Un hypermarché Carrefour en Chine

15 mai 1997
02m 10s
Réf. 05003

Notice

Résumé :

À Shanghaï, en Chine, le groupe de distribution français Carrefour a ouvert un hypermarché qui fête son premier anniversaire. Ce magasin connaît un grand succès.

Date de diffusion :
15 mai 1997
Source :
A2 (Collection: MIDI 2 )
Personnalité(s) :
Lieux :

Contexte historique

Les firmes transnationales (FTN) sont désormais des acteurs majeurs de la mondialisation. Il s'agit des grandes entreprises dont les activités se déploient dans plusieurs pays mais qui conservent une forte implantation dans leur pays d'origine. Leur poids économique est devenu considérable depuis les années 1990 : il y a environ 82 000 firmes transnationales dans le monde, disposant de près de 900 000 filiales installées à l'étranger. Employant près de 80 millions de salariés, elles effectuent près de deux-tiers des échanges mondiaux et représentent plus du quart du produit intérieur brut mondial. Elles ont développé des stratégies d'implantation à l'échelle du monde et réalisent la plupart des investissements directs à l'étranger (IDE). 80 % du volume mondial de ceux-ci sont ainsi effectués par les 500 premières firmes transnationales.

Le groupe français de distribution Carrefour est l'une d'entre elles. Créé en 1959 par les familles Fournier et Defforey, il n'a en effet cessé de croître. Après un premier supermarché installé à Annecy en 1960, il ouvre le tout premier hypermarché français en juin 1963, à Sainte-Geneviève-des-Bois, dans l'Essonne. Disposant d'une surface de vente de 2 500 m2, ce magasin connaît immédiatement le succès. Carrefour se développe ensuite sur tout le territoire français avant de décider de s'implanter à l'étranger, à commencer par l'Europe. Des hypermarchés Carrefour ouvrent en Belgique en 1969, en Italie en 1972 et en Espagne en 1973. L'entreprise tente en outre de conquérir des marchés en Amérique latine en s'installant au Brésil en 1975 et en Argentine en 1982.

C'est toutefois dans les années 1990 qu'elle développe une véritable stratégie d'internationalisation notamment dans les pays émergents. Carrefour ouvre ainsi des hypermarchés en Asie : à Taïwan (1989), en Turquie (1993), en Malaisie (1994), en Chine (1995), en Corée du Sud et en Thaïlande (1996), à Singapour (1997) ou en Indonésie (1998). Elle continue également de s'étendre en Europe (Italie en 1993, Pologne en 1997) et en Amérique centrale et latine (Mexique en 1994, Chili et Colombie en 1998). En se déployant dans le monde, Carrefour s'est hissé au deuxième rang des distributeurs mondiaux derrière l'entreprise américaine Wal-Mart. Implantée dans 33 pays en 2013, il compte près de 10 000 magasins, dont plus de 4 300 magasins en Europe hors de France, 675 en Amérique latine et 370 en Asie. Il emploie en outre près de 400 000 personnes dans le monde dont plus de 40 000 en Chine où il est le cinquième groupe de distribution.

Toutefois, à l'instar de toutes les firmes transnationales, elle conserve un enracinement national. Elle maintient en effet son siège social en France, à Évry, avant un déménagement à Massy prévu en 2014. L'entreprise y possède par ailleurs plus de 4 630 magasins dont 220 hypermarchés et en est le plus gros employeur. Y réalisant 45 % de son chiffre d'affaires, Carrefour s'efforce même depuis le début des années 2010 de se recentrer sur son pays d'origine. Le groupe de distribution a ainsi cédé ses filiales en Thaïlande, au Japon, en Indonésie, en Malaisie ou en Colombie.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé dans le journal télévisé de France 2 le 15 mai 1997, ce reportage a été réalisé à l'occasion de la visite d'État du président de la République française Jacques Chirac en Chine. Présent sur place pendant quatre jours, le chef de l'État devait alors signer plusieurs contrats importants en faveur d'entreprises françaises. Aussi la rédaction de France 2 a-t-elle décidé d'illustrer la visite présidentielle par un sujet sur une firme française implantée en Chine. Son choix s'est porté sur le groupe de distribution Carrefour, deux ans après l'ouverture de son premier magasin chinois, à Pékin, et un an après celle d'un second, à Shanghaï. Le reportage est presque entièrement composé d'images filmées à l'intérieur de ce dernier magasin. Les interviews, de clients chinois et de la directrice française de l'hypermarché, ont elles aussi été réalisées dans ces lieux. Les seuls plans qui n'y ont pas été tournés sont ceux qui clôturent le sujet : ils montrent la ville de Shanghaï et le chantier de construction d'un second hypermarché.

En choisissant de s'intéresser au magasin de Shanghaï, les envoyés spéciaux de France 2 ont voulu traiter du succès de Carrefour en Chine. La plupart des images donnent en effet à voir un magasin qui ne désemplit pas. S'ouvrant sur des plans de la foule qui se presse à l'ouverture des portes, le sujet multiplie ensuite les images de rayons bondés. L'interview de la directrice de l'hypermarché confirme cette réussite par son évocation de longues files d'attente. Tout dans ce reportage célèbre le succès du groupe français, sans qu'aucune voix dissonante ne le remette en cause.

Ce reportage donne en outre à voir la conversion des Chinois à la société de consommation. C'est notamment ce que montrent l'achat de baguettes et d'une machine à laver. Toutefois, ce que le journaliste appelle « le bonheur capitaliste » n'est pas remis en perspective, notamment par rapport aux mutations économiques et politiques de la République de Chine populaire.

Enfin, il faut noter le jeu de mots dans le titre de l'incrustation du lancement du reportage : « Shanghaï. Le Carrefour du développement ». Il fait ainsi référence au scandale politico-financier qui avait éclaté en 1986 et dans lequel le ministre de la Coopération Christian Nucci avait été impliqué.

Christophe Gracieux

Transcription

Patrick Chêne
Alors à propos de la présence française en Chine, nous allons voir l’exemple du magasin Carrefour. Il est installé à Pékin depuis 95. Eh bien, aujourd'hui, Carrefour s’installe à Shanghai et connaît un vif succès. Voyez le reportage de Jean-Paul Chapelle et Michel Levasseur.
Jean-Paul Chapelle
Comme chaque matin, Carrefour est pris d’assaut. 20 000 clients, 7 jours sur 7, de 8h30 à 21h30. Depuis un an, Shanghai découvre la baguette française, symbole de prospérité occidentale. On peut se l’offrir pour 2 francs. Un luxe à la portée des caissières du magasin embauchées à 600 francs par mois.
Inconnue 1
Avant, au petit-déjeuner, on mangeait de la soupe de soja et des beignets. Mais après avoir goûté ce pain, c’est ça qu’on préfère.
Inconnue 2
J’achète ça pour mon fils qui a 14 ans, pour qu’il s’habitue aux produits français.
Jean-Paul Chapelle
95 % des produits restent typiquement chinois, fabriqués localement et vendus 20 % moins cher que dans les petits magasins. Résultat, pour son premier anniversaire, Carrefour a dû ouvrir 10 caisses supplémentaires.
Anne Casso
On a eu des scènes de panique, oui, pour l’anniversaire. On avait des queues qui, malheureusement, étaient trop longues. Tout était ouvert mais on avait des files d’attente de 40 minutes.
Jean-Paul Chapelle
Quand il s’agit d’acheter un lave-linge, là, le client n’est pas pressé. Il demande même à ce qu’on déballe devant lui l’article qu’il va emporter et pas un autre.
Inconnu 1
C’est pour bien vérifier qu’il n’y a pas de défaut. Ça me rassure. Parce que cette machine à laver, c’est quand même deux mois de salaire.
Jean-Paul Chapelle
Le bonheur dans la maison. C’est la traduction phonétique de Carrefour en chinois. Un bonheur capitaliste dans lequel se jette sans état d’âme la population de Shanghai, deux fois plus riche que la moyenne nationale.
Inconnue 3
Ce magasin, c’est bien pour le peuple chinois. C’est pratique et ce n’est pas cher.
Jean-Paul Chapelle
Et pour profiter de cette frénésie de consommation, Carrefour va ouvrir, à Shanghai, un deuxième hypermarché deux fois plus grand. Cette fois, il y aura en prime un parking : 350 places de voiture et 2000 places de vélo.

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