Manifestations contre la réforme des retraites présentée par le gouvernement Fillon

07 septembre 2010
02m 45s
Réf. 04932

Notice

Résumé :

Le 7 septembre 2010, des manifestations sont organisées dans toute la France contre la réforme des retraites proposée par le gouvernement Fillon. Dans plusieurs défilés, des manifestants évoquent les raisons qui les poussent à s'opposer à cette réforme conduite par le ministre du Travail Éric Woerth.

Date de diffusion :
07 septembre 2010
Source :
A2 (Collection: 20 heures )
Personnalité(s) :

Contexte historique

En raison du déficit croissant de l'assurance-vieillesse, la réforme des retraites est devenue une question centrale, qui est régulièrement revenue sur le devant de la scène politique à partir du milieu des années 1990. Après l'échec de la réforme des régimes spéciaux de retraite par Alain Juppé en 1995, le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, sous l'impulsion du ministre des Affaires sociales d'alors, François Fillon, était parvenu à conduire en 2003 une réforme des retraites en dépit d'une mobilisation massive dans la fonction publique : la durée de cotisation des fonctionnaires était progressivement alignée sur celle des salariés du secteur privé. Puis, en 2007, malgré un nouveau mouvement de grèves, le gouvernement de François Fillon avait mis en place la réforme des régimes spéciaux de retraite dont bénéficient les agents de certaines grandes entreprises publiques comme la SNCF, la RATP ou EDF. Désormais alignée sur celle des salariés du privé, la durée de leur cotisation avait été portée à 40 ans au lieu de 37,5 ans auparavant.

Le président de la République Nicolas Sarkozy souhaite ensuite en 2010 l'adoption d'une nouvelle réforme des retraites, dont il fait un des principaux objectifs de la seconde moitié de son quinquennat. Conduite par le ministre du Travail Éric Woerth, malgré son implication dans l'affaire Bettencourt, cette réforme prévoit de relever progressivement l'âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans. Elle reporte également le départ en retraite à un taux plein de 65 à 67 ans.

Dès son annonce, la réforme des retraites suscite l'opposition des syndicats qui organisent deux premières journées de manifestations en mars et juin 2010. Mais c'est surtout à partir de la présentation du projet de loi au Parlement le 7 septembre 2010 par Éric Woerth que la mobilisation prend de l'ampleur. Ce jour-là, 2,5 millions de manifestants descendent dans la rue d'après les syndicats et 1,12 million selon le ministère de l'Intérieur. Dès lors, la contestation sociale va durer deux mois. Ce que rejettent surtout les syndicats et la majorité de l'opinion publique, c'est la fin de la retraite à 60 ans, réforme emblématique du gouvernement de Pierre Mauroy, adoptée en 1983. L'élévation de l'âge de la retraite est en effet perçue comme un recul social.

Huit journées nationales d'action contre la réforme des retraites sont ainsi organisées par les syndicats du 7 septembre au 6 novembre 2010. Elles rassemblent jusqu'à 3,5 millions de manifestants le 12 octobre selon les organisations syndicales et 1,23 million selon la police, gagnant aussi une partie des lycéens. Des grèves reconductibles éclatent en outre en octobre dans les transports, à la SNCF et à la RATP, mais aussi à EDF, GDF-Suez et à la Poste. Des actions spectaculaires sont également organisées : les raffineries et les dépôts de carburants sont bloqués pendant plusieurs jours et des barrages sont installés par les transporteurs routiers.

Toutefois, de même qu'au printemps 2003 et à l'automne 2007 les grèves avaient échoué à faire reculer les gouvernements Raffarin et Fillon sur les précédentes réformes des retraites, le mouvement social de l'automne 2010 s'essouffle lui aussi progressivement devant la fermeté affichée par Nicolas Sarkozy et François Fillon. Le déblocage des dépôts de carburants est ainsi ordonné par le président de la République le 19 octobre et les grèves cessent peu à peu. La loi est quant à elle définitivement adoptée par le Sénat le 26 octobre et par l'Assemblée nationale le lendemain. Ensuite validée par le Conseil constitutionnel, saisi par la gauche, elle est promulguée le 10 décembre 2010 par le président de la République. L'âge de la retraite est ainsi relevé de 60 à 62 ans.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage fait l'ouverture du journal télévisé de 20 heures de France 2 le 7 septembre 2010. L'ordre des sujets au sein d'un journal télévisé n'est jamais anodin. Il témoigne de la hiérarchie des informations du jour aux yeux de la rédaction d'une chaîne. L'information retenue pour ouvrir un journal est en effet considérée comme la principale de la journée. La rédaction de France 2 a ainsi estimé que les manifestations contre la réforme des retraites constituaient l'information principale de la journée du 7 septembre 2010 et que de ce fait elles devaient être placées en ouverture du journal de 20 heures.

Le sujet propose un tour de France des manifestations : il présente un montage de plans filmés dans des défilés à Paris, Rennes, Strasbourg, Lyon, Poitiers et Saint-Denis de La Réunion. Les images de ce reportage ne se différencient donc pas de celles qui composent ordinairement les sujets consacrés aux manifestations. Ce sujet donne à voir les scènes classiques des défilés de rue : les rangs serrés de manifestants progressant sur la voie publique et les banderoles, ballons et drapeaux sur lesquels sont inscrits slogans et emblèmes des syndicats. Les téléspectateurs sont également plongés dans l'univers sonore de la manifestation. C'est un bourdonnement incessant, émaillé de coups de sifflets ou de tambours et de slogans lancés par mégaphone.

Mais ce n'est pas le décorum usuel des manifestations qui retient ici principalement l'attention des journalistes. Ce qui les intéresse avant tout, c'est d'essayer de faire comprendre les motifs personnels qui poussent les manifestants à descendre dans la rue contre la réforme des retraites. La plupart du reportage est donc constitué de témoignages recueillis auprès de manifestants par des équipes d'envoyés spéciaux au sein de plusieurs cortèges. Il s'agit de proposer un éventail de cas individuels afin de rendre plus concrète pour les téléspectateurs l'opposition au relèvement de l'âge de la retraite. Qu'il émane de salariés, de retraités ou d'étudiants, le refus de la réforme se fonde essentiellement sur des situations personnelles. À aucun moment, hormis lors de l'évocation de la situation du ministre du Travail Éric Woerth, ce sujet ne prend ainsi de connotation politique. Il ne présente ainsi aucune image des responsables syndicaux ou politiques, ni ne relie la mobilisation sociale au contexte politique général.

Christophe Gracieux

Transcription

David Pujadas
Bienvenue dans ce journal. La rue a donc rendu son verdict face à la réforme des retraites. Et ce soir, le constat est là, il y avait du monde, beaucoup de monde dans les cortèges, 220 rassemblements au total. Avant d’entendre les leaders syndicaux, d’abord petit tour de France de ces manifestations, Caroline Thébaud et Daniel Lévy, avec nos bureaux en régions.
Caroline Thébaud
Ils sont très nombreux à avoir répondu à l’appel des syndicats. Aujourd’hui c’est bien la rentrée sociale avec dans les rangs parisiens, toujours ce "non" à la retraite à 62 ans.
Intervenant 1
Moi, j’ai commencé à travailler à 18 ans. Aujourd’hui, je vais finir à 62 ans. Il y a de moins en moins de salariés, on vous demande de plus en plus de travail, comment vous voulez arrêter à 62 ans ? Ce n’est pas possible. Nous sommes à deux dans les services pour 30 malades ! Déjà à 55 ans, on est déjà usé.
Caroline Thébaud
Beaucoup racontent leur pénibilité au quotidien. Exemple ici à Rennes avec ceux qui travaillent dans les centres d’appel.
Intervenant 2
Nous passons des heures, assis face à un écran d’ordinateur à répondre à des gens. Donc pression énorme sur les chiffres. Ambiance très bruyante. Beaucoup maintenant s’en rendent compte, beaucoup de maladies liées à ce travail-là.
Caroline Thébaud
Dans les cortèges, beaucoup de femmes dont les carrières ont souvent été interrompues. C’est le cas à Strasbourg.
Intervenant 2
J’ai travaillé à temps partiel et puis j’ai pris un congé parental. Et donc pour l’instant, je fais une simulation après 20 ans de carrière, 680 euros bruts.
Caroline Thébaud
Une retraite à quel prix ? A Lyon aussi, sous la pluie, c’est une question que beaucoup se posent, notamment ceux qui ont commencé très jeunes.
Intervenant 3
J’ai commencé à 17 ans, 16 ans même, en tant qu’apprenti. J’ai suffisamment cotisé, j’ai 44 ans de cotisations.
Intervenant 4
Je me suis arrêté à 57 ans, parce qu’à l’époque, on le pouvait encore. Et je suis complètement cassé. Alors je ne vois pas comment les gens qui font des boulots pénibles peuvent travailler jusqu’à 62 ans.
Caroline Thébaud
Des retraités solidaires et des étudiants inquiets. A Poitiers comme ailleurs, la retraite mobilise toute les générations.
Intervenant 5
On a un peu l’impression qu’on ne l’aura jamais, donc... Enfin, moi, pour ma part, je n’ai pas l’impression de… Je pense qu’il faut se la préparer soi-même et…
Intervenant 6
Moi, j’avais encore à la pêche, à 60 ans, on peut avoir la pêche. Mais, je crois que le problème n’est pas de prendre sa retraite parce qu’on est crevé. Justement, mais de la prendre à un moment où on peut encore profiter de la vie.
Caroline Thébaud
Au cœur des critiques, le Président de la République et surtout le ministre qui conduit cette réforme.
Intervenant 7
Mais c’est vrai qu'il n'est pas crédible, et il le sait. Il a pensé tout l’été à quoi, toutes les affaires qui ressortaient semaine après semaine ?
Caroline Thébaud
Sur l’île de La Réunion, ils étaient presque deux fois plus nombreux que le 24 juin dernier. DOM TOM ou Métropole, pari réussi pour les syndicats.

Les enseignants de l'Éducation nationale disposent d'un accès gratuit à la version intégrale de Jalons depuis le portail Éduthèque.

Se connecter:

eduthèque