Les investissements du Qatar en France

20 février 2012
04m 50s
Réf. 05079

Notice

Résumé :

Le Qatar a acheté des grands hôtels français dont le Carlton de Cannes. Il a également pris des participations dans de grandes entreprises. Richissime grâce à ses gisements de gaz, il a aussi racheté le club de football du Paris Saint-Germain et lancé des chaînes sportives en France. Kamel Hamza, conseiller municipal de La Courneuve, défend l'aide financière qatarie pour les banlieues françaises.

Date de diffusion :
20 février 2012
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

La stratégie de développement international mise en place par le Qatar en a fait un acteur économique et diplomatique incontournable. Devenu indépendant du Royaume-Uni en 1971, cet émirat situé sur une presqu'île de la rive sud du golfe Persique n'a pourtant qu'une superficie de 11 500 km2. Sa population ne dépasse en outre pas les 1,9 million d'habitants, en majorité concentrés dans la capitale, Doha. Parmi ceux-ci seuls 200 000 citoyens sont autochtones.

Ce petit émirat est cependant richissime grâce à ses gisements de pétrole et surtout de gaz naturel. Il possède en effet les troisièmes réserves mondiales de gaz naturel après la Russie et l'Iran. Elles sont situées dans le plus vaste gisement gazier sous-marin au monde, que le Qatar partage avec l'Iran. L'émirat a ainsi entrepris de construire des installations ultra-modernes à Ras Laffan afin d'extraire et de liquéfier le gaz. Ces aménagements lui ont permis de devenir le premier exportateur mondial de gaz liquéfié. De la sorte, le pays s'est considérablement enrichi : le produit intérieur brut moyen par habitant en 2011 était estimé à 98 144 dollars.

Fort de sa richesse, le Qatar développe une stratégie de soft power (« puissance douce ») afin d'accroître sa capacité d'influence dans le monde. Cette stratégie a été mise en place par l'émir Hamad Ben Khalifa Al-Thani, arrivé sur le trône en 1995 et qui a laissé sa place à son fils Tamim Ben Hamad Al-Thani en 2013. Le Qatar déploie ainsi une grande activité diplomatique. Il s'implique par exemple activement au sein du monde arabe depuis les révolutions du printemps 2011. Il a alors envoyé des avions de chasse et des forces spéciales à l'aide des insurgés libyens. De même, il finance et arme depuis 2011 les rebelles syriens contre le régime de Bachar Al-Assad.

En outre, le Qatar mène une intense politique d'investissements dans le monde. Son fonds souverain, la Qatar Investment Authority, possède un portefeuille d'actifs de 60 milliards d'euros dans 33 pays. Les investissements qataris sont surtout importants en Europe occidentale. Le Qatar a ainsi pris des parts dans plusieurs groupes industriels français. En juin 2013, il possédait 7,6 milliards d'euros de participation dans les groupes du CAC 40 : il détenait 13 % de Lagardère, 7 % de Vinci, 5 % de Total, 4,7 % de Veolia Environnement, 2 % de Vivendi et 1 % de LVMH. En France, il a également réalisé des investissements immobiliers pour un montant de 4 milliards d'euros. Le Qatar est désormais propriétaire de plusieurs hôtels de luxe dont le Royal Monceau et le Concorde Lafayette à Paris ou le Carlton et le Martinez à Cannes. La chaîne de magasins Le Printemps est aussi en cours de rachat.

Le petit émirat s'est également imposé sur la scène médiatique avec la chaîne d'information Al Jazeera. Regardée par 200 millions de téléspectateurs dans le monde et 50 millions dans les pays arabes, elle a soutenu les révolutions de 2011 en Tunisie, en Égypte et en Libye.

Enfin, le Qatar cherche à accroître son influence mondiale par le sport. Il a ainsi été désigné pour organiser la Coupe du monde de football en 2022. La Qatar Investment Authority a par ailleurs acheté le club de football du Paris Saint-Germain en 2011 afin d'en faire l'un des plus grands clubs européens. Le Qatar a également lancé deux chaînes sportives en France en 2012, BeIn Sport et BeIn Sport 2, qui atteignent près d'1,5 million d'abonnés.

Les investissements qataris en France, dont un projet de fonds destiné aux banlieues, ont cependant suscité des controverses : ils donnaient l'impression que le petit émirat cherchait à racheter la France. Le petit émirat est pourtant loin d'être le premier investisseur dans l'Hexagone. Le Qatar est devancé par de nombreux pays, et notamment par ses voisins des Emirats arabes unis et de l'Arabie saoudite. La France reçoit ainsi moins de 10 % des investissements mondiaux qataris contre 27 % pour le Royaume-Uni.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé dans la première partie du journal télévisé de France 2 de 20 heures le 20 février 2012, ce sujet a un format assez inhabituel. Il dure en effet 4 minutes et 21 secondes, soit une durée bien supérieure à la plupart des reportages des journaux télévisés, généralement compris entre 2 et 3 minutes. Le présentateur du journal télévisé David Pujadas l'annonce d'ailleurs comme une « enquête », ce qui le distingue immédiatement d'un reportage ordinaire. Ce sujet dispose également d'un titre (« Qatar. Notre ami du Golfe »).

Il a uniquement été filmé en France. Le tournage a eu lieu dans trois villes différentes, Cannes, Paris et La Courneuve. La journaliste Amira Soualem est d'ailleurs filmée dans deux plateaux en situation : devant l'hôtel Royal Monceau, à Paris, et dans une rue de La Courneuve, en banlieue parisienne.

Les plans de Doha, la capitale qatarie, et du complexe gazo-industriel de Ras Laffan n'ont pas été tournés à cette occasion. Ce sont des images d'archives qui ont été intégrées au sujet. Il en est de même pour celles de la rencontre de l'émir du Qatar Hamad Ben Khalifa Al-Thani avec le président de la République Nicolas Sarkozy et le Premier ministre François Fillon au palais de l'Élysée, le 30 mai 2007.

Outre ces images d'archives, le reportage alterne les images factuelles, les infographies et les interviews. Le trois infographies insérées dans le sujet ont une même visée didactique : il s'agit d'éclairer les téléspectateurs sur les investissements qataris en France et en Europe.

Les journalistes de France 2 ont choisi de montrer que les investissements qataris dans l'Hexagone se font dans plusieurs domaines. La première image du sujet est ainsi coupée en quatre parties afin de montrer précisément la diversité de ces investissements. C'est la technique de l'écran divisé, ou split screen en anglais, qui est utilisée. Chacune de ces parties présente simultanément des images différentes : des joueurs de football du Paris Saint-Germain à l'entraînement, une régie de la chaîne de télévision Al Jazeera, l'hôtel Carlton de Cannes et les gratte-ciels de Doha.

De la même manière, le reportage se constitue de quatre séquences différentes. Elles ont toutes pour but de montrer l'un des aspects des investissements qataris en France. La première, tournée à l'hôtel Carlton de Cannes et devant les hôtels Lambert et Royal Monceau à Paris, tous rachetés par le Qatar, illustre les investissements effectués dans l'immobilier de luxe. La seconde séquence s'intéresse quant à elle à la gazo-monarchie elle-même. Composée uniquement d'images d'archives à visée illustrative, elle rend compte de ses principales caractéristiques et insiste sur le rôle joué par l'émir Hamad Ben Khalifa Al-Thani.

La troisième séquence est pour sa part consacrée aux investissements du Qatar dans le sport et les médias sportifs : le club du Paris Saint-Germain, racheté en 2011, et les futures chaînes de sport françaises du groupe Al Jazeera l'illustrent. La dernière séquence revient sur le projet de fonds d'investissement dans les banlieues françaises à travers l'exemple d'élus de La Courneuve qui en sont partisans. Enfin, les prises de participation qataries dans de grandes entreprises françaises sont représentées par une infographie.

Christophe Gracieux

Transcription

Présentateur
Et pour refermer ce chapitre économique, nous partons maintenant pour le Qatar. Pourquoi le Qatar ? Eh bien parce qu’il s’agit de la nouvelle puissance financière à l’oeuvre en France. Cet émirat grand comme la Corse et peuplé de 2 millions d’habitants a acquis, ces dernier mois, le club du Paris Saint Germain, plusieurs hôtels de luxe mais aussi des participations importantes dans des grands groupes industriels. Pourquoi ? Quels sont les ressorts de cet appétit ? Regardez l’enquête d’Amira Souilem, Jean-Marie Lequertier et Abdel Zouioueche.
Amira Souilem
Le Qatar en France, c’est le PSG, 2 chaînes de sport, des actions dans de grandes entreprises et de grands palaces.
François Chopinet
Donc vue imprenable sur la baie de Cannes.
Amira Souilem
A couper le souffle. La vue mais aussi le prix de la suite. 6000 euros la nuit. Bienvenue dans un des plus grands palaces de Cannes, un joyau de l’hôtellerie française passé, il y un mois, sous pavillon qatari, racheté par ce très riche homme d’affaires.
François Chopinet
C’est quelqu’un d’assez discret. Il a beaucoup observé, il a fait peu de commentaires. Mais je pense que c’est quelqu’un qui observe avec beaucoup de minutie. Et donc les explications qu’on lui a données ont complété un petit peu l’idée qu’il avait de cet hôtel avant de le visiter.
Amira Souilem
Ghanim Al saad Bin saad, un quadragénaire proche de l’émir du Qatar. Il ne s’est pas contenté d’acheter un seul palace. Pour 450 millions d’euros, il s’offre 7 hôtels dans toute l’Europe. Le Carlton n’en est qu’un parmi d’autres. Alors les Qataris sont-ils là pour faire un coup ou pour investir à long terme ? Pour le directeur français de l’hôtel, la réponse est évidente.
François Chopinet
Depuis qu’il a officiellement racheté l’hôtel depuis le mois de janvier, on 3 réunions - le mercredi, le jeudi et le vendredi - uniquement dédiées pour le projet de cet hôtel. Donc si jamais il n’y avait pas une vraie volonté, si c’était purement spéculatif, croyez-moi, on ne passerait pas autant de temps à travailler sur l’avenir de cet hôtel.
Amira Souilem
A Cannes, à Paris, les proches de l’émir possèdent plusieurs biens. Car le Qatar a beaucoup d’argent à placer en France. Nous somme, ici, devant le Royal Monceau. C’est un des palaces les plus prestigieux de la capitale. Il a été racheté, lui aussi, par le fond souverain du Qatar. Car l’immobilier, c’est l’investissement préféré des Qataris en France. Depuis quelques mois pourtant, ils n’hésitent plus à investir dans de grandes entreprises françaises. Suez, Veolia, Vinci et dernièrement Lagardère. Le Qatar est actionnaire de toutes ces grandes entreprises françaises. Un petit pays de 11 400 km², l’équivalent de la Corse, 1,7 millions d’habitants. Mais le Qatar, c’est avant tout une poche de gaz. 60 milliards de dollars de rente chaque année. Une manne qui n’est pas inépuisable. Et cela, l’émir le sait bien. Un chef d’Etat à poigne avec un sens aigu des affaires. Un patriarche polygame qui s’inquiète de l’avenir de son pays comme de celui de sa famille. Il investit donc en masse à l’étranger notamment en France. Dernière acquisition fracassante, le PSG. Mais le Qatar ne s’arrête pas là. Il rafle les droits de diffusion de la ligue 1 puis ceux de l’Euro 2012 et 2016. D’ici août, il va lancer 2 chaînes de sport en France. A leur tête, Charles Bietry qui a reçu une feuille de route bien précise.
Charles Bietry
Tordre le cou à la légende qu’ils ont de l’argent, qu’ils peuvent le jeter par les fenêtres et faire n’importe quoi avec. Ça, s’il ne doit rester qu’une phrase dans l’interview je dirais c’est celle-là, ce n’est pas vrai. J’ai un budget extrêmement rigoureux qui est très largement inférieur à ce que j’avais à Canal+ ou à France télévision.
Amira Souilem
Un budget serré ? Qu’importe. Pour beaucoup, le Qatar est déjà devenu une sorte de sauveur. Loin des beaux quartiers parisiens, cet argent fait aussi rêver comme ici, à La Courneuve, en banlieue de Paris. Ces jeunes gens sont tous des élus de banlieue. Et leur constat est simple : peu de banques acceptent de financer les entrepreneurs des quartiers. En novembre dernier, ils font le voyage au Qatar. A Doha, l’émir en personne les reçoit.
Inconnu
Il nous a invités à déjeuner. C’est là où on a pu décliner un peu nos différents objectifs, parler du fonds d’investissement, le pourquoi de notre venue etc.
Amira Souilem
L’émir promet de débloquer 50 millions d’euros pour les entrepreneurs de banlieue. Un succès rapidement rattrapé par une polémique. Certains politiques leur reprochent d’être allés demander de l’aide à l’étranger.
Kamel Hamza
Quand vous voyez, tous les jours, des porteurs de projet, des créateurs d’entreprise venir vous voir et vous dire : « Je sors de la banque. La banque ne veut pas me faire de crédit », vous vous dites qu’il faut faire quelque chose.
Amira Souilem
Simple philanthropie ou placement à visée politique ? Ce qui est sûr, c’est que les investissements qataris sont chaudement encouragés par les plus hautes autorités françaises.

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