Le projet de destruction du bidonville de Dharavi à Mumbai suscite l'opposition de la population

15 novembre 2007
02m 23s
Réf. 05070

Notice

Résumé :

Le bidonville de Dharavi, à Mumbai (Bombay), en Inde, est le plus grand d'Asie. L'architecte Mukesh Mehta expose son projet immobilier pour reconstruire des logements modernes et des équipements à la place du bidonville. Les habitants de Dharavi s'opposent cependant à la destruction du bidonville.

Date de diffusion :
15 novembre 2007
Source :
A2 (Collection: 20 heures )
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Contexte historique

Rebaptisée Mumbai depuis 1996, l'ancienne Bombay est avec 21 millions d'habitants la ville la plus peuplée de l'Inde. Elle est même l'une des principales mégapoles mondiales. Seules Tokyo, Mexico, Séoul et New York sont en effet plus peuplées que Mumbai. La population de la capitale de l'État du Maharashtra, sise au bord de l'océan Indien, à l'ouest de l'Inde, n'a cessé de s'accroître en raison d'un très fort exode rural : elle a été multipliée par vingt depuis le début du XXe siècle. Elle ne comptait par exemple que 2 millions d'habitants en 1950.

Mumbai connaît par conséquent un très important étalement urbain. Née autour d'une péninsule située autour de la Back Bay, elle s'est progressivement étalée en direction du nord puis de l'est. Son agglomération s'étend désormais sur une centaine de kilomètres du sud au nord et une soixantaine d'ouest en est, principalement le long des voies ferrées.

Mumbai attire de très nombreux d'habitants parce qu'elle est la capitale économique de l'Inde. Elle concentre ainsi 25 % de la production industrielle du pays. Elle abrite du reste de grands groupes industriels indiens comme Tata, Godrej et Reliance. Elle compte également les deux principales bourses indiennes qui représentent 92 % de ses transactions financières, ainsi que les banques les plus importantes du pays. Son port assure en outre près de la moitié du commerce indien. Enfin, Mumbai est aussi la capitale du cinéma indien : « Bollywood », l'industrie cinématographique indienne, y est installée.

Mumbai est cependant une mégapole à deux visages au sein de laquelle les écarts de richesse s'avèrent considérables. Les inégalités sociales sont en effet très fortes dans une ville où des quartiers riches cohabitent avec d'immenses bidonvilles. Ceux-ci ont été construits sans autorisation par les habitants eux-mêmes avec des matériaux de récupération et sont mal équipés en infrastructures. Très étendus, ils ont valu à Bombay le surnom de « Slumbay », slum signifiant « bidonville » en anglais.

Mumbai abrite notamment le plus grand bidonville d'Asie et l'un des plus grands du monde : Dharavi. Porté à l'écran par le film Slumdog Millionaire réalisé par Danny Boyle, qui a remporté l'Oscar du meilleur film en 2009, cet immense bidonville s'étend sur 223 hectares. Il compterait entre 600 000 et 1 million d'habitants. À Dharavi sont installés de très nombreux artisans. Ils travaillent la poterie, le cuir ou créent des vêtements. Des petites entreprises installées dans le bidonville sont par ailleurs spécialisées dans le recyclage de toutes les matières, qu'il s'agisse de plastiques, d'aluminium ou de bidons d'huile et de peinture.

Les autorités indiennes cherchent toutefois de faire disparaître ces gigantesques bidonvilles pour les remplacer par des quartiers d'affaires ou de logements modernes. Ainsi, en 2007, un architecte américain d'origine indienne, Mukesh Mehta, a reçu le soutien des autorités de Mumbai pour son projet immobilier de réhabilitation de Dharavi : il s'agissait de détruire les habitats informels du bidonville pour y construire à la place des logements, des bureaux, des cliniques, des écoles et un terrain de golf. Les habitants de Dharavi y opposent cependant une farouche résistance.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé dans la dernière partie du journal télévisé de 20 heures de France 2 le 15 novembre 2007, ce reportage a été réalisé par une équipe de journalistes installés en permanence en Inde. La chaîne publique française dispose en effet de bureaux permanents dans quelques-unes des principales capitales mondiales, telles que Washington, Londres, Berlin, Bruxelles, Moscou, Pékin et New Dehli. Les journalistes qui y sont envoyés sont chargés de couvrir l'actualité de leurs pays d'affectation. Dans certains cas, ils peuvent également traiter l'actualité des pays voisins. Ainsi, le bureau de la rédaction de France 2 à Pékin couvre aussi les événements au Japon ou en Corée du Sud. Celui de New Dehli, la capitale de l'Union indienne, ne se contente pas de traiter de l'actualité en Inde mais effectue également des reportages au Pakistan, au Bangladesh ou en Thaïlande. L'équipe de ces bureaux se constitue le plus souvent d'un journaliste correspondant permanent qui en assure la direction et d'un ou de plusieurs journalistes reporters d'images. Elle peut aussi comporter des personnes chargées d'organiser les tournages, les producers, et des interprètes et chauffeurs.

Ce reportage a été réalisé à Mumbai, l'ancienne Bombay, par le correspondant permanent de France 2 en Inde Arnauld Miguet et le journaliste reporter d'images Arnaud Levert qui travaillent tous deux pour le bureau de New Dehli. Il est consacré au projet immobilier qui vise à détruire le bidonville de Dharavi pour le remplacer par des logements et des équipements modernes. Il s'intéresse plus particulièrement aux oppositions suscitées par cette initiative. Dans un souci d'offrir un traitement équilibré, le sujet confronte les points de vue de l'architecte indo-américain initiateur du projet et d'opposants. Les envoyés spéciaux de France 2 interrogent ainsi d'une part Mukesh Mehta dans son bureau puis dans les rues du bidonville de Dharavi. D'autre part, ils donnent la parole au président de l'association des habitants de Dharavi et à une résidente qui expriment tous deux leur opposition au projet de Mukesh Mehta soutenu par les autorités de Mumbai.

Ce reportage donne du reste à voir Dharavi sous différents angles. Le sujet offre ainsi des vues générales du plus grand bidonville d'Asie, notamment dès la toute première séquence. Ces plans saisissants permettent de mesurer l'extension de Dharavi : les toits en tôle s'étendent à perte de vue. En outre, le bidonville n'est pas seulement filmé de haut. De nombreuses images ont également été tournées à hauteur d'homme dans les ruelles étroites de Dharavi. Elles donnent à voir l'organisation anarchique du bidonville ainsi que son activité constante : des enfants jouent, tandis que des hommes travaillent à la fabrication de poteries ou au recyclage. Hormis les images filmées dans le bureau de Mukesh Mehta et celles de Mumbai vue de la mer, tous les plans du reportage ont été tournés dans le bidonville. C'est dans ses ruelles étroites que sont menées la plupart des interviews. C'est également dans le bidonville de Dharavi qu'Arnauld Miguet est filmé dans un plateau en situation qui clôt le reportage.

Christophe Gracieux

Transcription

Présentateur
En Inde, une immense opération immobilière va commencer à Bombay, l’une des capitales économiques qu’on compare souvent à Shanghai. Elle abrite, en son centre, une ville dans la ville. Le plus grand bidonville d’Asie. Et les autorités veulent tout faire pour le raser et pour construire des logements modernes et des équipements. Un symbole de la mutation accélérée du pays. Envoyés spéciaux : Arnaud Miguet et Arnaud Levert.
Arnaud Miguet
Contrairement aux apparences, ceci est une véritable mine d’or. Voici Dharavi, le plus grand bidonville d’Asie. Avec ses ruelles étroites, bicoques de tôle où s’entassent plus de 600 000 personnes. Dharavi vient d’être vendu par la ville pour une petite fortune : 15 000 euros le mètre carré. Il faut dire qu’il est situé en plein coeur de Bombay, la capitale économique de l’Inde qui se rêve en nouvelle Shanghai ou New York. Le premier à avoir vu de l’or dans ce bidonville, ici, c’est cet homme, Mukesh Mehta, un architecte de 57 ans.
Mukesh Mehta
On va faire des grandes avenues, construire des écoles, des collèges, un musée du cricket, un musée d’art. Il y aura même un terrain de golf. Toutes ces infrastructures, ça va faire venir les classes moyennes à Dharavi. Elles profiteront aussi aux habitants et aux touristes. Dharavi va enfin vraiment faire partie intégrante de la ville.
Arnaud Miguet
Transformer Dharavi en quartier chic, une gageure. Car les habitants font de la résistance. Ils savent très bien que le prix de l’immobilier de Bombay a augmenté de 500 % en 10 ans. Alors pour eux, tout cela n’est que spéculation.
Raju Khode
Qu’est-ce qu’on a à gagner ? Rien. Ils vont construire des belles maisons. Mais on ne pourra pas y habiter. Alors on n’en veut pas.
Juhi Mudhakar
Je ne partirai jamais d’ici. Même si on m’y oblige. Je mourrai ici.
Arnaud Miguet
Mais la bataille est perdue d’avance. Dharavi, c’est bien fini. Monsieur Mehta se défend d’être un spéculateur. D’ailleurs, s’il a remporté le projet, c’est parce qu’il a prévu de reloger ces familles qui sont là depuis 2 ou 3 générations.
Mukesh Mehta
Regardez cette pollution. Ces toutes petites venelles. Si quelqu’un est malade, aucune voiture, aucune ambulance ne peut passer. S’il y a un feu, pas de pompiers. Voilà comment ils vivent.
Arnaud Miguet
Des conditions de vie incompatibles avec une Inde moderne au XXIe siècle. Les premiers coups de pelleteuse auront lieu à partir de mars prochain. Le projet devrait être achevé en 2014.