Conséquences en Thaïlande du krach financier de 1997

17 février 1998
03m 37s
Réf. 05020

Notice

Résumé :

La crise asiatique de 1997 n'est pas seulement un épisode dans liste des krachs boursiers liés à la mondialisation. Elle illustre le décalage entre la sphère financière et l'économie réelle. L'explosion de la bulle fait ressortir tous les déséquilibres engendrés par une croissance désordonnée.

Date de diffusion :
17 février 1998
Source :
A2 (Collection: JA2 20H )
Lieux :

Contexte historique

La globalisation financière qui se met en place à l'aube des années 90 engendre l'explosion d'une série de bulles spéculatives dont les contemporains ont mal évalué le caractère systémique. La crise asiatique qui part de Thaïlande en 1997 s'inscrit dans un continuum chronologique. Elle a été précédée d'une crise mexicaine en 1994, suivie par une crise russe en 1998 puis argentine en 2000. A chaque fois, les pays émergents en sont la cause et les victimes. La Thaïlande, comme le reste de la région, connaît sur une décennie une croissance soutenue du PIB, au rythme annuel de 8 %, basée sur une industrie d'exportation à bas coûts. En 1991-92, le gouvernement facilite l'arrivée de capitaux étrangers par des mesures de libéralisation bancaire (+ 87 milliards de dollars entre 1990 et 1995). Les prêts bancaires augmentent au rythme de 26 % par an. Cet afflux massif et disproportionné par rapport aux besoins réels entraîne deux conséquences négatives. Les prêts se placent sur des projets à la rentabilité discutable (immobilier de bureau, infrastructures). Sur le marché des changes, la monnaie locale entre en tension avec le dollar. Une hausse du bath diminue la compétitivité, une baisse augmente le poids de la dette.

La crise éclate le 2 juillet 1997, à la suite d'une dévaluation du bath, et se propage à toute la région. En Thaïlande, la crise financière se transforme rapidement en crise économique et sociale. La dévaluation entraîne une baisse du crédit, des faillites, une récession. En 1998, la croissance du PIB est nulle. Le taux de chômage triple mais reste à un taux modéré de 3,4 %. Les prix augmentent en relation avec la dépréciation monétaire. Le gouvernement accaparé par la dette coupe dans les dépenses sociales. Ces mécanismes classiques touchent les nouvelles classes urbaines attirées à Bangkok par le boom économique. Quant aux travailleurs non qualifiés venus des périphéries rurales, ils se retrouvent sans emploi. Le secteur de la construction perd 1/3 de ses emplois dans les deux années qui suivent la crise. L'industrie est moins touchée, bien qu'elle soit concurrencée par la Chine qui a dévalué sa monnaie en 1994. Le commerce au contraire se développe en absorbant une partie de la main d'œuvre dans des activités plus ou moins informelles. La crise touche inégalement les régions ; Bangkok est plus touchée que les régions touristiques du sud. Autre signe manifeste de la crise, le nombre de ménages endettés s'est accru et dépasse 60 % du total. Le prix du riz double dans les zones urbaines et augmente de 50 % en zone rurale.

A l'aube du nouveau siècle, les effets néfastes de la crise s'estompent. La croissance a repris sur un rythme modéré - 5 % d'après la banque mondiale. La crise thaïlandaise a aussi eu des répercussions indirectes sur la stabilité politique d'un royaume où l'armée a des tentations putschistes bien établies. Le boom économique s'était produit sous la direction de gouvernements civils. Le premier ministre Thaksin qui gouverne de 2001 à 2006 est le premier à assurer deux mandats consécutifs ! Il est renversé par un coup d'Etat et exilé. Il s'ensuit une période d'anarchie politique où s'opposent deux factions, les « chemises rouges » et les « chemises jaunes », dans un climat violent. Les premiers réclament un respect des droits démocratiques, les seconds sont plus favorables à la monarchie. Autre source de difficultés, la crise a exacerbé les relations avec les minorités musulmanes du sud. Depuis 2004, ces régions adossées à la Malaisie alternent les phases de révolte et de répression.

Claude Robinot

Éclairage média

Ce reportage du journal télévisé d'une durée supérieure à trois minutes présente d'une manière variée les aspects de la crise thaïlandaise, plus de six mois après ses premières manifestations. L'image introductive est une carte de localisation du pays et de sa capitale. La ville est ensuite présentée par un montage de plans contrastés alors que le commentaire annonce une population de 15 millions d'habitants, soit un thaïlandais sur quatre. L'ordre de grandeur est exact mais on peut préciser qu'il s'agit de l'agglomération dans son ensemble. Comme dans beaucoup de pays du sud, la capitale est macrocéphale et absorbe 75 % de la population urbaine. La province de Samut Prakan qui est présentée dans le sujet comme une zone rurale au sud de la capitale fait partie des cinq provinces qui forment le district métropolitain, sur un rayon de 50 à 80 km autour de Bangkok.

La croissance de la ville s'est faite de manière anarchique, ce qui pose des problèmes de pollution et de transport montrés ici par les masques, les embouteillages et les nuées de motos, ces dernières étant utilisées comme taxis par la population. Les images montrent ensuite les projets d'infrastructure stoppés net par la crise. Parmi eux, l'autoroute et le métro aérien (le Bangkok Skytrain) qui depuis a été achevé et mis en service en 1999. Le reportage se poursuit par une série d'interviews qui montrent les stratégies d'adaptation à la crise. La famille de Pae Sae-Kow appartient aux petites classes moyennes urbanisées. Ils ont adapté leurs dépenses à la hausse des prix, tout comme les patrons qui réduisent le volume de l'emploi. On notera que la fille unique de la famille est scolarisée dans une école privée chinoise. La minorité chinoise de Bangkok est réputée très active dans le secteur du commerce et de l'industrie.

Le cas des familles qui retournent (provisoirement) à la campagne est aussi intéressant puisqu'il s'agit d'une initiative des autorités locales pour atténuer le choc de la crise, comme l'atteste la présence du gouverneur et du propriétaire. On imagine facilement que ce dernier, dans l'impossibilité d'obtenir un prêt pour ses projets immobiliers, s'est laissé convaincre par les autorités de céder quelques parcelles aux familles d'exilés urbains. C'est l'intérêt de ce reportage qui met l'accent sur l'adaptation d'un pays en développement à un contexte de crise.

Claude Robinot

Transcription

Journaliste
Bangkok, ville d’orgueil et de démesure. Bangkok où s’asphyxient chaque jour 15 millions d’habitants, un Thaïlandais sur 4. Ici, l’argent a bâti des tours, lancé les chantiers. La ville doit sa richesse à la spéculation. Elle lui doit aussi la crise. Ces arches étaient prévues pour supporter 66 kilomètres d’autoroute pour trains et voitures. Projet abandonné il y a 2 mois. Aujourd'hui, Bangkok n’a plus d’argent. L’élan s’est brisé net.
(Bruit)
Journaliste
Pour Pae, les affaires vont plutôt mal. Son patron ne le fait plus travailler le samedi et son salaire a baissé de 10 %. Comme la monnaie s’est effondrée, tout est plus cher.
Pae Sae-Kow
Nous avons fait des économies pour acheter une camionnette. Mais la crise est arrivée. Je n’ai pas eu le temps de rassembler assez d’argent pour l’acheter. Avant, on dépensait très facilement sans se priver. Quand notre fille nous demandait quelque chose, on lui achetait sans problème. Maintenant, il faut vraiment bien réfléchir.
Journaliste
A eux deux, Pae et Sao, femme de ménage, gagnent l’équivalent de 1700 francs par mois. Avant la crise, ils pensaient quitter leur appartement pour une maison. Mais l’important, désormais, c’est l’éducation de leur petite Baer, 4 ans. Et c’est décidé. Ils ne lui donneront ni petit frère ni petite soeur. Un dixième de leur paie passe déjà dans ses frais de scolarité, à l’école chinoise, privée et renommée du quartier de Khlong Saen. Une dépense à laquelle ils ne renonceront pas. Dans sa boutique, Pae, lui, ne vend plus guère de pièces détachées de mobylette. Alors il en profite pour nettoyer la voiture de son patron en ressassant ses inquiétudes.
Pae Sae-Kow
Si on continue à perdre de l’argent comme ça, on sera obligé de fermer la boutique.
Journaliste
Mais Pae a sa petite idée. S’il perd son travail, il partira avec Sao et Baer chez son cousin, à la campagne. D’autres ont déjà franchi le pas. Province de Samut Prakan, à 30 kilomètres au sud de Bangkok. Région sinistrée. Sur 5000 usines, plus d’un millier ont fermé. Les autres ont licencié. Somsakul peignait des camions sur une chaîne d’assemblage. Remercié il y a 5 mois, il a cherché en vain du travail à l’usine.
Somsakul
De toute façon, avec mon âge et sans diplôme, j’aurais eu du mal à trouver un poste ailleurs. Pour le moment, ici, ça va. J’aime bien ce que je fais. Et je pense que ce projet-là est vraiment bien.
Journaliste
Le projet : permettre aux ouvriers au chômage de redevenir agriculteurs. Ce riche propriétaire aurait préféré vendre son terrain de 30 hectares pour y construire une usine. Sans espoir désormais, il le cède gracieusement.
Kitti Yongsang
Il y a 3 mois, le gouverneur est venu me demander si je n’avais pas un terrain disponible pour aider les cultivateurs. J’ai dit oui tout de suite. Et tout a commencé.
Veera Rodruang
C’est notre devoir, nous, dirigeants, d’aider les pauvres. C’est une question de compassion. C’est pourquoi nous demandons aux riches de donner des terrains dont ils ne font rien.
Journaliste
28 familles sont déjà installées pour cultiver riz et légumes. Elles ne paient aucun loyer et comptent vivre de la vente de leurs produits. Les autorités de la province ne leur fournissent que le matériel. Mais l’aide est provisoire : deux ans. Le gouverneur, Somsakul et les autres espèrent que dans deux ans, la crise aura quitté la Thaïlande et Bangkok, retrouvé son ambitieuse expansion.

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