du doigt des fraudes massives. Des milliers d'Iraniens descendent dans la rue pour protester contre ce qui leur semble être une confiscation de l'élection. Ces manifestations illégales se transforment en émeutes et en affrontement avec les forces de l'ordre. De nombreux manifestants sont arrêtés. Des manifestants sont arrêtés et frappés. Les jours suivants les manifestations, dans lesquelles Moussavi est présent, continuent. Sept morts parmi les manifestants sont à déplorer le 15 juin. En dépit de la popularité du mouvement de contestation, le régime ne fléchit pas. Le 19 juin, le guide suprême de l'Iran, Ali Khamenei, exige que les manifestations cessent et apporte son soutien à Ahmadinejad. Le 29 juin, le Conseil des Gardiens de la révolution confirme la réélection d'Ahmadinejad. La répression du « mouvement vert » (vert comme l'espoir) provoque la mort de dizaines de manifestants et l'arrestation de centaines d'opposants.

Victor Pereira

Éclairage média

Comment accompagner et filmer des protestations populaires dans une dictature qui réprime l'opposition et empêche les journalistes étrangers de faire leur travail ? Comment rendre compte des méfaits d'un régime qui ne reconnaît pas la liberté d'information et n'hésite pas à tuer ceux qui manifestent ?

En dépit de la présence d'envoyés spéciaux étrangers en Iran, le reportage de France 2 met en avant les difficultés que connaissent les rédactions occidentales pour suivre les protestations populaires qui ont commencé le 13 juin 2009. Suivis par des agents du régime, les journalistes européens ne peuvent filmer à leur guise les individus qui contestent la réélection de Mahmoud Ahmadinejad. Désirant éviter toute mobilisation de l'opinion publique internationale, le régime exerce une censure et ne laisse passer à l'étranger que des images favorables à Ahmadinejad.

Cette censure est toutefois en partie brisée grâce aux nouvelles Technologies de l'Information et la Communication (également appelés TIC ou NTIC). Ce sujet de France 3 est largement confectionné à partir d'images prises par des caméras amateurs et par des téléphones portables. En effet, le perfectionnement des téléphones portables au cours de la dernière décennie et la massification de cet instrument permet à des milliers d'individus de filmer ce qui les entoure. Ces images peuvent, par la suite, être diffusées sur le réseau internet – dont l'accès s'est également massifié à travers le monde, même s'il existe une fracture numérique mondiale – et notamment sur des sites de partage de vidéos comme Youtube. Ces téléphones portables et internet permettent donc de s'affranchir du contrôle de l'image qu'ont pendant longtemps exercé les Etats. Certains voient alors les TIC comme des outils qui favorisent les mouvements de protestation populaire. Les protestataires peuvent plus facilement communiquer entre eux, s'organiser, diffuser des images incitant d'autres personnes à se joindre à eux, internationaliser leur lutte. C'est ce qui c'est en partie passé lors de la révolution Orange en Ukraine en 2004, la révolte Safran en Birmanie en 2007 et, donc, la révolte en Iran en 2009.

Les plans diffusés par France 3 suggèrent l'illégalité dans laquelle s'opèrent les révoltes et les risques qu'encourent les manifestants, surveillés par les nervis du régime qui sillonnent la ville en moto. Beaucoup de plans sont pris à la sauvette, en contre-plongée. Ils saisissent des moments fugaces de manifestations, de discussions autour de la répression exercée par les autorités. On y voit la participation de nombreuses femmes qui, comme l'épouse de Mir Hossein Moussavi qui accompagnait régulièrement son mari, semblent très actives.

Ces plans, qui sont par la suite mis sur internet, veulent également témoigner de la vigueur du mouvement de contestation. Des plans surplombant la foule permettent de saisir l'ampleur de la contestation qui n'est pas, comme le prétend le régime, le fait de quelques casseurs. Ces images veulent donc montrer que c'est tout un peuple qui se révolte contre un régime et la fraude électorale.

Enfin, ces images prétendent internationaliser la révolte. Les images de la personne assassinée filmée par la foule, avec des téléphones portables, ont certes pour objectif d'inciter toute la population iranienne à se révolter contre un régime qui tire sur son peuple. Elles ont également pour objectif de montrer à l'opinion publique internationale ce qui se passe en Iran. C'est, comme le prouve ce reportage de France 3, chose faite. Néanmoins, cette exportation d'images de la répression ne fera pas cesser la tuerie et n'amènera pas la chute du régime ni même le départ d'Ahmadinejad.

Victor Pereira

Transcription

Présentateur
En Iran, la réélection du Président Ahmadinejad est toujours très contestée. Les manifestations de l’opposition sont quotidiennes et la colère ne faiblit pas. Malgré la surveillance étroite que subissent les journalistes étrangers ; nos envoyés spéciaux ont réussi à se procurer des images sur ce qui s’est passé au cœur de la manifestation hier soir, Hugues Huet et Christophe Hilary.
Hugues Huet
Téhéran, la nuit, image interdite aux caméras occidentales. Un iranien filme, des petits groupes de manifestants, des casseurs pour reprendre l’expression des autorités. Des forces anti-émeutes qui quadrillent la ville, cinq jours déjà. Et une mobilisation qui ne faiblit pas. Combien sont-ils ? Des dizaines, des centaines de milliers ? Hier encore, les partisans de Mir Hossein Moussavi ont surmonté la lassitude, la peur.
Inconnu 1
J’invite tout le monde à faire le deuil demain dans les mosquées.
Hugues Huet
7 morts, 130 blessés pour la seule ville de Téhéran, selon un bilan officieux.
Inconnu 2
Ils tuent des gens et après ils disent que ce sont des casseurs.
Journaliste
Vous avez vu les jeunes qui ont été tués ?
Inconnue
Oui, avant-hier, j’étais là quand ils ont mitraillé la foule.
(Bruit)
Hugues Huet
L’arme de ces manifestants, un téléphone mobile, un appareil photo, pour que le monde entier ne puisse pas ignorer. Une profusion d’images que la censure iranienne ne parvient pas à contenir.