Les transformations de Shanghaï pour l'Exposition universelle 2010

29 avril 2010
02m 29s
Réf. 04922

Notice

Résumé :

Ville hôte de l'Exposition universelle 2010, Shanghaï tente de concilier croissance et développement durable. Le quartier d'affaires de Pudong et le Bund constituent les vitrines de la modernisation de cette mégapole. Les quartiers industriels habités par de nombreux migrants restent toutefois à l'écart de cette modernisation.

Date de diffusion :
29 avril 2010
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Contexte historique

Depuis la première édition à Londres en 1851, des expositions universelles se sont régulièrement tenues. D'abord librement organisées, elles doivent répondre à des critères précis depuis la création du Bureau international des Expositions en 1928. À la fois vitrine des innovations techniques, urbaines et architecturales – telles que la Tour Eiffel à Paris en 1889 ou l'Atomium à Bruxelles en 1958 –, mais aussi foire commerciale et lieu de divertissement, une exposition universelle a également toujours été l'occasion pour un État de manifester sa puissance au monde (voir Linda Aimone et Carlo Olmo, Les Expositions universelles, 1851-1900, Paris, Belin, 1993).

Aussi n'est-il guère surprenant que la Chine se soit portée candidate à l'organisation d'une exposition universelle en 2010. Peuplée de 1,3 milliard d'habitants, devenue la deuxième puissance économique mondiale à la place du Japon en 2010, de plus en plus influente sur la scène diplomatique, la République populaire de Chine veut en effet afficher sa puissance lors de grands événements planétaires. Les Jeux Olympiques d'été 2008 de Pékin avaient ainsi déjà servi de vitrine à la propagande du régime communiste chinois.

Deux ans après, c'est avec le même objectif de célébrer sa puissance et sa modernité que la Chine organise une exposition universelle à Shanghaï, ville la plus peuplée du pays avec 20 millions d'habitants et l'une des plus grandes mégapoles mondiales. Consacrée au développement urbain durable – son slogan est « meilleure ville, meilleure vie » –, elle se déroule du 1er mai au 31 octobre 2010. De même que les Jeux de Pékin avaient été les plus fastueux de l'histoire olympique, l'Exposition Shanghaï 2010 apparaît comme la plus grande exposition universelle jamais tenue. Couvrant une superficie de 580 hectares, sur les deux rives du fleuve Huangpu – seule l'exposition de San Francisco en 1915 s'était étendue sur une plus grande surface –, elle accueille 192 États. Figurent même parmi les invités des pays mis au ban de la communauté internationale mais alliés du régime chinois, tels que la Corée du Nord ou la Birmanie. L'Exposition attire en outre un nombre record de visiteurs : 73 millions de personnes, en très grande majorité des Chinois, viennent la visiter, dépassant les 64 millions d'Osaka en 1970 ou les 51 millions de Paris en 1900.

Les moyens déployés par l'État chinois pour l'Exposition s'avèrent considérables : 44 milliards d'euros auraient été dépensés, soit plus que pour les Jeux Olympiques de Pékin. Il s'agit donc de l'exposition universelle la plus coûteuse de l'histoire. De nouvelles infrastructures de transports – notamment un terminal d'aéroport, une gare et des lignes de métro – ont ainsi été construites afin d'accéder au site. 80 000 volontaires ont par ailleurs été mobilisés.

L'Exposition Shanghaï 2010 a bien constitué une démonstration de la puissance chinoise. Le Parti communiste chinois a fait de cet événement, inauguré le 30 avril par le président de la République populaire Hu Jintao, un instrument de mobilisation patriotique et de glorification du régime. Immense pagode rouge, le pavillon de la Chine était ainsi symboliquement situé au centre de l'Exposition. Comme lors des Jeux Olympiques en 2008, le régime a en outre pris de très importantes mesures pour éviter toute contestation relative aux droits de l'homme ou à la situation du Tibet et du Xinjiang pendant l'Exposition : des milliers d'opposants ont été arrêtés avant son ouverture et Shanghaï a été placée sous une étroite surveillance policière. Les médias chinois ont quant à eux reçu l'interdiction de traiter cet événement sous un angle négatif.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet a entièrement été réalisé par les correspondants de France 2 en Chine envoyés à Shanghaï pour couvrir l'inauguration de l'Exposition universelle 2010. Ainsi, l'ensemble des images proposées et des interviews ont-elles été filmées par cette équipe et non pas reprises de la télévision chinoise officielle.

Le reportage n'est pas centré sur l'Exposition universelle proprement dite, qui doit ouvrir ses portes deux jours après sa diffusion. Ayant déjà fait l'objet d'autres sujets réalisés pour les journaux télévisés de France 2, elle ne constitue ici qu'un prétexte pour s'intéresser au développement de la ville de Shanghaï. Seules quelques images placées au début du sujet et filmées sur place donnent à voir le site de l'Exposition. Et encore ne s'agit-il que de plans de réalisations écologiques : des voitures électriques, des panneaux solaires et des corolles géantes permettant de recueillir de l'eau de pluie.

Le parti pris du reportage est en effet de traiter de la croissance de Shanghaï et de sa tentative de se développer en respectant l'environnement. En témoignent les images d'arbres ou d'éoliennes. Par-delà la question du développement durable, les journalistes français s'efforcent de présenter le portrait d'une ville moderne, l'une des mégapoles les plus peuplées du monde. Dans un souci d'équilibre, ils insistent sur la modernisation de Shanghaï mais aussi sur les limites urbaines et sociales de cette croissance. Toutefois, s'ils mettent bien en valeur les deux facettes de Shanghaï – une vitrine moderne et riche au centre qui s'oppose aux quartiers industriels peuplés d'ouvriers migrants en périphérie –, ils passent sous silence la propagande du pouvoir chinois. Celui-ci n'a en effet eu de cesse de présenter Shanghaï comme la vitrine de sa modernité et de sa puissance, comme cela avait précédemment déjà été le cas en 2008 avec les Jeux Olympiques de Pékin. C'est par exemple dans cette optique que le Bund, principal boulevard de Shanghaï, a été entièrement rénové, ce que ne dit pas le commentaire.

Christophe Gracieux

Transcription

Nathanaël Rincquesen (de)
L’autre expo dont on parle beaucoup en ce moment c’est celle de Shanghai. Une ville chinoise qui tente de se démarquer des autres métropoles de ce pays connu et reconnu comme étant l’un des plus gros pollueurs de la planète. Shanghai la verte, découverte avec nos correspondants en Chine, Pascal Golomer et Sylvain Giaume.
Pascal Golomer
Les véhicules électriques sillonnent le parc comme pour bien marteler le message. Qu’on se le dise, l’exposition universelle respectera l’environnement. Des panneaux solaires, en veux-tu en voilà sur tous les toits. Et de drôles de corolles qui récupèrent l’eau de pluie. Côté bilan carbone, Shanghai veut montrer l’exemple. En dehors du site aussi, c’est le vert qu’on affiche et pas seulement avec des morceaux de pelouse. La ville a bâti en dix ans l’un des plus grands réseaux de métro au monde avec trois lignes spécialement construites pour l’expo. Et puis, elle s’est lancée dans l’éolien sur terre mais aussi sur mer, là encore pour jouer les pionnières.
Lu Zhongmin
C’est en réalisant ce type de projet qu’on peut améliorer l’image de la ville. On améliore aussi notre savoir-faire en la matière. Et on rend service à tout le pays.
Pascal Golomer
L’image de Shanghai, c’est ici qu’elle est la plus flatteuse, sur le Bund. Un boulevard rénové à grands frais cette année, avec vue imprenable sur Pudong et ses gratte-ciels. Il y a vingt ans, il n’y avait ici que des marécages ; la plus haute tour culmine aujourd’hui à 492 mètres. Démesurée, ambitieuse, tournée vers l’avenir, c’est ainsi que la ville se présente aux visiteurs.
Inconnu
On ne se pose même plus la question pourquoi Shanghai c’est joli ; c’est riche, et c’est une ville très douée pour le commerce.
Pascal Golomer
Mais derrière la vitrine, Shanghai doit se débattre avec les problèmes d’une mégapole de vingt millions d’habitants. Problèmes d’urbanisation, de circulation automobile, de pollution des eaux, de gestion des déchets. Dans les quartiers industriels comme ici à Songjiang ; des centaines de milliers d’ouvriers migrants venus des campagnes font tourner les usines, loin des décors flamboyants du centre ville.
Intervenant 2
Nous, on vient travailler, on ne songe pas à rester vivre ici pour l’instant. Si j’avais les moyens, je penserais à m’installer. Mais avec le salaire que j’ai, ce n’est pas demain la veille ; on n’y arrivera pas, c’est bien trop cher.
Pascal Golomer
Shanghai entend bien profiter de cette exposition universelle pour prouver au monde entier qu’elle peut devenir une ville modèle en matière de développement ; et ce malgré son gigantisme. Mais des beaux discours aux actes, le chemin est encore long à parcourir.

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