Manifestations à Seattle contre la conférence ministérielle de l'OMC

30 novembre 1999
02m 12s
Réf. 05005

Notice

Résumé :

À Seattle, aux États-Unis, le 30 novembre 1999, des manifestants opposés à la mondialisation tentent d'empêcher la tenue de la conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce. Ils défilent dans la rue, paralysent la circulation et empêchent les délégués des pays membres de se rendre au centre de conférences.

Date de diffusion :
30 novembre 1999
Source :
A2 (Collection: JA2 20H )
Personnalité(s) :

Contexte historique

En 1999, à Seattle, d'importantes manifestations ont eu lieu pendant la conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Le mouvement altermondialiste s'est alors offert sa première tribune mondiale.

Instituée le 15 avril 1994 par les accords de Marrakech et entrée en vigueur le 1er janvier 1995 pour succéder au GATT, l'OMC est chargée de libéraliser le commerce international. Elle organise une conférence ministérielle tous les deux ans qui rassemble tous ses États membres : elle constitue son organe suprême de décision. Après deux premières réunions à Singapour en 1996 et à Genève en 1998, l'OMC a ainsi décidé la tenue d'une troisième conférence à Seattle, ville du nord-ouest des États-Unis, du 30 novembre au 3 décembre 1999. Les ministres du Commerce des 135 pays membres et leurs délégations devaient à cette occasion ouvrir un nouveau cycle de négociations multilatérales de libéralisation des échanges, dit du « Millénaire ».

Cette conférence a toutefois été paralysée par des manifestations d'envergure. Des protestataires du monde entier se sont en effet rendus dans la capitale de l'État de Washington, mus par différentes motivations. Parmi eux se trouvaient des militants altermondialistes, tels que le responsable de la Confédération paysanne José Bové, mais aussi des agriculteurs, des écologistes, des syndicalistes, des étudiants et même des militants religieux. Par-delà leurs différences, ils se retrouvaient sur la contestation de l'OMC et de la mondialisation. Dès le 29 novembre 1999, veille de l'ouverture officielle de la réunion de l'OMC, un contre-sommet a été organisé par des ONG. Et le lendemain quelque 40 000 personnes ont défilé dans la rue contre la mondialisation libérale avec pour slogans : « Nous sommes des citoyens, pas des consommateurs », ou « la loi des multinationales n'est pas celle de la démocratie ». Ces manifestations ont même conduit à l'annulation de la cérémonie d'ouverture officielle des négociations de l'OMC. Les protestataires ont en effet réussi à bloquer l'accès des délégués au centre de conférences. Une très petite minorité de manifestants a en outre versé dans la violence, saccageant des commerces. Peu habituée aux manifestations de rue, la police locale s'est trouvée dépassée par la situation. Le gouverneur de l'État de Washington décréta même le couvre-feu.

Parallèlement aux manifestations, la conférence de l'OMC s'est elle-même soldée par un échec. Les pays participants ne sont alors pas parvenus à trouver un accord. Les États-Unis ont notamment refusé toute concession à l'Union européenne sur les subventions à l'agriculture. Les désaccords entre les pays du Nord et ceux du Sud sont également apparus rédhibitoires, les seconds s'estimant marginalisés par les premiers.

Les manifestations de Seattle ont par ailleurs permis à l'altermondialisme de s'affirmer au grand jour. Ce mouvement, qui conteste l'orientation libérale de la mondialisation et propose de mieux la contrôler et d'y introduire des dimensions sociales et environnementales, a ainsi profité de la présence des médias du monde entier venus couvrir le sommet de l'OMC. Les altermondialistes utilisent en effet massivement les médias, internet et les réseaux sociaux pour diffuser leurs idées et coordonner leurs actions à l'échelle de la planète.

En outre, à partir de Seattle, toutes les rencontres de dirigeants internationaux dont celles de l'OMC, du G8 et du G20, ont été l'occasion de manifestations de rue altermondialistes. Lors du sommet du G8 réuni à Gênes du 19 au 22 juillet 2001, elles se sont même transformées en émeutes. De violents affrontements ont alors éclaté avec les forces de l'ordre italiennes qui ont réagi brutalement, entraînant la mort d'un manifestant et en blessant quelque 600 autres. Parallèlement à ces actions, les altermondialistes ont institué à partir de janvier 2001 à Porto Alegre, au Brésil, un Forum social mondial, lieu de débats et de réflexions.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Réalisé par Étienne Leenhardt, correspondant de France 2 aux États-Unis après avoir été le présentateur du journal télévisé de la chaîne en 1994 et 1995, ce reportage est entièrement consacré aux manifestations qui ont eu lieu le jour même à Seattle contre l'ouverture de la conférence de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Il s'agit d'un sujet d'ambiance : il plonge le téléspectateur au cœur des actions menées par les protestataires. Ce reportage vise en effet à montrer la paralysie du sommet provoquée par les manifestants. Le présentateur de France 2 Claude Sérillon évoque du reste dans son lancement une « belle pagaille ». De même, un altermondialiste interrogé alors qu'il joue du tambour ne déguise pas le but du mouvement : « essayer de mettre le plus de foutoir possible » afin d'empêcher la tenue de la conférence de l'OMC.

Les actions des manifestants se distinguent donc par leur originalité : le blocage de la circulation des carrefours et la ronde de danseurs entourant une déléguée de l'OMC ne sont pas coutumiers des défilés de rue. Le but des protestataires est bien de tout faire pour paralyser l'ouverture de la conférence du sommet.

Les manifestants ont également recours au folklore traditionnel des démonstrations de rue. Ils défilent en effet avec des banderoles et des pancartes sur lesquels des slogans emblématiques de leur combat contre la mondialisation libérale sont inscrits : « People & Earth first » (« Les citoyens et la Terre d'abord »), « Life over profit » (« La vie vaut plus que le profit »), « Stop WTO » (« Arrêtez l'OMC ») ou « WTC is death to democracy » (« L'OMC est la mort de la démocratie »). Certains portent un ballon de baudruche, d'autres des masques ou des mannequins. Le téléspectateur se trouve par ailleurs plongé au cœur de l'univers sonore de la manifestation par les différents sons qui en émanent : cris, slogans et tambours.

L'ensemble de ces actions apparaissent non violentes. Le reportage ne montre ainsi pas les violences commises plus tard dans la journée par des casseurs dans le centre de Seattle. En revanche, la tension de la confrontation entre manifestants et forces de l'ordre est bien perceptible à l'écran. Des images montrent ainsi des manifestants qui courent dans la rue. D'autres donnent à voir les forces de police armées et casquées devant le bâtiment qui abrite la conférence de l'OMC, qui prend l'apparence d'« un camp retranché », selon les mots du journaliste.

Christophe Gracieux

Transcription

Claude Sérillon
Depuis une heure environ, à Seattle, sur la côte ouest des Etats-Unis, les représentants des 135 pays membres de l’Organisation Mondiale du Commerce, l’OMC, sont officiellement réunis pour débattre de la mondialisation, de la libéralisation des marchés et des contraintes douanières. Mais avant même que ne commencent des échanges qui seront, à n’en pas douter, difficiles entre l’Europe et les Etats-Unis, entre les pays riches et les pays pauvres, les manifestants venus rappeler que tout ne doit pas être une marchandise ont fichu une belle pagaille. Reportage de nos envoyés spéciaux, Etienne Leenhardt et Aaron Diamond.
Etienne Leenhardt
Ils ont tout juste attendu que le jour se lève pour commencer à se déployer. Dans le centre de Seattle, ils sont des centaines membres de groupes écologistes et de défense des consommateurs qui entament leur travail de sape. Chaque carrefour est soigneusement paralysé. L’opération blocus commence par la circulation. Et l’objectif est clairement affiché.
Inconnu
On va essayer de mettre le plus de foutoir possible ici pour que les délégués ne puissent pas accéder au centre de conférence. On va faire capoter l’OMC.
Etienne Leenhardt
Et de fait, dès qu’un délégué sort dans la rue, il est immédiatement et gentiment happé par les manifestants. Pour certains, il ne sera même pas question de se rendre jusqu'au centre de conférence à quelques dizaines de mètres de là. Les entrées des hôtels sont bloquées. Quant à l’immeuble qui abrite le sommet de l’Organisation Mondiale du Commerce, il est presque devenu un camp retranché. Bref, la réunion démarre sous le signe de la confrontation.
Ramon, Jr Magsaysay
Dans les pays en voie de développement comme chez moi, aux Philippines, on a parfois l’impression que l’Organisation Mondiale du Commerce ne sert à rien. Et très souvent, nous aussi, nous la critiquons. Mais il faut bien faire avec. On n’a pas vraiment le choix.
Etienne Leenhardt
On en oublierait presque les dizaines de milliers de personnes présentant plus de 750 associations à travers le monde qui battent le pavé pour protester elles aussi pêle-mêle contre le boeuf aux hormones, le maïs génétiquement modifié, les multinationales et le travail précaire. En bloquant le centre de Seattle, les manifestants paralysent également l’activité de l’un des centres du commerce international. Un symbole de plus dans une journée qui n’en manquera pas.