Visite d'État en France du président chinois Hu Jintao

04 novembre 2010
02m 20s
Réf. 04935

Notice

Résumé :

En novembre 2010, le président chinois Hu Jintao effectue une visite d'État en France. Reçu par Nicolas Sarkozy, il participe à une cérémonie de signatures de contrats économiques à l'Élysée. Des associations de défense de droits de l'homme dénoncent sa venue et demandent la libération du prix Nobel de la paix Liu Xiaobo, emprisonné pour dissidence.

Date de diffusion :
04 novembre 2010
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

En 2010, le prix Nobel de la paix est attribué au dissident chinois Liu Xiaobo, alors emprisonné. Né en 1955, ce professeur de littérature chinoise est un militant des droits de l'homme. Intellectuel engagé, il est l'auteur de nombreuses diatribes contre le régime communiste à partir de la répression sanglante de la place Tienanmen en juin 1989. D'abord interdit de publication à la suite de ces événements, il est placé en camp de travail de 1996 à 1999 pour avoir signé une pétition favorable à une coopération entre la République populaire de Chine et Taïwan. En décembre 2008, il lance avec Zhang Zuhua la Charte 08, manifeste appelant à la démocratisation et à un plus grand respect des droits de l'homme en Chine. À la veille de la publication de ce texte signé par 300 intellectuels, il est arrêté par la police chinoise. Après un simulacre de procès, il est condamné le 25 décembre 2009 à 11 ans de prison pour incitation à la subversion, malgré les appels à sa libération lancés par les pays occidentaux. Pour protester contre cette sentence et distinguer son engagement en faveur de la démocratie en Chine, le comité Nobel décide ainsi de lui attribuer le prix Nobel de la paix le 8 octobre 2010 : le dissident se voit honorer pour son « long combat non violent (...) en faveur des droits fondamentaux en Chine. »

Furieux contre l'attribution de cette distinction qui offre une caisse de résonnance mondiale au combat des militants chinois des droits de l'homme, Pékin réagit en censurant immédiatement cette annonce dans les médias et sur internet. Le simple fait d'envoyer un SMS avec le nom de Liu Xiaobo est même rendu impossible, tandis que des articles de propagande présentent le dissident comme un antichinois à la solde de l'Occident. Les militants et les intellectuels démocratiques sont en outre placés sous étroite surveillance. D'abord autorisée à rendre visite à son mari au lendemain de l'attribution de son prix Nobel, Liu Xia, l'épouse de Liu Xiaobo, est elle-même ensuite placée en résidence surveillée.

La Chine menace par ailleurs de mesures de rétorsion les États qui apporteraient leur soutien à cette distinction. De fait, vingt pays, dont la Russie, n'envoient pas de représentants à la cérémonie de remise du prix Nobel de la paix. L'ambassadeur norvégien – le siège du comité Nobel se trouve à Oslo – est même convoqué par le gouvernement chinois. Les dirigeants occidentaux s'avèrent de fait très mesurés dans leurs réactions à l'attribution du prix Nobel de la paix à Liu Xiaobo : ils sont désireux de ne pas altérer leurs relations avec Pékin, comme elles ont pu l'être au sujet du Tibet, occupé par la Chine depuis 1950, et du dialogue instauré avec le dalaï-lama, lui-même décoré du prix Nobel de la paix en 1989. Le président français Nicolas Sarkozy s'abstient ainsi de réaction officielle, laissant son ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner saluer ce prix et appeler à la libération du dissident chinois. Le président américain Barack Obama, précédent lauréat du prix Nobel de la paix en 2009, appelle également Pékin à libérer Liu Xiaobo, estimant que les réformes politiques doivent désormais suivre le rythme des réformes économiques chinoises.

La cérémonie de remise du prix Nobel de la paix se déroule donc le 10 décembre 2010 à Oslo en l'absence du dissident chinois, enfermé dans la prison de Jinzhou : le diplôme et le prix Nobel sont déposés sur une chaise vide. Aucun membre de la famille de Liu Xiaobo n'assiste à la cérémonie, les autorités chinoises leur ayant refusé l'autorisation de sortir du territoire.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage traite de la visite d'État du président chinois Hu Jintao en France. Sa composition obéit aux canons du genre des sujets consacrés aux voyages officiels de responsables politiques. Il en donne ainsi à voir tout le protocole. La visite d'État représente en effet le plus haut degré de déplacement d'un chef d'État ou de gouvernement en France. Les autres catégories de visites, plus fréquentes que les visites d'État sont les visites officielles, celles de travail et les visites privées. Le service du Protocole a précisément pour mission, au sein du ministère des Affaires étrangères, d'organiser les visites de responsables étrangers en France et de veiller au respect des règles protocolaires. C'est lors d'une visite d'État que les plus grands honneurs sont rendus à un chef d'État étranger. Le présentateur du journal télévisé David Pujadas parle donc à juste titre dans son lancement plateau d'une « visite en grande pompe ». Le dirigeant qui effectue une visite d'État a en effet droit à une escorte de la garde républicaine à cheval jusqu'à l'hôtel Marigny, son lieu de résidence pendant son séjour parisien. Il n'est donc pas surprenant que le reportage s'ouvre sur des images du convoi officiel du président chinois Hu Jintao suivi de la garde républicaine sur le boulevard des Invalides puis les Champs-Élysées.

Tout dirigeant étranger effectuant une visite d'État doit faire l'objet d'un accueil particulier de la part des plus hautes autorités à son arrivée sur le sol français. Ainsi, Hu Jintao et son épouse sont accueillis à leur descente d'avion par le président de la République Nicolas Sarkozy lui-même et son épouse Carla Bruni-Sarkozy. Le tapis rouge est également déployé pour accueillir le dirigeant étranger. Le protocole prévoit que les deux chefs d'État doivent ensuite passer ensemble en revue les troupes qui rendent les honneurs au visiteur étranger sur le tarmac de l'aéroport, au son de la musique militaire.

De même, les cérémonies de signatures de contrats économiques, souvent organisées lors de visites d'État, obéissent à de minutieuses règles protocolaires qu'illustre le reportage. Les signataires doivent s'installer à une table commune sur laquelle et derrière laquelle se trouvent les drapeaux des deux nations séparés par le drapeau de l'Union européenne. Ici, Nicolas Sarkozy et Hu Jintao ont fait une petite entorse au protocole : oubliant que c'était le rôle des chefs d'entreprise, ils étaient prêts à signer les contrats. Le protocole ensuite rétabli, le sujet donne à voir les images classiques des signatures de contrats couvertes par des infographies qui présentent le contenu de ces contrats. Il est à noter qu'on ne voit aucun plan du dîner de réception officielle organisé à l'Élysée en l'honneur du chef d'État étranger. Il n'est que suggéré par les images de Nicolas Sarkozy raccompagnant Hu Jintao sur le perron de l'Élysée.

Le reportage ne délaisse la pompe protocolaire de la visite d'État que dans sa séquence finale. Il montre alors les opposants qui manifestent contre la venue de Hu Jintao et pour la libération du prix Nobel de la paix Liu Xiaobo. Cet aspect critique ne constitue toutefois qu'une part minime du sujet : la cérémonie de signature des contrats signés par la France avec la Chine occupe plus de temps que l'évocation de la répression des militants chinois des droits de l'homme.

Christophe Gracieux

Transcription

David Pujadas
Autre titre de l’actualité, la France à l’heure chinoise. La visite en grande pompe du Président Hu Jintao a commencé tout à l’heure. Oubliée la flamme olympique ou la rencontre avec le Dalai Lama. La priorité est au réchauffement des relations entre Paris et Pékin. Philippe Rochot, David Dameda.
Philippe Rochot
La Garde Républicaine, à cheval sur les Champs-Élysées pour accompagner le Président chinois à sa résidence. C’est la marque d’honneur réservée aux hôtes pour les visites d’Etat et la communauté chinoise de Paris n’a pas voulu manquer l’événement. Le Président chinois était arrivé à 13 heures à Orly pour une visite de trois jours en France, considérée comme celle de la réconciliation. Le protocole veut que les épouses soient aussi du voyage. Aux côtés de Hu Jintao et de Nicolas Sarkozy, Liu Yongging en manteau violet et Carla Bruni étaient donc là. Le ton de cette visite avait été donné deux heures avant par le Président de la République en visite à Troyes.
Nicolas Sarkozy
Vous savez, la Chine, n’est pas simplement, ne doit pas être vécue comme un risque mais comme une opportunité.
Philippe Rochot
Et c’est à l’Elysée que s’est joué l’essentiel de cette visite ; avec la signature des contrats que les deux présidents voulaient même signer à la place des chefs d’entreprise. Total va construire une usine pétrochimique ; 102 Airbus sont vendus à la Chine pour 10 milliards d’euros ; Alcatel décroche un contrat d’un milliard, Areva une promesse de vente d’uranium de 3 milliards d’euros. Montant total de tous les contrats, près de 17 milliards d’euros. Mais ces milliards inquiètent les associations de défense des droits de l’homme. Elles savent que Nicolas Sarkozy ne s’engagera guère cette fois dans la défense du Tibet ou dans celle du Nobel de la paix, Liu Xiaobo, qui purge une peine de 11 ans de prison. Paris ne veut pas s’attirer la colère du gouvernement chinois.
Geneviève Garrigos
Il y a quelques semaines, tout le monde s’était mobilisé, et avait déclaré que le gouvernement chinois devait libérer Liu Xiaobo, le prix Nobel de la paix ; on n’en parle plus du tout aujourd’hui. Et bien nous sommes là pour rappeler qu’il doit être libéré.
Philippe Rochot
Pour cela sans doute, le chef de l’Etat chinois ne donnera pas de conférence de presse et se contentera du discours prononcé pendant les toasts du dîner de l’Elysée.

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