Remaniement du gouvernement Fillon en novembre 2010

14 novembre 2010
01m 41s
Réf. 04936

Notice

Résumé :

Le gouvernement de François Fillon est remanié par Nicolas Sarkozy le 14 novembre 2010. Outre Jean-Louis Borloo, la secrétaire d'État aux Sports Rama Yade, la secrétaire d'État à la Politique de la Ville Fadela Amara, le ministre du Travail Éric Woerth et le ministre de la Défense Hervé Morin sont les principaux partants du gouvernement.

Date de diffusion :
14 novembre 2010
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

Nommé Premier ministre le 17 mai 2007 à la suite de l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, François Fillon avait formé un second gouvernement dès le 19 juin suivant. Nicolas Sarkozy décide ensuite, en novembre 2010, de remanier pour la seconde fois son gouvernement. Conformément à la Constitution, François Fillon remet donc sa démission au président de la République le 13 novembre 2010. Le lendemain, il est de nouveau nommé Premier ministre par Nicolas Sarkozy. Après avoir longtemps hésité à nommer à sa place le ministre de l'Écologie Jean-Louis Borloo, de sensibilité plus centriste, le président de la République a finalement fait le choix de conserver François Fillon. Ce dernier, qui est parvenu à convaincre Nicolas Sarkozy de le garder, doit ainsi normalement rester en place jusqu'à l'élection présidentielle de mai 2012, ce qui lui permettra de battre le record de durée comme Premier ministre sous la Ve République : il sera resté à la tête du gouvernement pendant l'intégralité du quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Dans la foulée de sa reconduction, le 14 novembre 2010, François Fillon forme un nouveau gouvernement, réduit à 30 membres contre 37 dans l'équipe précédente, et comprenant 11 femmes. Ce troisième gouvernement Fillon rompt avec la stratégie d'ouverture vers la gauche voulue par Nicolas Sarkozy à son arrivée à l'Élysée en 2007. Le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, personnalité socialiste appréciée de l'opinion, est ainsi écarté, de même que le secrétaire d'État à la Défense et aux Anciens combattants, l'ancien socialiste Jean-Marie Bockel. Parmi les autres partants du gouvernement figurent en outre deux figures de la diversité : la secrétaire d'État aux Sports Rama Yade et celle à la Politique de la Ville Fadela Amara, l'ancienne fondatrice de Ni putes ni soumises.

De l'avis de la plupart des observateurs politiques, Nicolas Sarkozy et François Fillon ont fait le choix de former un gouvernement resserré sur l'UMP, et même plus particulièrement sur les anciens dirigeants du RPR, en vue de préparer la campagne présidentielle de 2012. La première secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry parle même d'un remaniement « essentiellement clanique ». L'ancien Premier ministre chiraquien Alain Juppé fait en effet son retour au gouvernement comme ministre de la Défense en remplacement du centriste Hervé Morin, tandis que Michèle Alliot-Marie quitte le ministère de la Justice pour celui des Affaires étrangères. Le secrétaire général de l'UMP Xavier Bertrand est, lui, nommé ministre du Travail, de l'Emploi et de la Santé à la place d'Éric Woerth, non reconduit en raison de son implication dans l'affaire Bettencourt. Le ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale, créé en 2007 par Nicolas Sarkozy, est quant à lui supprimé ; l'ancien transfuge du Parti socialiste Eric Besson, qui en était titulaire, devient ministre de l'Industrie. Enfin, longtemps pressenti pour Matignon, Jean-Louis Borloo décide pour sa part de quitter le gouvernement.

Ce troisième gouvernement Fillon est par la suite remanié à deux reprises en 2011. D'abord le 29 février 2011, en raison des polémiques autour des relations de Michèle Alliot-Marie avec le régime tunisien de Ben Ali, renversé peu avant par la « révolte du jasmin », l'ancienne présidente du RPR cède le ministère des Affaires étrangères à Alain Juppé. Celui-ci est lui-même remplacé à la Défense par Gérard Longuet. Remplacé de son côté par le secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant, Brice Hortefeux abandonne le ministère de l'Intérieur pour préparer la campagne présidentielle de 2012. Puis, le 29 juin 2011, le chiraquien François Baroin quitte le Budget pour le ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie au lendemain de la nomination de Christine Lagarde comme directrice du Fonds monétaire international.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet a été diffusé le soir même du remaniement du gouvernement de François Fillon, le 14 novembre 2010. Il figurait au sein d'une édition spéciale du journal télévisé de 20 heures consacrée à cet événement. C'est ce qu'indiquent l'incrustation « remaniement » en haut à gauche de l'écran ainsi que la présence sur le plateau du journal de trois journalistes et analystes de la vie politique.

Comme la plupart des reportages consacrés aux formations ou aux remaniements de gouvernements, ce sujet s'intéresse avant tout à des individus. Il ne s'agit pas d'analyser le contexte politique général mais de présenter les personnalités qui intègrent ou quittent le gouvernement. Le sujet de France 2 ne porte ici pas sur les nouveaux titulaires de portefeuilles ministériels ; le commentaire ne fait même pas mention de leur nom. Il apparaît exclusivement centré sur quatre personnalités politiques qui quittent le gouvernement Fillon : Rama Yade, Fadela Amera, Éric Woerth et Hervé Morin. Ce sont « les grands partants » selon les mots du présentateur Laurent Delahousse. Pourtant, outre le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, lui aussi non mentionné, le principal partant du gouvernement s'avère être le ministre de l'Écologie Jean-Louis Borloo. De par son poids politique et son rôle clé dans le remaniement, puisqu'il a un moment été pressenti pour prendre la succession de François Fillon à Matignon, il fait l'objet d'un sujet spécifique, diffusé avant celui-ci.

Ce reportage se contente donc de passer en revue chacun des « grands partants ». Ils sont traités de manière juxtaposée, sans qu'aucun lien ne soit établi entre eux. La présentation de chacun des anciens membres du gouvernement Fillon obéit toutefois aux mêmes règles formelles : après la diffusion d'une animation infographique défile un montage d'images d'archives qui donnent à voir chacun des partants dans ses anciennes fonctions ministérielles. L'ancien ministre de la Défense Hervé Morin est par exemple montré en visite auprès des soldats français en Afghanistan ou passant les troupes en revue. Plus qu'une rétrospective de leur action au gouvernement, ces images d'archives visent en fait à illustrer les raisons de leur renvoi. Pour chacun des quatre partants est proposé un rapide inventaire des motifs qui ont conduit à les écarter. Une typologie de l'éviction gouvernementale apparaît ainsi dans ce sujet. Un ministre ou un secrétaire d'État peut être écarté en raison de ses dissensions avec le président de la République ou le Premier ministre (Rama Yade, Fadela Amara et Hervé Morin), de l'échec de son action ministérielle (Rama Yade, Fadela Amara et Hervé Morin) ou de son implication personnelle dans une affaire (Éric Woerth).

Christophe Gracieux

Transcription

Laurent Delahousse
Coup de projecteur maintenant sur ceux qui quittent le gouvernement. On peut les qualifier de grands partants. On a parlé tout à l’heure de Jean-Louis Borloo, voici les autres, Hélène Hug, et on en parle avec Michaël juste après.
Hélène Hug
Symbole de la diversité, Rama Yade a usé et abusé de son statut de protégée de Nicolas Sarkozy. Son franc-parler, ses critiques sur la visite du colonel Kadhafi ou sur le discours de Dakar ; son refus de se présenter aux élections européennes ont fini par mettre le chef de l’Etat en colère. De surcroît elle l’a déçu aux sports, il se sépare de celle qui restait pourtant l’une des ministres les plus populaires du gouvernement. Autre figure de la diversité, Fadela Amara était en sursis depuis plusieurs mois. Son plan Marshall pour les banlieues n’a jamais vraiment vu le jour ; et la secrétaire d’Etat à la ville ne faisait plus mystère de sa mésentente avec François Fillon qu’elle avait récemment traité de bourgeois de la Sarthe. Elle avait ouvertement soutenu Jean-Louis Borloo pour Matignon.
Eric Woerth
D’ailleurs je ne me vois pas en retraite à 54 ans, donc ce que j’ai, ce serait une vraie préretraite.
Hélène Hug
Eric Woerth ne faisait pas mystère de son envie de rester au gouvernement, lui qui à aucun moment n’a démérité. Il a mené à son terme la réforme des retraites, réforme emblématique du quinquennat. Il pouvait rêver de Bercy, voire de Matignon. Mais éclaboussé par l’affaire Betancourt, Nicolas Sarkozy le sacrifie à 18 mois de la présidentielle. Hervé Morin était l’une des cautions centriste du gouvernement. Ancien lieutenant de François Bayrou, promu ministre de la défense pour prix de son ralliement. Avec son air dilettante, il n’a jamais convaincu Nicolas Sarkozy. Mais surtout il vient de lui faire un affront, il a décidé de se présenter à la présidentielle de 2012.

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