Le conservateur David Cameron forme le nouveau gouvernement britannique

12 mai 2010
01m 57s
Réf. 04924

Notice

Résumé :

Le 12 mai 2010, le nouveau Premier ministre britannique conservateur David Cameron tient une conférence de presse en compagnie du vice-Premier ministre libéral-démocrate Nick Clegg : ils présentent leur gouvernement de coalition. Nommé la veille par la reine Elizabeth II, David Cameron succède au travailliste Gordon Brown.

Date de diffusion :
12 mai 2010
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

Remportant trois élections générales consécutives, en 1997, 2001 et 2005, le Parti travailliste (Labour Party) gouverne le Royaume-Uni durant treize ans : Tony Blair occupe le poste de Premier ministre de 1997 à 2007 avant que son ministre des Finances Gordon Brown ne lui succède de 2007 à 2010. Après avoir été au pouvoir de 1979 à 1997 avec Margaret Thatcher puis John Major, le Parti conservateur connaît ainsi une longue période dans l'opposition. Il en sort finalement avec difficulté en 2010.

Dirigés depuis 2005 par David Cameron, lui-même député depuis 2001, les conservateurs – les tories – remportent en effet les élections générales britanniques du 6 mai 2010 : ils obtiennent 306 sièges sur 650 à la Chambre des Communes. Usés par leur long séjour au pouvoir, critiqués pour avoir entraîné le pays dans la guerre en Irak en 2003 et pour ne pas être parvenus à mettre fin à la crise économique qui sévit depuis 2008, les travaillistes ne gagnent, eux, que 258 sièges. Il s'agit de leur pire résultat depuis 1931. Le Parti libéral-démocrate ne recueille de son côté que 57 sièges, alors que la campagne conduite par son leader Nick Clegg lui avait fait espérer un meilleur score.

La victoire des conservateurs est cependant incomplète puisqu'à vingt voix près ils ne disposent pas de la majorité absolue. C'est seulement la quatrième fois, après 1924, 1929 et 1974, qu'une majorité absolue n'est pas trouvée à la Chambre des Communes à l'issue d'élections générales. Une coalition gouvernementale, la première depuis 1945, s'avère donc nécessaire. Le troisième parti, le Parti libéral-démocrate – les lib-dem –, se retrouve en position d'arbitre entre les conservateurs et les travaillistes. David Cameron propose ainsi une alliance à Nick Clegg. Dans le même temps les travaillistes entament eux aussi des négociations avec ce dernier. Finalement, au terme de cinq jours de discussions, David Cameron parvient à se mettre d'accord avec Nick Clegg. Ainsi, le 11 mai 2010, le Premier ministre travailliste sortant Gordon Brown annonce sa démission et David Cameron se voit demander par la reine Elizabeth II de former un gouvernement.

Dès son entrée au 10 Downing Street, le leader des conservateurs constitue un gouvernement de coalition avec les libéraux-démocrates. Nick Clegg devient son vice-Premier ministre. Âgés tous les deux de 43 ans, David Cameron et Nick Clegg ont fait des concessions mutuelles pour pouvoir former ce gouvernement. Le chef de file des tories a notamment accepté d'organiser un référendum sur le système électoral, jugé trop défavorable pour les petits partis politiques comme les libéraux-démocrates. Nick Clegg a, lui, renoncé au projet d'une entrée du Royaume-Uni dans l'euro.

Contraint de constituer une coalition pour arriver au pouvoir, David Cameron renforce cependant sa position au cours de sa première année passée au pouvoir. Le projet de réforme du mode de scrutin voulu par les libéraux-démocrates est ainsi nettement rejeté par référendum en mai 2011, ce qui représente un net désaveu pour Nick Clegg. Le Parti conservateur progresse également lors des élections locales organisées le même jour. David Cameron rencontre cependant ses premières difficultés avec le scandale des écoutes téléphoniques illégales effectuées par le tabloïd News of the World, qui éclate en juillet 2011 : son ancien directeur de la communication Andy Coulson y est mis en cause. Il doit ensuite affronter quatre jours d'émeutes dans les villes britanniques, notamment à Londres, à partir du 6 août 2011.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé au lendemain de la nomination de David Cameron au poste de Premier ministre du Royaume-Uni, ce sujet est composé de deux séquences bien distinctes : la première présente la conférence de presse donnée par David Cameron et le vice-Premier ministre Nick Clegg le 12 mai 2010 ; la deuxième revient sur les différentes étapes du processus de nomination de David Cameron qui s'est déroulé la veille.

La première partie du reportage donne ainsi à voir la conférence de presse. Organisée dans les jardins du 10 Downing Street, la résidence officielle du Premier ministre britannique, elle fait l'objet d'une mise en scène minutieuse, calquée sur le modèle de celles tenues par les présidents américains à la Maison Blanche. Tout dans l'agencement de cette conférence de presse est fait pour donner l'impression d'un duo uni à la tête de l'exécutif. David Cameron et Nick Clegg sont ainsi constamment présentés ensemble. Après avoir échangé une poignée de main devant le 10 Downing Street et salué ensemble la presse, ils sont filmés marchant côte à côte vers leurs pupitres. Les deux hommes répondent ensuite de concert aux questions des journalistes. Désireux d'afficher leur unité, ils apparaissent souriants et complices pendant la conférence de presse. Ils n'hésitent pas à rompre la solennité habituelle d'une conférence de presse par des traits d'humour. David Cameron, Nick Clegg et leurs conseillers en communication ont en effet bien compris l'importance des symboles : il faut présenter à l'opinion publique britannique l'image d'une entente sans faille, voire d'une connivence. Leur coalition gouvernementale vient en effet seulement d'être mise en place après plusieurs jours de négociations et certaines différences demeurent importantes entre les deux hommes, notamment en matière de politique européenne. Aussi, de même qu'ils étaient arrivés ensemble, ils sont symboliquement filmés repartant ensemble à l'issue de leur conférence de presse.

La seconde partie du sujet est de facture plus institutionnelle : elle montre le fonctionnement des institutions britanniques au moment de la nomination d'un nouveau chef de gouvernement. Chef du parti majoritaire aux élections législatives, David Cameron se présente le 11 mai 2010 au palais de Buckingham Palace où la reine d'Angleterre Elizabeth II lui demande de former un gouvernement. La photographie de la poignée de main entre David Cameron et Élizabeth II a donc une signification institutionnelle très symbolique : elle officialise la nomination du chef du parti conservateur comme Premier ministre. Contrairement à cette investiture qui a eu lieu en l'absence des médias, la seconde étape du processus de nomination de David Cameron se déroule sous le regard des caméras, des objectifs et des spectateurs. C'est le moment où, accompagné de son épouse, il franchit le seuil du 10 Downing Street après avoir salué la foule : il prend symboliquement possession de la résidence du chef du gouvernement. Le départ de l'ancien Premier ministre Gordon Brown fait également l'objet d'une mise en scène : il est filmé sortant du 10 Downing Street et remontant à pied toute la rue avec sa femme et ses deux enfants.

Christophe Gracieux

Transcription

David Pujadas
C’est officiel, depuis hier soir la Grande-Bretagne a un nouveau premier ministre. Le conservateur David Cameron a été chargé par la Reine de former un gouvernement. Mais c’est un tandem que la presse a découvert cet après-midi. Nick Clegg est, en effet, vice-premier ministre ; même age, même style. Et une mise en scène, vous allez le voir, à l’américaine pour les deux hommes, Jacques Cardoze, Stéphane Guillemot.
Jacques Cardoze
Ils ont déjà quelques points communs. Leur jeune âge, 43 ans. Leur sourire, l’allure. Certains diront même qu’ils se ressemblent déjà. Les voilà partis pour afficher l’unité, sauf que les journalistes s’en amusent déjà. Monsieur le Premier Ministre, est-ce que vous regrettez d’avoir dit que votre meilleure blague c’était Nick Clegg ?
David Cameron
Oui, j’en ai bien peur, je l’ai dit.
Nick Clegg
Bon alors, moi, je m’en vais
David Cameron
Mais non, reviens !
Jacques Cardoze
Les deux hommes voulaient imprimer un nouveau style, voilà qui est fait.
Nick Clegg
Nous terminons à peine cette campagne. Maintenant, nous avons une coalition, jusque là nous étions rivaux, et maintenant collègues.
Jacques Cardoze
Preuve de cette bonne volonté, c’est ensemble qu’ils ont présidé cet après-midi un premier cabinet de guerre sur l’engagement en Afghanistan. Mais l’urgence, c’est la relance de l’économie. Baisse des dépenses publiques, pas de hausse d’impôt et une nouvelle taxe spécifique sur les banques. Hier soir, en traversant les rues de la ville, David Cameron a pu mesurer l’énorme attente qu’il suscite. Une foule l’applaudit devant les grilles du Palais de Buckingham. Dans un cérémonial que le temps n’a jamais fait disparaître, il s’entretient avec la Reine, chef de l’Etat, elle le nomme. Puis à son arrivée sur Whitehall, l’avenue des ministères, c’est toujours le même engouement. A la résidence, le couple ne peut s’empêcher de célébrer l’instant. Cruelle réalité des passations de pouvoir, le sourire des Cameron a succédé à l’émotion des Brown. Avec ses deux garçons de trois et six ans, Gordon Brown quitte le pouvoir. La page des treize années d’une gauche dont il était l’artisan avec son ami Tony Blair se tourne.