Le retour aux États-Unis des soldats américains envoyés en Irak

22 août 2010
03m 28s
Réf. 04930

Notice

Résumé :

Des soldats américains qui ont servi en Irak font leur retour aux États-Unis en août 2010. Célébrés avec éclat par les autorités militaires américaines, ils sont accueillis par leurs familles sur la base de Fort Bliss, au Texas. En Irak, les troupes américaines remettent la base militaire de Kirkouk à l'armée irakienne.

Date de diffusion :
22 août 2010
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

C'est le 20 mars 2003 que les États-Unis avaient déclaré la guerre à l'Irak. L'opération « Liberté en Irak » débutait alors. Le 1er mai 2003, après une guerre éclair qui a entraîné la chute de Saddam Hussein, le président américain George W. Bush se permettait de célébrer la victoire américaine en proclamant la « mission accomplie ». La guerre en Irak ne faisait pourtant que commencer. Il fallut ainsi attendre plus de sept années pour que les États-Unis commencent à retirer leurs troupes d'Irak.

De 2003 à 2010, les Américains ont ainsi eu à faire face à une guérilla incessante menée par Al-Qaida et divers groupes radicaux sunnites. Les troupes américaines ont notamment été la cible de très nombreux attentats terroristes. Dans le même temps, en dépit de l'organisation des premières élections multipartites en Irak en janvier 2005, la guerre civile n'a cessé de couver entre les chiites, majoritaires (ils représentent 62 % de la population), et les sunnites. Malgré l'envoi de 30 000 soldats supplémentaires décidé par George W. Bush en janvier 2007 et un contingent américain porté à un niveau record de 170 000 hommes en octobre de la même année, les États-Unis ne parviennent pas à rétablir l'ordre dans le pays.

Extrêmement lourd, le bilan humain témoigne de l'échec américain en Irak. De 2003 à 2010, 4 700 soldats américains y ont en effet perdu la vie et 32 000 ont été blessés au combat. Dans le même temps, au moins 200 000 Irakiens ont été tués – certaines estimations portant même le nombre des victimes irakiennes à 600 000. En outre, le coût de la guerre en Irak s'est avéré très élevé pour les finances américaines : 737 milliards de dollars ont été dépensés pour ce seul conflit de 2003 à 2010, ceci alors que l'armée américaine se trouve également engagée en Afghanistan depuis 2001.

Candidat à l'élection présidentielle en 2008, Barack Obama avait promis pendant sa campagne de rapatrier les soldats américains d'Irak. Aussi, dès son accession à la présidence, le successeur de George W. Bush ordonne-t-il, en février 2009, le retrait des troupes de combat américaines d'Irak au 31 août 2010. 90 000 soldats américains quittent donc l'Irak entre février 2009 et août 2010. C'est ainsi que Barack Obama peut proclamer le 31 août 2010 la fin des combats en Irak : l'opération « Liberté pour l'Irak » s'achève plus de sept ans après avoir commencé alors que, selon les termes du président américain, « les États-Unis ont payé un prix énorme pour mettre le futur de l'Irak entre les mains de son peuple ». À partir du 31 août 2010 seuls 50 000 hommes sont maintenus dans le pays pour une période de seize mois. Ils sont officiellement chargés d'œuvrer à la transition militaire en poursuivant la formation de l'armée irakienne. Finalement, le 21 octobre 2011, Barack Obama annonce le départ des dernières troupes américaines encore présentes en Irak d'ici à la fin de l'année 2011.

Les troupes américaines quittent un pays qui est très loin d'être pacifié. L'Irak continue en effet d'être très régulièrement ensanglanté. Quelque 4 000 civils ont été tués en 2010 selon les autorités irakiennes. Le 15 août 2011, une série d'attentats simultanés dans 18 villes tuent encore 74 personnes. Attentats et assassinats visent plus particulièrement policiers et soldats, représentants du nouvel État irakien, et les chiites. Les chrétiens, qui constituent 3 % de la population, sont aussi pris pour cible. Le 31 octobre 2010, lors d'une prise d'otages dans la cathédrale de Bagdad revendiquée par Al-Qaida, 46 chrétiens ont ainsi été tués. Enfin, la situation de la jeune démocratie irakienne apparaît encore très instable. À la suite des élections de mars 2010, le pays s'est retrouvé sans gouvernement pendant neuf mois avant que le Premier ministre sortant Nouri al-Maliki ne parvienne à former un gouvernement de coalition en décembre 2010.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Réalisé pour illustrer le départ des derniers contingents américains d'Irak prévu quelques jours après, ce sujet ne propose pas d'analyse des causes et des conséquences de ce rapatriement. Il n'offre pas non plus de rétrospective de la présence américaine en Irak depuis 2003. Composé de trois parties distinctes, il prend la forme d'un petit documentaire. Les journalistes ont choisi un traitement de proximité, sauf dans la dernière séquence, consacrée à la transmission de la base de Kirkouk de l'armée américaine à l'armée irakienne. La plupart des images, hormis donc celles de Kirkouk, ont ainsi été tournées sur la base texane de Fort Bliss, comme en témoigne le plateau en situation de Loïc de La Mornais, l'envoyé spécial de France 2.

Le sujet donne d'abord à voir le retour sur le sol américain d'une unité en provenance d'Irak. Puis il suit un soldat choisi parmi tous les autres, depuis ses retrouvailles avec sa famille sur la base militaire jusqu'à son retour chez lui. Dans les deux cas, et plus encore dans la focalisation faite sur le sergent Jason Stagner, il s'agit de rendre concret le retour des soldats américains et le soulagement de leurs familles après des mois de séparation.

Ce reportage met cependant surtout l'accent sur la minutieuse mise en scène du retour des soldats au pays organisée par l'armée américaine. De leurs premiers pas sur le sol américain jusqu'à leurs retrouvailles avec leurs familles, rien n'a été laissé au hasard par les autorités militaires pour célébrer ces soldats comme des héros. Et à travers eux, c'est l'US Army et son action en Irak qui se voient célébrées. La cérémonie organisée pour fêter le retour des soldats au pays prend la forme d'une propagande à la gloire des États-Unis et de leur armée. Dès leur descente d'avion, les soldats sont ainsi accueillis par la fanfare et d'autres soldats. Le processus de libération proprement dit fait même l'objet d'un véritable show. Un chauffeur de salle prépare les familles avant l'arrivée des soldats comme si elles se trouvaient sur le plateau d'une émission télévisée. Les images des soldats faisant leur entrée au milieu des fumigènes et avec des éclairages lasers sont également saisissantes : elles renforcent l'impression d'assister à un spectacle dont la chorégraphie a été réglée dans les moindres détails. Les scènes des familles applaudissant à l'approche de l'avion et de leurs retrouvailles avec les soldats participent elles aussi de l'orchestration de la cérémonie du retour des héros. L'US Army n'oublie personne dans sa mise en scène puisque même les enfants des soldats ont reçu leurs treillis.

Christophe Gracieux

Transcription

Nathanaël Rincquesen (de)
Sept ans après la chute de Saddam Hussein, les derniers GIs de combat de l’armée américaine viennent donc de quitter le territoire irakien. Les hommes de la brigade de l’infanterie sont arrivés la nuit dernière au Texas sur la base d’El Paso. Nos envoyés spéciaux ont assisté à ce retour très largement célébré par les autorités militaires. C’est le grand format de ce journal, il est signé Loïc de La Mornais et Laurent Desbois.
Loïc La Mornais (de)
Un point lumineux dans le ciel, les phares de la délivrance. C’est en pleine nuit que cet avion ramène leurs héros, un long voyage depuis l’Irak via le Koweït et l’Allemagne. Les familles campent depuis des heures, mais l’attente n’est pas terminée.
Intervenante
Je suis toute excitée, j’aimerais tellement qu’il soit déjà là.
Loïc La Mornais (de)
C’est loin, sur le tarmac que les vétérans poseront le pied sur le sol de la patrie. Fanfare, félicitations des camarades et un seul mot à la bouche.
Intervenant 1
On est vraiment content d’être de retour à la maison.
Loïc La Mornais (de)
Mais les soldats doivent d’abord passer une bien étrange douane. Restituer minutieusement tout leur armement. Le numéro de série de chaque fusil, de chaque viseur, est contrôlé.
Intervenant 2
46993
Intervenant 3
Bienvenue mon gars.
Loïc La Mornais (de)
Pendant ce temps, les familles rongent leur frein. L’armée a tout prévu pour les enfants, auprès de qui les mini tenues kaki font recette. L’armée a surtout tout prévu pour le show. Chauffeurs de salle, fumigènes, lasers, l’Amérique sait accueillir ses braves. Pour eux l’Irak se termine quand le général lâche : rompez les rangs !
(Bruit)
Loïc La Mornais (de)
Dans le maëlstrom des embrassades. Le sergent Jason Stagner finit par retrouver les siens. Il est parti quand sa petite fille avait trois semaines, elle a neuf mois aujourd’hui.
Jason Stagner
Ah, c’est sûr qu’elle a grandi.
Intervenante
Je suis contente qu’elle ne le regarde pas comme un inconnu. J’avais peur qu’elle pleure dans ses bras.
Loïc La Mornais (de)
Et c’est à une heure du matin que le voyage depuis Bagdad s’achève enfin à la maison pour de bon.
Intervenante
Voilà, il a tous ses cadeaux de Noël et de Pâques qui l’attendent.
Jason Stagner
En tout cas, on est tous satisfait du travail accompli. Il y a eu des élections en Irak, ce pays est sur de bons rails.
Loïc La Mornais (de)
Les familles de Fort Bliss seront en tout cas soulagées, il n’y aura plus de rotation en Irak. Dans la base qu’ils avaient créée à Kirkouk ; les GIs de la première brigade de combat ont définitivement passé la main à leurs homologues irakiens. Après un gâteau d’adieu, les Américains vont laisser progressivement ces soldats irakiens maîtres de leur destin, non sans quelques inquiétudes.
Loïc (de la) Mornais
Barak Obama a donc tenu sa promesse de campagne. Mais pour ces hommes de retour au pays, tout comme pour le Président américain, ça n’est sans doute pas la fin des problèmes. L’Amérique est en crise économique, le chômage s’aggrave chaque jour ; et l’on dispose maintenant des chiffres sur le coût de cette guerre. La guerre en Irak a coûté la somme astronomique de mille milliards de dollars ; c’est l’équivalent de quatre années du budget de l’Etat français.