Marée noire en Louisiane provoquée par l'explosion d'une plate-forme pétrolière

06 mai 2010
01m 51s
Réf. 04923

Notice

Résumé :

Provoquée par l'explosion d'une plate-forme pétrolière exploitée par British Petroleum le 22 avril 2010, une marée noire touche le golfe du Mexique. Embarquée à bord d'un bateau, une équipe de France 2 filme la marée noire et ses conséquences sur la faune et la flore.

Date de diffusion :
06 mai 2010
Source :

Contexte historique

Le 22 avril 2010, la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon, exploitée par la compagnie britannique British Petroleum, sombre dans le golfe du Mexique, deux jours après avoir pris feu à la suite d'une explosion. Survenu à 70 kilomètres des côtes de la Louisiane, l'accident fait 11 morts. Surtout, il provoque la plus grande marée noire de l'histoire des États-Unis. Reposant désormais à 1 500 mètres de profondeur, la plate-forme, qui contenait 2,7 millions de litres de pétrole et en extrayait quotidiennement 1,12 million, laisse en effet s'échapper du pétrole sans discontinuer. Elle déclenche ainsi une marée noire qui se différencie nettement des précédentes. Les grandes marées noires avaient jusque-là toujours été provoquées par le naufrage de pétroliers, comme l'Amoco-Cadiz en 1978, l'Exxon-Valdez en 1989, l'Erika en 1999 ou le Prestige en 2002, et non par l'écoulement d'un flux ininterrompu de pétrole pendant plusieurs mois.

Une nappe de pétrole se forme donc dans le golfe de Mexique. Elle s'étend rapidement sur des milliers de kilomètres carrés et atteint les côtes de la Louisiane à partir du 30 avril 2010. L'état de « catastrophe nationale » est alors déclaré par le gouvernement fédéral américain. British Petroleum (BP) déploie de son côté de très importants moyens pour essayer de colmater la fuite du puits. Les opérations de colmatage s'avèrent cependant difficiles et plusieurs tentatives échouent. L'écoulement de pétrole est arrêté le 15 juillet grâce à la pose d'un grand entonnoir sur la tête de puits endommagée. Ce n'est toutefois que le 19 septembre 2010 que le puits est définitivement scellé. En cinq mois, 780 millions de litres de pétrole se sont répandus dans le golfe du Mexique, ainsi que plus de 7 millions de litres de dispersants chimiques.

La marée noire entraîne la pollution d'une région riche en zones humides et en réserves naturelles. Même si ses effets réels sur l'écosystème n'ont pas encore pu véritablement être estimés par les scientifiques, la faune et la flore du golfe du Mexique ont été très affectées par la marée noire ainsi que par les produits dispersants massivement utilisés par BP. L'impact de la catastrophe s'est également fait ressentir sur l'économie de la Louisiane, déjà terriblement éprouvée en 2005 par le passage du cyclone Katrina. Les pêcheurs de crevettes grises et de crabes et les ostréiculteurs ont été les plus touchés.

La responsabilité de la catastrophe a été très largement imputée à BP. La compagnie pétrolière a de fait déployé de grands moyens et de très importants effectifs pour lutter contre la marée noire. Elle a aussi versé près de 11 milliards de dollars pour nettoyer les côtes du golfe de Mexique et mis en place un fonds d'indemnisation de 20 milliards de dollars pour venir en aide aux victimes. Malgré ses efforts, BP a vu son image se dégrader considérablement et son action s'écrouler à la Bourse de Londres, perdant un tiers de sa valeur en six mois. Son PDG Tony Hayward a ainsi été limogé et remplacé par Bob Dudley. L'entreprise a par ailleurs rejeté une partie de la responsabilité sur Transocean, propriétaire de la plate-forme Deepwater Horizon, et Halliburton, chargée du cimentage du puits. Le président Barack Obama et son administration ont quant à eux été critiqués pour leur manque de réactivité devant la plus grande marée noire de l'histoire des États-Unis. Le président américain a néanmoins décrété le 27 mai 2010 un moratoire de six mois sur les forages pétroliers en eau profonde.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Réalisé deux semaines après l'explosion d'une plate-forme pétrolière dans le golfe du Mexique, ce sujet est un reportage de terrain : l'équipe des correspondants de France 2 à Washington a embarqué à bord d'un bateau dans le but de filmer la marée noire au plus près. Toutes proportions gardées, ils adoptent le mode d'action des reporters de guerre qui s'intègrent à des unités militaires pour se rapprocher du cœur des combats et des lignes ennemies. Ici l'ennemi, c'est le pétrole qui se répand sur les eaux du golfe du Mexique. Hormis celles filmées depuis un hélicoptère au début du sujet, toutes les images ont donc été prises depuis un bateau par les envoyés spéciaux de France 2.

Le principal objectif du sujet est bien de montrer la marée noire, alors que les effets de celle-ci ne sont pas encore pleinement perceptibles : deux semaines après l'explosion de la plate-forme, seule une petite quantité de pétrole a atteint les côtes de la Louisiane. Contrairement aux grandes catastrophes pétrolières précédentes, la marée noire apparaît alors invisible, pour les habitants comme pour les médias. De fait, les images habituelles des marées noires, celles de côtes souillées par le pétrole ou d'oiseaux mazoutés, sont absentes des sujets consacrés à la catastrophe du golfe du Mexique. Les plans de la mer recouverte de traces de pétrole filmés depuis le bateau par l'équipe de France 2 visent donc à rendre la marée noire concrète, à témoigner de son ampleur. La mise en situation de la journaliste Maryse Burgot revêt le même but pédagogique. À l'instar d'un reporter de guerre filmé sur le front, elle se met en scène : elle montre à la caméra les effets du pétrole sur un linge blanc et sur ses mains. Il s'agit bien de faire comprendre les conséquences catastrophiques de la marée noire sur la faune et la flore du golfe du Mexique. Les images du capitaine du bateau prélevant de l'eau de mer chargée de pétrole l'illustrent également.

Christophe Gracieux

Transcription

David Pujadas
Cependant, la nappe continue de grandir. Nos envoyés spéciaux Maryse Burgot et Aaron Diamond ont pu embarquer dans un bateau et approcher cette gigantesque tache noire, voici leur reportage.
Maryse Burgot
Jusqu’à présent, nous n’avions aperçu cette nappe de pétrole qu’en vue aérienne. La voici maintenant filmée à bord d’un bateau ; désolante traînée de plaque gluante parsemée sur la mer à perte de vue. Lorsque l’on plonge un linge blanc comme celui-ci dans cette mer ; voilà comment il ressort, recouvert d’une épaisse couche de pétrole grasse et marron. Un pétrole impossible à enlever sans produit détergeant. Notre capitaine n’en revient pas de toucher enfin ce pétrole dont on parle tant depuis deux semaines.
Capitaine
C’est dégoûtant, il faut vite que je sorte mon bateau de là.
Maryse Burgot
Moins spectaculaire, mais tout aussi grave pour la faune et la flore, ces milliards de gouttelettes de pétrole suspendues entre deux eaux. La tempête des derniers jours a agi comme une immense machine à laver, elle a fragmenté l’essentiel de la nappe. Résultat, les pêcheurs embauchés par la compagnie pétrolière BP ne peuvent ramasser que le pétrole de surface.
Capitaine
On rassemble le pétrole avec ces barrières flottantes, et puis il est absorbé grâce à des boues spéciales.
Maryse Burgot
Position assez paradoxale de ces pêcheurs employés par ceux là même qui ont hypothéqué leur moyen d’existence. A cinq milles de là, des kilomètres de barrières. Elles entourent une réserve sauvage de pélicans en période de nidification. Nul ne sait si les hommes sauront les protéger du pétrole.