La médiatisation de la libération des 33 mineurs chiliens retenus sous terre

12 octobre 2010
02m 15s
Réf. 04934

Notice

Résumé :

Des centaines de journalistes du monde entier se sont installés autour de la mine de San José, dans le désert d'Atacama, au Chili : ils sont venus couvrir la prochaine libération des 33 mineurs chiliens retenus sous terre depuis l'éboulement de leur mine le 5 août 2010. Les familles des mineurs attendent aussi leur sortie.

Date de diffusion :
12 octobre 2010
Source :

Contexte historique

Le 5 août 2010, un éboulement a lieu dans la mine chilienne de cuivre et d'or de San José, près de la ville de Copiapo, dans le désert d'Atacama, à 830 kilomètres au nord de Santiago. Pris dans l'éboulement, 33 mineurs sont considérés comme morts. Cependant, le 22 août 2010, ils réussissent à donner signe de vie : ils transmettent un message – « nous allons bien, les 33, dans le refuge » – par le biais d'une sonde qui leur a été envoyée. Équipée d'une microcaméra, la sonde a également permis d'obtenir des images des rescapés. Les « 33 », comme ils vont désormais se faire appeler, sont en effet parvenus à se réfugier dans un abri souterrain d'environ 50 m2 situé à 688 mètres de profondeur. Ils ont ainsi survécu pendant dix-sept jours, s'alimentant chacun avec deux bouchées de thon en boîte et un demi-verre de lait par quarante-huit heures et buvant de l'eau de ruissellement.

Les opérations pour les remonter à la surface débutent alors. Mais, très complexes, elles durent plusieurs semaines : il s'agit de forer un puits de secours de quelque 700 mètres de profondeur. Pendant ce temps, les mineurs reçoivent régulièrement aliments, eau, kits de soins médicaux et vêtements de rechange, mais aussi messages de leurs proches et moyens de divertissements. Ils leur sont transmis à l'aide de petits tubes de métal qui sont descendus sous terre puis remontés à la surface. Les mineurs réalisent en outre eux-mêmes des vidéos qui montrent leurs conditions de vie et peuvent communiquer avec leurs familles.

Le courage et la capacité de résistance des « 33 » suscitent une vague d'émotion et d'admiration sans précédent au Chili, mais également dans le reste du monde. Plus de mille journalistes venus d'une quarantaine de pays envahissent ainsi le site de la mine. Les familles des mineurs s'installent elles aussi autour de la mine au « Camp de l'espoir » dès l'annonce de l'éboulement.

Finalement, après 69 jours de captivité sous terre, les 33 mineurs sont tous délivrés les 13 et 14 octobre 2010. Retransmise en direct dans le monde entier par de nombreuses télévisions et des sites internet, l'opération de sauvetage dure moins de 22 heures. Les mineurs sont remontés un par un à la surface dans une capsule métallique peinte aux couleurs du Chili, le long d'un puits de secours creusé dans la roche à 624 mètres de profondeur. L'ordre de sortie des mineurs a été minutieusement organisé : sont d'abord remontés à la surface ceux qui ont été jugés les plus aptes à surmonter tout imprévu, suivis des plus faibles physiquement et psychologiquement et enfin des plus forts. C'est Lucho Uruzua, leader des « 33 » pendant leur captivité, qui est sorti en dernier. Venu déjà plusieurs fois sur les lieux de l'accident, le président de la République chilienne Sebastián Piñera salue chaque mineur à sa sortie. Le succès du sauvetage des « 33 » fait ainsi fortement croître sa côte de popularité, alors qu'elle était en nette baisse avant l'éboulement de la mine de San José. Quant aux mineurs, devenus de véritables héros nationaux au Chili, ils doivent faire face à de nombreuses sollicitations peu après leur retour à la surface.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé à la veille de la libération des 33 mineurs chiliens, ce reportage ne s'intéresse pas à l'opération de sauvetage. Il ne se préoccupe pas non plus des mineurs ni de ce qu'ont été leurs conditions de vie sous terre. Le choix a été fait de mettre l'accent sur l'extrême médiatisation qu'a engendré cet événement : plus de mille journalistes originaires d'une quarantaine de pays sont venus s'installer dans le campement implanté au milieu du désert d'Atacama. La plupart des images du sujet réalisé par l'équipe de France 2 témoignent ainsi de l'omniprésence des médias. Ce reportage constitue en cela une véritable mise en abyme : des journalistes filment d'autres journalistes. Le plan saisissant des alentours de la mine de San José encombrés de nombreux camions régies équipés d'antennes satellites donne tout son sens à l'expression de « cirque médiatique ». La densité médiatique apparaît si forte que la place fait défaut, alors que le site se trouve en plein milieu du désert. L'équipe de reportage d'une chaîne de télévision se retrouve ainsi contrainte à s'installer sur un promontoire rocheux. Le témoignage d'un photographe chilien, déclarant que sur chacune de ses images il y a une antenne ou une caméra, confirme le très important déploiement des médias. Du reste, si les envoyés spéciaux de France 2 témoignent de ce cirque médiatique, ils y prennent eux-mêmes part.

Par-delà l'omniprésence des médias autour de la mine, le sujet donne aussi à voir leur frénésie. Elle est telle que la foreuse qui participe aux opérations de sauvetage est elle-même assaillie par les photographes et les cameramen. La présentatrice du journal télévisé Élise Lucet note également que « les officiels ne peuvent plus faire un pas sans les caméras ». Le reportage montre que cette expression est à prendre au sens littéral : un ministre chilien est littéralement happé par une nuée de journalistes, photographes et cameramen. Il ne se fraie un chemin que très difficilement au milieu de la cohue provoquée par les envoyés spéciaux.

Les hommes politiques chiliens, à commencer par le président de la République Sebastián Piñera et le ministre des Mines Laurence Golborne, ont d'ailleurs été les premiers à profiter de la médiatisation de l'opération de sauvetage des mineurs. Sebastián Piñera n'a ainsi pas hésité à se rendre à plusieurs reprises sur le site et à se montrer aux côtés des familles des mineurs. Il a également assisté à leur libération, saluant chacun des « 33 » à sa sortie devant les caméras de télévision. Dans le même temps, sa côte de popularité remonte en flèche.

À l'omniprésence et à l'agitation des médias internationaux présents autour de la mine, le sujet oppose le calme des familles qui attendent la sortie de leur proche et patientent en chantant et jouant de la guitare. La frénésie médiatique contraste également bien évidemment avec le silence dans lequel sont plongés les « 33 » sous terre.

Leur libération fait par la suite elle aussi l'objet d'une très forte médiatisation : l'événement est suivi en direct par des millions de téléspectateurs et d'internautes dans le monde. La sortie de chacun des trente-trois mineurs, remonté par une capsule, prend ainsi une dimension médiatique planétaire. Dès leur libération, ils reçoivent de nombreuses propositions de chaînes de télévision et d'agences de communication pour raconter leur survie sous terre pendant 69 jours. Un film racontant leur histoire est même prévu.

Christophe Gracieux

Transcription

Elise Lucet
Au Chili en revanche, c’est l’espoir qui prédomine : les premiers mineurs devraient être extraits de leur galerie la nuit prochaine, après une opération de secours sans précédent. Sur place, on fait tout pour préparer leur retour à la surface et les préserver, mais ce n’est pas si simple. Il y a des centaines de journalistes, les officiels ne peuvent plus faire un pas sans les caméras. Reportage de nos envoyés spéciaux, Franck Genauzeau, Tristan Lebras.
Franck Genauzeau
Une foreuse escortée par la police, et assaillie par les photographes. Des ministres qui ont bien du mal à se frayer un chemin au milieu des objectifs. Dans le camp Esperanza, il faut parfois une bonne dose de courage pour affronter les journalistes venus du monde entier. La mine de San José est devenue un immense village médiatique. Mille journalistes regroupés sur l’équivalent de deux terrains de football. Alors certaines chaînes n’hésitent pas à utiliser toute la place.
Rodrigo Gomez Rovira
Sur toutes mes images, il y a une antenne, une caméra, un gringo.
Franck Genauzeau
En quelques semaines, les terres arides de l’Atacama ont vu naître une petite ville au milieu du désert. Avec son immense quartier dortoir, mais une cuisine miniature où l’on prépare tant bien que mal quelques 800 repas par jour. Qu’est-ce que vous cuisinez ?
Intervenant
C’est du porotos, avec des haricots et des carottes. C’est typiquement chilien.
Franck Genauzeau
Les proches des mineurs essaient quant à eux de se protéger du tumulte. La famille Gomez vit ici depuis plus de deux mois. Et les dernières heures d’attente sont difficiles à vivre.
Lilianette Gomez
Je suis tendue, anxieuse. Je veux juste qu’il sorte, que je puisse le prendre dans mes bras. Je vais lui dire que je l’aime et que je ne veux plus jamais qu’on se sépare.
Franck Genauzeau
Pour se donner du courage, les familles entonnent régulièrement des chants religieux. Comme une dernière prière, en attendant la délivrance.