Bangalore, capitale indienne de l'informatique

13 mai 2004
03m 11s
Réf. 05064

Notice

Résumé :

À Bangalore, en Inde, les bidonvilles jouxtent les immeubles modernes. La ville est devenue la capitale indienne de l'informatique grâce aux délocalisations d'entreprises. Ramana Murty, directeur informatique au sein du groupe Tata, y est revenu travailler après une carrière à l'étranger. La Société générale y a délocalisé une unité. Les entreprises recrutent de nombreux informaticiens indiens.

Date de diffusion :
13 mai 2004
Source :
Personnalité(s) :

Contexte historique

À partir de 2000, l'Inde a connu une croissance économique de 8 % en moyenne par an. Deuxième pays le plus peuplé de la planète avec 1,2 milliard d'habitants, elle s'est ainsi considérablement enrichie et modernisée. Même si sa croissance est descendue sous les 5 % depuis 2011, elle est l'un des principaux pays émergents.

Bangalore symbolise parfaitement l'essor fulgurant de l'économie indienne. Située dans l'État du Karnataka, dans le sud du pays, c'est avec plus de 8 millions d'habitants la cinquième ville la plus peuplée de l'Inde. Surtout, Bangalore est la capitale indienne de l'informatique. Elle est même devenue l'un des centres mondiaux des technologies de l'information et de la communication. Cela lui vaut le surnom de « Silicon Valley de l'Inde » en référence au grand pôle de recherche et de production de haute technologie établi en Californie. Bangalore abrite en effet des centaines d'entreprises des technologies de l'information et de la communication. De nombreuses firmes américaines et européennes, spécialisées dans les logiciels informatiques, l'aérospatiale ou la biochimie, ont notamment délocalisé à Bangalore des services informatiques. Ceux-ci sont principalement des centres d'appel. Ces entreprises étrangères y ont également établi des centres de recherche et développement. Première société occidentale à s'installer à Bangalore en 1985, Texas Instruments a depuis été rejointe par tous les géants américains de l'Internet, comme Google et Yahoo, ou de l'informatique, comme Microsoft, IBM et Hewlett-Packard.

Ces entreprises trouvent à Bangalore une main-d'œuvre anglophone, d'un faible coût et hautement qualifiée. La ville possède en effet une université et de nombreux instituts scientifiques et écoles, dont l'Institut indien des Sciences, qui forment chaque année 30 000 ingénieurs et informaticiens. Elle attire également de nombreux migrants indiens très qualifiés qui reviennent dans leur pays après avoir le plus souvent travaillé aux États-Unis. En outre, des entreprises indiennes de sous-traitance informatique implantées à Bangalore, telles que Tata, Infosys Technologies ou Wipro, ont connu une très forte croissance au point de prendre désormais rang parmi les premières mondiales. Toutes ces entreprises sont établies au sein de plusieurs parcs technologiques. Le principal est l'Electronics City qui s'étend sur plus d'1,3 km2.

C'est essentiellement grâce à Bangalore que l'Inde est devenue le premier exportateur mondial de services informatiques aux entreprises. Cela n'empêche toutefois pas le maintien de très grandes inégalités sociales dans le pays. Près d'un tiers de la population, soit 356 millions de personnes, vivaient ainsi sous le seuil de pauvreté en 2010.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet a été diffusé le 13 mai 2004 dans le « 19.20 » de France 3, trois jours après la clôture des élections législatives en Inde qui avaient vu la victoire du parti du Congrès sur le Bharatiya Janata Party jusque-là au pouvoir. Cette actualité politique est l'occasion pour la rédaction nationale de France 3 de proposer un éclairage sur l'Inde et plus particulièrement sur sa fulgurante croissance économique. Il a ainsi été décidé d'envoyer sur place une équipe conduite par Claude Gueneau, grand reporter au service économique et social de la chaîne.

Plutôt que de traiter de la croissance économique de l'Inde en général, le choix a été fait de l'illustrer par un exemple concret : celui de Bangalore, capitale indienne de l'informatique. Les envoyés spéciaux de France 3 ne se contentent pas non plus d'une présentation générale de la « Silicon Valley de l'Inde », même si la plupart du reportage se constitue d'images d'illustration. Afin de rendre leur sujet le plus concret possible, ils se sont essentiellement concentrés sur deux exemples, ceux d'un informaticien indien et d'une entreprise étrangère délocalisée à Bangalore. Une séquence du reportage est consacrée à chacun de ces cas particuliers.

L'équipe de France 3 suit ainsi dans un premier temps un informaticien indien, Ramana Murty, devenu directeur d'une division informatique du groupe industriel Tata. Il est filmé dans sa voiture, dans son appartement avec sa famille et dans son entreprise avec ses employés. Il a été choisi pour illustrer la croissance fulgurante de l'informatique indienne et tout particulièrement de celle de Bangalore. Les différents plans filmés par l'équipe de France 3 visent tous à attester de la réussite de Ramana Murty : il est conduit dans une voiture avec chauffeur et vit dans une résidence luxueuse. Claude Gueneau a également porté son choix sur une entreprise, la banque française Société générale. Cet exemple illustre le phénomène général des délocalisations à Bangalore des services informatiques des entreprises américaines et européennes.

Par-delà le traitement de ces deux cas, le reportage s'attache à montrer les inégalités criantes qui existent dans la ville, comme dans une grande partie de l'Union indienne. La présentatrice du journal télévisé Élise Lucet l'annonce dès le lancement du sujet lorsqu'elle explique que « la plus grande modernité côtoie désormais la misère » dans les villes indiennes. Le reportage traduit d'abord en mots les grands contrastes sociaux de Bangalore, par le commentaire en voix off et par le témoignage de Ramana Murty. Surtout, le sujet rend visibles ces inégalités. Il présente ainsi plusieurs plans des bidonvilles à proximité d'immeubles ultra modernes. Un plan panoramique horizontal montre même de façon saisissante le voisinage immédiat de ces « deux mondes ». Le travelling sur les bidonvilles depuis la voiture dans laquelle est conduit Ramana Murty rend également criantes les inégalités de la société indienne. Le reportage présente ainsi Bangalore comme une ville où se côtoient des baraques de tôles et des immeubles modernes dans lesquelles sont installées des entreprises informatiques.

Christophe Gracieux

Transcription

Elise Lucet
Le parti au pouvoir, justement, qui vient de perdre les élections avait basé toute sa campagne sur ces résultats économiques. L’Inde enregistre, en effet, une croissance record de 8 %. Elle est due, en grande partie, aux délocalisations dans le secteur de l’informatique. Dans les villes, la plus grande modernité côtoie donc désormais la misère. Reportage de nos envoyés spéciaux Claude Gueneau et Jean-Marc Gardeux.
Claude Gueneau
Le choc de deux mondes. Au premier plan, un bidonville comme il en existe des centaines de milliers en Inde. Et juste à côté, des immeubles ultramodernes. Bangalore est la capitale indienne de l’informatique. Avec la manne des délocalisations, les entreprises poussent comme des champignons. A 38 ans, Ramana Murty est directeur d’une division informatique du grand conglomérat industriel indien Tata. Deux fois par jour, en allant et en revenant de son travail, il passe d’un monde à l’autre.
Ramana Murty
[Anglais] Ça me fait de la peine de voir ce contraste entre les niveaux de vie dans la même ville. Ces gens survivent au jour le jour. Mes parents aussi sont pauvres. On n’avait que deux pièces pour vivre. Mais j’ai étudié. L’informatique a changé la vie de la classe moyenne. Cela nous a permis d’accéder à un niveau de vie supérieur.
Claude Gueneau
Il y a un milliard d’habitants en Inde. 250 millions de pauvres. Et à l’opposé, une classe moyenne de 300 millions de personnes qui est en train d’émerger. Ramana Murty en fait partie. Sa réussite saute aux yeux. Il habite dans une résidence grand standing avec sa famille. Toute sa carrière, il l’a faite à l’étranger, en Amérique et en Suisse. Et ce n’est qu’en avril dernier qu’il a pu revenir travailler dans son pays.
Ramana Murty
Je suis très content d’être de retour en Inde. Je suis maintenant avec ma famille, avec mes parents. Je profite de la mondialisation, c’est évident. Grâce aux délocalisations, on peut maintenant travailler en Inde.
Claude Gueneau
A Bangalore, les parcs technologiques fleurissent partout. Ces 150 000 informaticiens constituent un vivier qui a d’abord attiré les entreprises américaines. Les européennes s’y mettent à leur tour. Ramana Murty dirige une équipe d’un millier d’informaticiens. Il compte, parmi ses clients, la BNP et la Société Générale. Dans l’immeuble d’à côté, justement, la Société Générale vient de délocaliser une de ses unités. Elle y a constitué une équipe pour développer ses applications bancaires.
Patrice Hervé
Le projet était, avant, sur Paris avec une quinzaine de personnes. Et donc, on a migré ici en 2002.
Claude Gueneau
Ils sont maintenant 200, tous Indiens, à l’exception de 4 Français. Une douzaine d’entreprises françaises ont elles aussi délocalisé en Inde. Les ingénieurs qu’elles y trouvent sont compétents et nombreux mais avec des salaires 3 à 4 fois plus bas : 500 à 600 euros par mois. Et pour ce salaire, on se bouscule aux tests d’embauche dans les entreprises. Le rêve des jeunes Indiens aujourd'hui : devenir informaticien.

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