Discours de Nicolas Sarkozy sur la sécurité et l'immigration prononcé à Grenoble

30 juillet 2010
01m 55s
Réf. 04929

Notice

Résumé :

Venu à Grenoble le 30 juillet 2010 pour installer le nouveau préfet de l'Isère, le président de la République Nicolas Sarkozy prononce un discours très ferme sur la sécurité. Il annonce plusieurs mesures pour durcir la répression contre les délinquants d'origine étrangère, dont la déchéance de la nationalité française pour les meurtriers de policiers ou de gendarmes.

Date de diffusion :
30 juillet 2010
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

À la mi-juillet 2010, des émeutes éclatent à la fois à Grenoble et à Saint-Aignan, dans le Loir-et-Cher. Le 16 juillet, des violents affrontements ont en effet lieu dans le quartier populaire de la Villeneuve, à Grenoble, après la mort d'un braqueur de casino, tué lors d'un échange de tirs avec la police. Les émeutes, au cours desquelles les forces de l'ordre essuient des tirs à balles réelles, embrasent la Villeneuve pendant trois nuits. Le 18 juillet suivant, la petite commune de Saint-Aignan est également le théâtre de violences. Elles sont perpétrées par des membres de la communauté des gens du voyage après la mort de l'un d'eux alors qu'il tentait de forcer un barrage de police.

À la suite de ces violences, Nicolas Sarkozy décide de nommer le 21 juillet un nouveau préfet de l'Isère, Éric Le Douaron, ancien directeur central de la sécurité publique. Il se rend ensuite à Grenoble, le 30 juillet 2010, pour assister à son installation. C'est à cette occasion qu'il prononce un discours très ferme sur la sécurité, rédigé par son conseiller sur l'immigration Maxime Tandonnet et son chef de cabinet Cédric Goubet. Renouant avec son thème favori depuis son arrivée au ministère de l'Intérieur en 2002, Nicolas Sarkozy y prend des accents martiaux, n'hésitant pas à déclarer la « guerre (...) contre les trafiquants et les voyous ». Cela n'est pas sans rappeler plusieurs de ses déclarations belliqueuses, dont la plus célèbre en juin 2005 à La Courneuve, cité qu'il promettait de « nettoyer au Kärcher ». Dans son discours de Grenoble, Nicolas Sarkozy présente plusieurs mesures qui visent toutes à durcir la répression contre la délinquance. Il souhaite notamment étendre les peines planchers aux auteurs de « toutes les formes de violences aggravées » et fixer une peine de prison incompressible de trente ans pour tout meurtrier de policier ou de gendarme.

Ce sont cependant surtout les délinquants d'origine étrangère qui sont visés par Nicolas Sarkozy. Il annonce ainsi sa volonté de déchoir de la nationalité française « toute personne d'origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie » de toute personne dépositaire de l'autorité publique. Il souhaite aussi que l'acquisition de la nationalité française à l'âge de 18 ans, instaurée en 1998, ne soit plus automatique pour un mineur délinquant et que les droits donnés aux étrangers en situation irrégulière sur le sol français soient révisés. Il demande en outre le démantèlement de la moitié des camps illégaux de Roms dans les trois mois. Nicolas Sarkozy établit donc un lien direct entre immigration et délinquance, déclarant : « Nous subissons les conséquences de 50 années d'immigration insuffisamment régulée qui ont abouti à un échec de l'intégration. »

Ce discours provoque l'indignation de la gauche, des associations de défense des droits de l'homme et des magistrats. La déchéance de nationalité pour délinquance rappelle le régime de Vichy, qui en recourant à cette procédure avait ôté la nationalité française à 15 000 personnes, dont plus de 7 000 Juifs. Cette mesure s'attaque aussi au droit à la nationalité et se heurte à l'article premier de la Constitution qui stipule qu'il ne doit y avoir aucune « distinction d'origine » entre les citoyens. Nicolas Sarkozy est ainsi accusé de vouloir reconquérir l'électorat du Front national, comme il l'avait fait en 2007, avec une stratégie sécuritaire et anti-immigration. La commissaire européenne de la Justice Viviane Reding s'indigne quant à elle de la politique anti-Roms qui constitue à ses yeux une entreprise de discrimination jamais vue en Europe depuis 1945. L'Église catholique déplore elle aussi la stigmatisation des Roms et des gens du voyage.

La stratégie de Nicolas Sarkozy échoue pourtant très largement. L'opinion s'y oppose, ce qui le conduit à abandonner la question de la sécurité à Claude Guéant, devenu ministre de l'Intérieur en février 2011. En outre, les mesures annoncées à Grenoble ont reçu très peu d'application.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé le 30 juillet 2010 dans le journal télévisé de 20 heures de France 2, ce sujet est entièrement centré sur le discours que Nicolas Sarkozy a prononcé à Grenoble, à la préfecture de l'Isère, le jour même. Outre des extraits de l'allocution choisis comme particulièrement significatifs, le reportage a recours à des infographies pour résumer les principales mesures annoncées par Nicolas Sarkozy sur fond d'images d'illustration d'auditeurs assistant à son discours ou à sa retransmission. Ce discours est donc présenté quasiment sans éclairage ou analyse critique : les mesures sont simplement synthétisées par un commentaire qui se veut purement informatif. De même, aucun point de vue contradictoire n'est proposé. Les déclarations et les annonces du président de la République ont pourtant suscité de nombreuses réactions d'opposition dans les rangs de la gauche comme chez les associations de défense des droits de l'homme et les magistrats. L'analyse du discours n'intervient qu'après la diffusion du reportage : une journaliste de la rédaction de France 2, envoyée devant l'Elysée, intervient spécialement à ce sujet.

Ce n'est pas un discours classique d'installation d'un préfet que prononce Nicolas Sarkozy à Grenoble – il est d'ailleurs rare qu'un président de la République se déplace pour installer un préfet, ce qui atteste de l'importance de l'effet que veut produire Nicolas Sarkozy. Il prononce ainsi un discours politique qui reprend son thème favori, celui de la sécurité, sur lequel il n'a cessé de s'appuyer depuis 2002, et qu'il avait placé au centre de sa campagne présidentielle en 2007. Ce « discours particulièrement musclé », selon les mots du présentateur, vise à afficher la fermeté de Nicolas Sarkozy et sa volonté de durcir la répression des délinquants d'origine étrangère. Il vise également, comme en 2007, à regagner l'électorat de droite qui se laisse séduire par les propositions du Front national. La présence à ses côtés pendant le discours du ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux et du garde des Sceaux Michèle Alliot-Marie, de même que sa rencontre avec des policiers, sont autant de symboles de la volonté présidentielle d'accroître la répression contre les délinquants.

Même si les extraits proposés par le reportage ne le laissent pas entendre, Nicolas Sarkozy a recours dans son discours à une rhétorique guerrière dont il est coutumier. Il n'avait par exemple pas hésité en 2005 à promettre de « débarrasser les racailles » de La Courneuve en nettoyant la cité « au Kärcher ». Surtout, ainsi que le montre le linguiste Jean Véronis, co-auteur avec Louis-Jean Calvet des Mots de Nicolas Sarkozy, dans un entretien paru dans La Vie en août 2010, Nicolas Sarkozy utilise la technique de la juxtaposition dans le discours de Grenoble. Comme pendant la campagne présidentielle de 2007, il juxtapose ainsi insécurité et immigration. Cependant, comme le souligne Jean Véronis, il ne les relie jamais explicitement dans son allocution. Pourtant, les mesures annoncées pour durcir la répression contre les délinquants d'origine étrangère suffisent en elles-mêmes à faire le lien entre insécurité et immigration dans l'esprit de l'opinion publique comme dans celui des médias. Le commentaire du reportage de France 2 ne s'y trompe pas lorsqu'il évoque « le lien sans ambiguïté aucune fait entre insécurité et immigration » par Nicolas Sarkozy.

Christophe Gracieux

Transcription

Olivier Galzi
Dans le reste de l’actualité maintenant, la politique a fait son grand retour en plein cœur de l’été avec ce discours particulièrement musclé de Nicolas Sarkozy aujourd’hui. Alors que le chef de l’Etat était venu installer le nouveau Préfet de l’Isère ; il est revenu sur un sujet qui lui est cher, la sécurité ; un thème qu’il a résolument décidé de lier à l’immigration. Plusieurs mesures ont été annoncées pour durcir la répression contre les délinquants d’origine étrangère, sur place à Grenoble Thierry Curtet.
Thierry Curtet
Une heure trente avec les forces de l’ordre à huis clos. Nicolas Sarkozy est resté la moitié du temps passé à Grenoble avec les policiers ; pour les entendre, pour les réconforter. Puis en installant le nouveau Préfet de l’Isère, un ancien haut gradé de la police parisienne ; le Président a, sans ambiguïté aucune, fait le lien entre insécurité et immigration.
Nicolas Sarkozy
Nous subissons les conséquences de cinquante années d’immigrations insuffisamment régulées qui ont abouti à un échec de l’intégration.
Thierry Curtet
Il souhaite que le parlement, dès septembre, adopte des mesures de sévérité à l’égard des délinquants français d’origine étrangère.
Nicolas Sarkozy
Nous allons réévaluer les motifs pouvant donner lieu à la déchéance de la nationalité française. Je prends mes responsabilités. La nationalité française doit pouvoir être retirée à toute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d’un fonctionnaire de police ou d’un militaire de la gendarmerie.
Thierry Curtet
Il souhaite également que l’acquisition de la nationalité française ne soit plus automatique pour un mineur délinquant. Il veut une peine incompressible de 30 ans de prison pour les assassins de policiers et de gendarmes ; et des peines planchers étendues aux auteurs de violences aggravées. Le Président a promis 38 policiers supplémentaires pour l’agglomération grenobloise avant septembre et la venue rapide des membres du RAID et du GIGN.

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