Les plantations de soja au Brésil

28 mars 2005
02m 05s
Réf. 05085

Notice

Résumé :

Depuis les années 1990, la culture du soja s'est étendue au Brésil et aux pays voisins, au point que la production sud-américaine dépasse celle des Etats-Unis. La demande mondiale en augmentation pousse les entrepreneurs à mettre en culture de nouvelles surfaces. Au Brésil, le front pionnier remonte vers l'Amazonie et déborde sur les pays voisins.

Date de diffusion :
28 mars 2005
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Contexte historique

La production mondiale de soja, de 2005 et 2010, est en moyenne de 240 millions de tonnes. Un niveau très supérieur à ce qu'elle était jusqu'aux années 80, où elle atteignait à peine 100 millions de tonnes. Le développement rapide de la production date des années 90, quand de larges surfaces sont mises en culture en Argentine et au Brésil, alors que dans le même temps les rendements doublaient grâce à l'utilisation de semences OGM. Pour la période 2003-2007, le rendement moyen progresse de 5,7 % alors que celui du blé ne gagne que 2 %. Dès cette époque, les Etats-Unis, le Brésil et l'Argentine, les trois premiers pays producteurs, récoltent 80 % du total mondial.

Ce boom de la production de soja répond à une demande haussière, venant principalement de Chine, du Japon et de l'Union Européenne. Le soja sert principalement à l'alimentation du bétail sous la forme de tourteaux (résidu protéiné de la plante après extraction de l'huile par trituration). L'Union Européenne en importe annuellement 30 millions de tonnes. L'huile qui représente moins de 20 % du poids après raffinage est réservée à des usages alimentaires et industriels. On en trouve dans le biodiesel, les colorants ou la lécithine dont les propriétés émulsifiantes sont indispensables pour stabiliser les produits de l'industrie agro-alimentaire.

Nous sommes donc en présence d'une culture fortement intégrée au marché mondial, aux échanges et à l'industrialisation. Elle est dominée par un petit groupes d'acteurs tant dans le domaine de la production que dans celui de la consommation. La Chine, pays d'origine du soja, en est le premier importateur mondial pour répondre aux besoins d'une consommation de viande en hausse et pour alimenter ses propres usines de trituration. La France essaye de diminuer ses importations en développant des alternatives oléo-protéagineuses comme le colza. On calcule un taux d'indépendance protéinique qui est dans l'UE de 33 %. En France la situation est un peu meilleure mais les importations sont indispensables. En 2010, 22 % de la production brésilienne de soja est destinée à la France.

La culture de soja occupe plus d'un million de kilomètres carrés dans le monde. Au Brésil, c'est 38% des terres cultivées et la moitié des surfaces de grandes cultures. La progression continue. Chaque année, 10 000 km2 de forêt amazonienne sont déboisés et mis en culture. Le soja brésilien qui était cultivé dans le sud dans les années 70 a opéré une remontée vers le nord. La première étape, dans les années 90, est la mise en culture de la savane arborée (Cerrado) du Centre-Ouest dont le cœur est le Mato Grosso. Ce vaste territoire est maintenant intégré dans l'économie agrobusiness du soja. Les sols ont été amendés pour les rendre moins acides, l'institut d'agronomie (Embrapa) sélectionne des variétés adaptés au Cerrado, la concentration des exploitations a été encouragée, au détriment des exploitations familiales et vivrières, pour faciliter l'usage massif du machinisme. On atteint un record dans une commune du Mato Grosso où 76 exploitations se partagent 365 000 ha de soja. Aujourd'hui, le front pionnier des cultures du soja déborde vers l'Amazonie où, depuis le début du nouveau siècle, 13 millions d'hectares de forêt ont été déboisés pour produire du soja. L'expansion se poursuit aussi en direction du Paraguay. Dans ce dernier pays ce sont des multinationales qui sont à l'œuvre. Le soja occupe 76 % des terres et est exporté à 95 %. Cette mainmise sur le sol se fait au détriment des autres cultures (maïs, blé, manioc, tournesol). Les exploitations familiales petites et moyennes, dont le nombre a diminué d' ¼ en dix ans, font les frais de cette extension des surfaces. Les incidents entre les entrepreneurs brésiliens et les paysans paraguayens sont de plus en plus nombreux et ont déjà fait des victimes. La pression s'exerce aussi à la frontière bolivienne.

Claude Robinot

Éclairage média

L'émission Un œil sur la planète est un magazine de géopolitique diffusé sur France 2. Les sujets sont variés et les enquêtes approfondies. Les thèmes économiques, pour autant qu'ils aient une dimension mondiale, sont souvent abordés. C'est le cas de l'extension de l'aire de culture du soja au Brésil. Les images sont spectaculaires, commentées avec emphase. On insiste sur la démesure de cette exploitation. Le reportage a été tourné à Lucas do Rio Verde, une commune du Mato Grosso, peuplée de colons d'origine italienne ou allemande. Le maire n'est autre qu'Otaviano Pivetta, l'exploitant qui arrive en avion privé sur ses terres, comme la plupart des propriétaires de la région. Le commentaire laisse entendre que sa réussite a été fulgurante. L' « aventurier » comme dit le commentaire est un ancien camionneur qui a profité de l'avancée du front pionnier sur les terres du Centre-Ouest pour se constituer une propriété de 300 000 hectares principalement plantée en soja. Les images et le propriétaire montrent les avantages de ces terres, une topographie favorable à la grande culture et de l'eau en abondance. Le film montre les étendues de plaines et de champs ouverts. On a du mal à imaginer que c'était le domaine du Cerrado, une steppe broussailleuse qui a été complètement défrichée. Le seul frein était l'acidité des terres : il a été réglé par des apports chimiques et des plants OGM. Cette région est le cœur de la production de soja du Brésil. La technique de la deuxième culture, semée dans la continuité de la récolte, est une pratique généralisée sur les parcelles les plus fertiles du Mato Grosso. Elle se fait en janvier, on sème en général du coton après le soja. Dans certains cas, une troisième récolte irriguée est possible.

Claude Robinot

Transcription

Journaliste
Le géant vert a un appétit démesuré. Les surfaces cultivables sont tellement énormes qu’il faut une armée de moissonneuses guidées par GPS pour récolter un champ.
(Bruit)
Journaliste
Le nouveau filon, c’est le soja. Il procure ¼ de ses revenus agricoles au Brésil.
(Bruit)
Journaliste
Ici, dans l’état du Mato Grosso, le soja n’existait pas il y a 30 ans. Aujourd'hui, il couvre l’équivalent de 13 départements français.
(Bruit)
Journaliste
Otaviano Pivetta est le plus gros producteur de la région. Sa terre est si grande qu’on ne peut la voir que d’avion. Il a démarré avec 50 hectares de soja à l’époque où la terre ne valait pas grand-chose. [Portugais]
Otaviano Pivetta
Je ne pensais pas que ça allait évoluer aussi vite. J’aimais bien cette terre plate. Mais la terre de la savane est peu fertile. Il y avait une bonne topographie, de la pluie, du soleil. Les ressources naturelles semblaient bonnes. Il ne manquait que la fertilité.
Journaliste
Cet aventurier est arrivé en même temps que les techniques de fertilisation. Aujourd'hui, il cultive 100 000 hectares et le prix de sa terre a été multiplié par 20.
Otaviano Pivetta
On a besoin d’optimiser l’utilisation de la terre alors on fait 2 récoltes par an. Il faut qu’on récolte rapidement. Ça veut dire récolter aujourd'hui et planter aujourd'hui. Tout est chronométré. Et en plus, comme ici, il pleut beaucoup, dès que le temps est bon, il faut en profiter pour aller vite. C’est pour ça qu’on a beaucoup de machines.
(Bruit)
Journaliste
Les moissonneuses sont encore dans le champ qu'on sème déjà la deuxième récolte. Avec ses méthodes éclairs, Otaviano s’est retrouvé à la tête d’un empire de plus de 200 millions d’euros.