L'agrandissement du canal de Panama

12 mars 2013
03m 02s
Réf. 05083

Notice

Résumé :

Le canal de Panama permet aux navires de traverser l'Amérique. Des remorqueurs sont employés pour le franchissement des écluses par les navires. De gigantesques travaux d'élargissement du canal de Panama ont lieu : ils doivent permettre le passage des plus gros porte-conteneurs en provenance d'Asie vers l'Amérique du Nord et l'Europe.

Date de diffusion :
12 mars 2013
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

Les échanges de marchandises dans le monde n'ont cessé d'augmenter avec la mondialisation. C'est le transport maritime qui assure l'essentiel de ces échanges, principalement entre les trois grands pôles de la Triade : l'Asie de l'Est, l'Amérique du Nord et l'Europe.

Certains points de passage constituent ainsi des lieux stratégiques du trafic maritime : il s'agit des canaux (ceux de Suez et Panama) et des détroits (ceux de Gibraltar, Malacca ou Ormuz). Ils permettent tous de relier par le plus court chemin deux océans ou mers et par conséquent de réduire considérablement la durée d'un trajet. Ils concentrent donc une part essentielle du trafic mondial maritime de marchandises.

Le canal de Panama est l'un de ces points de passage stratégiques. Traversant l'isthme de Panama, il relie l'océan Atlantique à l'océan Pacifique sur une longueur de 79,6 kilomètres. Son percement avait débuté en 1880 par Ferdinand de Lesseps, fort de son succès précédent avec le canal de Suez, inauguré en 1869 pour relier la mer Rouge et la mer Méditerranée. Après l'échec des Français, le canal de Panama est achevé par les États-Unis à partir de 1903. Inauguré en 1914, il est placé sous administration américaine jusqu'au 31 décembre 1999. Depuis cette date, conformément au traité de rétrocession signé en 1977, le canal est administré par le Panama.

Le canal de Panama continue aujourd'hui d'occuper une place centrale au sein du commerce maritime mondial. Il est emprunté par plus de 14 000 navires chaque année, la plupart faisant la liaison entre l'Asie orientale et l'Amérique du Nord. 5 % du commerce mondial transite ainsi par cette voie d'eau qui relie l'océan Atlantique et l'océan Pacifique et permet de ne pas avoir à contourner l'Amérique du Sud.

Toutefois, les capacités du canal de Panama ne permettent plus de répondre à la croissance du trafic maritime mondial et à l'agrandissement de la taille des bateaux. Il ne peut en effet être emprunté que par des navires dits « Panamax », c'est-à-dire ayant les dimensions maximum pour franchir les écluses du canal de Panama : il s'agit des navires d'un gabarit maximum de 294 mètres de long, 32 mètres de large et qui ont 12 mètres de tirant d'eau.

Les plus grands bateaux qui peuvent actuellement franchir le canal sont des porte-conteneurs d'une capacité de 6 000 équivalent vingt pieds (EVP) et des vraquiers de 80 000 à 85 000 tonnes. Or, les navires ont vu leur taille considérablement augmenter afin de transporter des quantités croissantes de marchandises. On estimait ainsi en 2011 qu'environ 40 % des porte-conteneurs en navigation sur les mers et les océans du globe étaient trop gros pour pouvoir transiter par le canal de Panama.

L'élargissement du canal s'avérait par conséquent indispensable afin de lui permettre de demeurer l'un des points de passage stratégiques du commerce mondial. Ainsi, de gigantesques travaux d'élargissement du canal de Panama ont débuté en 2007 après leur approbation par référendum par la population panaméenne. Prévu pour être achevé en 2014, ce chantier pharaonique devrait coûter près de 4 milliards d'euros. Il s'agit d'une part d'élargir les entrées du canal et d'approfondir les deux voies qui existent déjà. D'autre part, une troisième voie, parallèle aux deux autres, va être percée. L'élargissement du canal de Panama permettra le passage de navires « Post-Panamax », soit ceux qui avaient jusque-là un gabarit trop important pour emprunter le canal. Des navires mesurant jusqu'à 386 mètres de long, 49 mètres de large et ayant un tirant d'eau de 15 mètres pourront désormais franchir les écluses du canal. Ainsi, les porte-conteneurs d'une capacité de 12 000 EVP pourront le traverser.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé le 12 mars 2013 dans la toute dernière partie du journal télévisé de 20 heures de France 2, ce reportage ne traite pas d'un événement d'actualité immédiate. Il est en effet consacré à un chantier : celui de l'élargissement du canal de Panama, commencé en 2007 et devant s'achever en 2014. Les journalistes n'ont pas eu à travailler dans l'urgence puisque le sujet ne traite pas une actualité brûlante. Ils ont disposé de plus de temps pour filmer leurs images, en faire le montage et écrire le commentaire. De même, le reportage adopte davantage la forme et le rythme des reportages tournés pour les magazines d'actualité.

Il a été réalisé sur les lieux même du canal de Panama par des envoyés spéciaux de France 2. Ceux-ci ne sont pas venus de France mais des États-Unis : le journaliste Stephan Breitner est correspondant de France 2 au bureau de la chaîne à Washington où travaille également le journaliste reporter d'images Régis Massini.

Leur sujet se compose d'un montage de plans d'origines très diverses. Il est d'abord principalement constitué d'images factuelles. Celles-ci présentent le canal de Panama, son fonctionnement et son chantier. Le canal est d'abord montré par des vues aériennes afin de faire prendre conscience de ses dimensions actuelles réduites. Son fonctionnement apparaît ensuite à l'écran à travers des plans de navires qui passent par le canal. Une brève séquence s'attache ainsi à montrer le remorquage d'un bateau pour le franchissement des écluses. Stephan Breitner est par ailleurs filmé en plan large dans un plateau extérieur final réalisé devant le cargo libérien CSAV Rio Nevado : il s'agit de rendre concrète la taille de ce navire transporteur de véhicules au pied duquel le journaliste paraît minuscule. Enfin, le chantier de l'élargissement du canal est également montré à l'écran par plusieurs plans : ceux-ci laissent voir les grues et échafaudages sur lesquels travaillent de nombreux ouvriers.

Ce sujet a également recours à plusieurs images en 3D. Celles-ci sont d'abord utilisées pour comparer trois tailles de porte-conteneurs selon leur capacité en équivalent vingt pieds (soit en anglais « twenty-foot equivalent unit », abrégé « TEU ») : les « Panamax », soit les bateaux ayant les dimensions maximum pour franchir les écluses du canal de Panama, puis les navires d'une taille supérieurs et enfin les porte-conteneurs géants dits « Super-Panamax ». L'autre séquence du sujet qui comporte des images 3D donne un aperçu du futur canal de Panama après les travaux.

Le reportage a par ailleurs recours à deux photographies satellitaires tirées du logiciel Google Earth. La première est centrée sur le canal de Panama : il s'agit d'illustrer le gain de temps permis par son franchissement. La seconde présente l'itinéraire des porte-conteneurs géants depuis l'Asie. Dans les deux cas, ces insertions ont une visée pédagogique : montrer l'importance du canal de Panama comme lieu de passage stratégique du commerce maritime mondial.

Enfin, le reportage ne se réduit pas à de simples descriptions techniques et géographiques du canal de Panama et des travaux de son élargissement. Il donne aussi à entendre deux acteurs du canal, un pilote de remorqueur et la directrice du chantier.

Christophe Gracieux

Transcription

Présentateur
Et direction maintenant le Panama avec ce coup d’accélérateur pour la mondialisation. L’essentiel du commerce mondial se fait, vous le savez, par les porte-conteneurs, ces cargos géants. Eh bien le fameux canal, seul point de passage pour traverser l’Amérique, est l’objet d’un gigantesque chantier. Il sera élargi pour accueillir des navires toujours plus gros. Envoyés spéciaux : Stephan Breitner et Régis Massini.
Stephan Breitner
Le canal de Panama, c’est une voie d’eau pas plus large que la Seine où s’engouffrent des navires de 250 mètres de long. Pour parcourir ses 80 kilomètres entre l’Atlantique et le Pacifique, il faut passer 3 écluses. Une merveille, ce canal. Construit il y a 100 ans, c’est le seul endroit qui permet de traverser l’Amérique. Tous les jours, ces bateaux de 65 000 tonnes mettent une dizaine d’heures pour passer d’un océan à l’autre. Mais leur taille est telle que des remorqueurs doivent les accompagner avant chaque écluse. Dalton Rodriguez est pilote depuis 8 ans. Cette fois-ci, c’est un gazier en provenance de Singapour qui doit livrer sa cargaison aux Etats-Unis. Concentré, il manoeuvre avec beaucoup de précaution.
Dalton Rodriguez
Pour moi, c’est comme diriger un bateau qui a la puissance d’un éléphant avec la délicatesse d’un colibri. C’est ça mon métier.
Stephan Breitner
Mais il y a encore bien plus gigantesque. Ces supers Panamax, 3 fois plus gros, constitueront en 2025 la majorité de la flotte des porte-containers. Aujourd'hui, ces bateaux venus d’Asie n’ont pas d’autre choix que de décharger leur cargaison sur la côte ouest des Etats-Unis. Dans deux ans, grâce au nouveau canal élargi, ces super-navires pourront livrer directement leurs containers sur la côte est et vers l’Europe. Un gain de temps et bien évidemment d’argent. Pour accueillir ces bateaux de 150 000 tonnes et 400 mètres de long, les Panaméens se sont lancés dans un chantier pharaonique. Démarré il y a 5 ans, il va coûter plus de 6 milliards d’euros. 24h/24, 26 000 ouvriers s’y relaient pour creuser un deuxième canal. Un investissement extrêmement lourd mais bien réfléchi.
Ilya (De) Marotta
C’est sûr, ça représente un sacrifice pour les Panaméens depuis quelques années, mais qui va rapporter gros dans le futur.
Stephan Breitner
Et ça rapportera combien ?
Ilya (De) Marotta
5 à 6 fois plus que ce qu’on gagne actuellement avec les droits de passage du canal.
Stephan Breitner
De nouvelles écluses vont également sortir de terre, situées juste à côté des anciennes. Celle-ci, unique au monde, fonctionne sur 3 niveaux. Dans chaque sas, le bateau est tiré par des locomotives. Du travail d’orfèvre. La coque est à moins de 20 cm du bord. Ici, chaque passage coûte 70 000 euros. Et en avril 2015, anciennes et nouvelles écluses fonctionneront en parallèle. Avec l’élargissement du canal, c’est tout le trafic mondial qui se trouve bouleversé et principalement aux Etats-Unis. Déjà, les ports s’équipent pour accueillir ces super-navires. Enjeu : des milliers d’emplois et des milliards de dollars en impôts et taxes. Entre la côte est et la côte ouest, la guerre des ports est déclarée.