Les nouveaux dirigeants de l'Union Européenne

20 novembre 2009
02m 06s
Réf. 04914

Notice

Résumé :

Le traité de Lisbonne, signé le 13 décembre 2007 par les 27 Etats membres de l'Union Européenne, comporte parmi ses dispositions la nomination d'un Président du Conseil européen et d'un Haut Représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. A partir du 1er décembre 2009, ces deux fonctions sont exercées par Herman Van Rompuy et Catherine Ashton.

Date de diffusion :
20 novembre 2009
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Contexte historique

En 1970, le secrétaire d'Etat américain, Henry Kissinger, usait de l'ironie qui le caractérisait pour railler la faiblesse diplomatique de l'Europe. Il se demandait quel numéro de téléphone il devait composer pour contacter l'Europe, sous-entendant que la Communauté Economique Européenne d'alors n'avait aucun représentant stable par le biais duquel elle pouvait parler.

C'est cette faiblesse que le traité de Lisbonne, signé en décembre 2007 par les 27 états membres de l'Union européenne (mais non ratifié par les électeurs irlandais, les seuls à s'être exprimés dans le cadre d'un référendum), a essayé de combler. Jusqu'alors, l'Union européenne changeait de représentants tous les six mois, dans le cadre des présidences tournantes. Si cette rotation assurait l'égalité de chaque Etat membre, elle empêchait l'Europe de posséder un représentant stable, capable de parler au nom de l'Union Européenne, notamment dans les négociations avec les autres grandes puissances mondiales : les Etats-Unis d'Amérique, la Russie, la Chine ou l'Inde. Le principe de la présidence tournante n'était pas compensé par l'existence d'un président de la Commission Européenne. Ce dernier n'a pas pour mission de représenter l'Europe à l'étranger. Ces missions principales concernent la mise en œuvre de la politique de l'Union Européenne et l'application de la législation européenne par les différents Etats membres. Bien que l'ensemble des pays constituant l'Union Européenne représente la principale puissance économique au monde (le PIB de l'Union européenne dépasse celui des Etats-Unis et de la Chine), l'Europe reste un nain diplomatique.

A partir de l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, le 1er décembre 2009, l'Union Européenne compte deux nouveaux représentants : un président du Conseil Européen et un Haut Représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. Le premier, qui dispose d'un mandat de deux ans et demi renouvelable une fois, doit tracer la politique générale de l'Union Européenne et la représenter au niveau international. Le second doit diriger la politique étrangère et la politique de sécurité commune de l'Union européenne. Son mandat est de cinq ans. Les limites des prérogatives de ces deux dirigeants sont floues ainsi que les empiètements éventuels avec les pouvoirs du Président de la Commission Européenne.

Au cours du moins de novembre 2009, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne doivent s'accorder sur le nom de deux personnalités qui endosseront les nouvelles fonctions prévues par le traité de Lisbonne. Si Nicolas Sarkozy avait un temps pensé à l'ancien Premier ministre anglais Tony Blair pour le poste de président du Conseil, il s'avère que la plupart des Etats membres rechignent à choisir une personnalité trop forte qui pourrait avoir une politique trop autonome. Le 19 novembre 2009, au cours d'un sommet européen, un consensus est cependant vite établi autour du premier ministre belge Herman Van Rompuy. Conservateur, très discret mais excellent négociateur, connaissant bien les arcanes européennes et l'art du compromis, dirigeant d'un pays des pays fondateurs de l'Europe placé entre les trois principaux pays européens (la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne), Van Rompuy apparaît comme le candidat idoine.

Pour le poste de Haut représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, le choix retombe sur Catherine Ashton, travailliste, ancienne membre du gouvernement anglais dirigé par Tony Blair et commissaire européenne pour le Commerce depuis 2008. Si elle n'est pas diplomate ni spécialisée dans le domaine de la défense, Ashton est appréciée à la Commission Européenne pour sa capacité de négociation.

La discrétion, la faible notoriété, la connaissance des dossiers européens semblent être les principaux points communs entre Van Rompuy et Ashton. Toutefois, force est de constater que leur nomination n'a pas suscité un enthousiasme débordant. Bien au contraire. Le lendemain de leur nomination, de nombreux hommes politiques et journaux ont regretté leur profil effacé qui semblait annoncer le manque d'ambition de l'Europe.

Victor Pereira

Éclairage média

Comme cela est souvent le cas avec les sujets concernant les institutions européennes, ce sujet comporte une dimension pédagogique. Il s'agit en effet d'expliquer le fonctionnement, complexe, des institutions européennes. De surcroît, l'organigramme institutionnel de l'Europe se modifie avec la création de deux nouvelles fonctions : celle de président du Conseil européen – qu'il faut du reste distinguer de celle de président du Conseil de l'Union Européenne – et celle de Haut Représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

Le sujet présente rapidement les deux nouveaux visages de l'Union Européenne : Herman Van Rompuy et Catherine Ashton. Il indique également quelles seront leurs principales prérogatives. La difficulté de la tâche de Van Rompuy est suggérée graphiquement par le biais de 27 drapeaux européens qui tournent autour de sa tête. Van Rompuy devra concilier les intérêts, souvent divergents, de 27 Etats différents. Il devra en outre représenter l'Union Européenne, notamment auprès des trois autres grandes puissances mondiales : la Chine, les Etats-Unis, la Russie.

Le sujet aborde toutefois les limites de ces nominations. Si les Etats européens se sont rapidement mis d'accord sur les noms de Van Rompuy et d'Ashton, ces deux nouveaux dirigeants sont des personnalités discrètes, apparemment choisies pour leur effacement. D'autre part, leur champ d'action est mal défini, ce qui risque d'amener des conflits entre eux voire une paralysie de leur action. Enfin, les institutions européennes n'ont pas totalement répondu à la question d'Henry Kissinger concernant le numéro de téléphone de l'Union Européenne. Un secrétaire d'Etat américain devrait-il appeler van Rompuy ou Ashton pour avoir une réponse claire à l'une de ses interrogations ?

Le correspondant de France 2 à Bruxelles, qui connaît parfaitement les affaires européennes, semble dubitatif vis-à-vis de ces choix. Il évoque les craintes partagées par de nombreux observateurs concernant l'incapacité de Van Rompuy et d'Ashton de devenir les leaders dont l'Europe a besoin pour être reconnue comme une force politique et diplomatique mondiale.

Victor Pereira

Transcription

Elise Lucet
L’Europe a désormais un visage, celui d’Herman Van Rompuy qui est devenu hier soir le Premier Président de l’Union Européenne. Finalement, sa désignation n’a pas pris autant de temps qu’on n’imaginait. Côté diplomatie, c’est une baronne britannique qui va nous représenter, Catherine Ashton, deux personnalités plutôt discrètes jusqu’alors. Alors, qui sont-elles et de quel pouvoir vont-elles disposer ? La réponse avec François Beaudonnet et Frédéric Furnemont.
François Beaudonnet
C’est le nouveau visage de l’Europe mais il parle peu. Herman Van Rompuy a beau avoir été élu à l’un des postes les plus en vue de l’Union Européenne, il ne changera pas ses habitudes.
Herman (van) Rompuy
Je serai discret dans les médias certainement les semaines prochaines.
François Beaudonnet
Pourtant, le Président du Conseil européen doit d’abord être un homme de contact. C’est lui qui dans cette salle aura la lourde tâche de mettre d’accord les 27 chefs d’Etat européens, un travail difficile tant les intérêts de chacun sont divergents. Le Président doit aussi être un homme de relation publique ; car c’est lui qui dorénavant représentera notre continent auprès des autres grandes puissances de la planète. Problème, c’est exactement le rôle de Catherine Ashton élue hier soir Haut représentant pour les affaires étrangères ; comment ce nouveau mécano institutionnel va-t-il fonctionner ? Seule certitude, cette Europe à plusieurs têtes ne répondra pas à un seul numéro de téléphone.
Antonio Missiroli
Il y aura peut-être seulement un standard commun pour les appels qui viennent de l’extérieur. C’est déjà un progrès, il y aura un standard à Bruxelles. Donc, il ne va falloir pas appeler les capitales tous les six mois pour chercher d’avoir des interlocuteurs.
François Beaudonnet
La nouvelle Chef de la diplomatie européenne aura en tout cas sous sa coupe un bataillon de 5000 diplomates venus de Bruxelles mais aussi des 27 capitales de l’Union. Tout va maintenant dépendre de la capacité de ces deux nouveaux visages à s’imposer sur la scène internationale. S’ils n’y arrivent pas comme beaucoup le craignent, ici à Bruxelles, et bien l’Europe aura perdu une occasion unique d’exister.