Les marins philippins, travailleurs ou émigrés

19 octobre 2007
03m 37s
Réf. 05086

Notice

Résumé :

Aux Philippines, 8 millions de travailleurs sont candidats à l'émigration, un ministère leur est consacré. Parmi eux, 300 000 marins représentent un quart des équipages de la marine marchande mondiale à tous les niveaux de qualification, y compris les officiers de bord. Sans eux, le commerce mondial serait impossible.

Type de média :
Date de diffusion :
19 octobre 2007
Lieux :

Contexte historique

Les Philippines sont peuplées de presque 100 millions d'habitants, dont 1/3 vit en dessous du seuil de pauvreté. La faiblesse des industries locales et une immense population rurale ont conduit les populations de l'archipel à aller chercher du travail d'une île à l'autre, puis à l'étranger. L'usage de la langue anglaise a de plus facilité l'expatriation. On estime à 8 millions le nombre de Philippins travaillant à l'étranger : 5 millions le sont à titre permanent, un peu plus de 2 millions sont des travailleurs temporaires sous contrat, le reste est constitué de clandestins évalués à moins d'un million.

Les Philippines sont un des rares pays du monde à disposer d'un bureau des travailleurs émigrés : « Philippine Overseas Employement Administration » dépendant du ministère du travail et de l'emploi. La filière d'exportation de travailleurs temporaires sous contrat a été mise en place en 1975, sous la dictature du président Marcos. En 1983, un centre d'information est ouvert à Djeddah, en Arabie saoudite, pour les travailleurs expatriés, essentiellement du personnel de maison, assez souvent mal traité. En 2005, une « hotline » du ministère du travail et de l'emploi est mise en place pour venir en aide aux expatriés temporaires, les renseigner sur leurs droits ou l'état du marché du travail. Les marins bénéficient d'un traitement spécifique : en 2000, les Philippines adhèrent à l'Organisation Maritime Mondiale : le pays s'engage à appliquer toutes les conventions internationales relatives au droit de la mer.

En 2012, un peu plus de 2 millions de Philippins, expatriés temporaires sous contrat, sont officiellement enregistrés. Leur nombre a doublé depuis 1997. Pour un peu plus de la moitié, ce sont des hommes originaires de Manille et du Nord de l'archipel. Les migrants sont jeunes, la moitié a entre 24 et 35 ans. Les femmes sont à 55 % non qualifiées alors que pour les hommes le taux est de 31 %. L'Arabie saoudite, les Emirats et le Qatar sont la première destination (42 %) de ces travailleurs employés comme personnel de maison, ouvriers du bâtiment ou employés de services. En 2012, les expatriés ont envoyé aux Philippines une grande partie de leurs gains pour un montant de 21 milliards de $, dont 5 milliards venaient des marins expatriés. Sur la période 2008-2012, le nombre de marins philippins disponibles est d'environ 450 000, mais seulement les deux-tiers sont embarqués par les armements mondiaux. On les trouve sous tous les pavillons de complaisance, à commencer par les plus importants : 72 000 pour le Panama, 42 000 aux Bahamas et 39 000 au Libéria. Toutes les flottes sont concernées. Les marins ordinaires sont les plus nombreux, mais les Philippins sont présents à tous les postes : mécaniciens, cuisiniers... et 12 000 officiers. Le ministère du travail les encourage à se former car l'offre de marins de base excède la demande alors qu'il y a une pénurie d'officiers. Les marins philippins sont relativement bien traités et payés surtout si l'on prend en compte les critères locaux ; non seulement leur paye fait vivre la famille mais une partie est épargnée. En revanche, l'éloignement 9 mois par an est souvent mal vécu et générateur de troubles.

Claude Robinot

Éclairage média

Le reportage de France 3, d'une durée de 3 min 40, dresse un tableau assez complet de l'originalité de l'émigration philippine. Le sujet commence par des images convenues de Manille avec ses quartiers de bidonvilles très concentrés le long de la côte et par contraste le quartier d'affaire et ses hautes tours. Une opposition rhétorique qui expliquerait la misère et la volonté de partir à l'étranger. L'argumentation est un peu rapide ; les bidonvilles s'expliquent surtout par l'exode rural et la croissance démesurée de la capitale. Le commentaire parle de 8 millions de Philippins émigrés ; tous ne relèvent pas du ministère du travail. Le POEA, dont on voit l'immense hall d'accueil, ne s'occupe en réalité que des travailleurs partant à l'étranger avec un contrat. C'est à dire 2 millions de travailleurs temporaires dont le statut est parfaitement défini, les OPW : Overseas Filipino Workers. Le reportage cite les métiers et les destinations, mais il oublie de dire que le premier pays d'immigration est l'Arabie saoudite, pour les personnels de maison.

Les marins ne sont pas à proprement parler des immigrés, mais plutôt des travailleurs temporaires. L'intérêt de ce reportage est de contrer quelques idées reçues sur les expatriés des pays du sud. Ils ont une parfaite connaissance du marché du travail et des conditions d'embauche. La bourse du travail en plein air le montre clairement. Les agences viennent chercher les marins disponibles, ceux qui ont pris quelques temps de repos après avoir navigué pendant presque une année. Les salaires pratiqués sont ceux de la marine marchande sous pavillon de complaisance. On peut faire jouer la concurrence et l'interlocuteur du journaliste connaît le prix d'une qualification et il est capable de citer le pourcentage de marins philippins embarqués dans le monde.

Claude Robinot

Transcription

(Musique)
Journaliste
Manille, mégapole de 15 millions d’habitants. Une des villes les plus polluées au monde. Ici, les hôtels luxueux côtoient les bidonvilles. Un Philippin sur 2 vit avec moins de 2 dollars par jour. Alors la seule solution pour s’en sortir, c’est de partir à l’étranger.
(Musique)
Journaliste
Rendez-vous est pris au ministère des travailleurs émigrés. Dans ce bâtiment grand comme un hall d’aéroport, des milliers de Philippins viennent ici chaque jour déposer leur passeport pour obtenir les visas nécessaires à leur futur emploi de femme de ménage, d’infirmière, de maçon ou de marin à Paris, Londres, Singapour ou Dubaï. Ici, on enregistre officiellement 8 millions de travailleurs expatriés dont 300 000 marins.
Intervenante
[Anglais]. Il y a une préférence pour les marins philippins car les employeurs étrangers disent qu’ils sont motivés, compétents, éduqués, qu’ils parlent un bon anglais, ce qui est un avantage sur beaucoup d’autres nationalités. Et puis les marins philippins ont une capacité d’adaptation à des environnements différents, multiculturels.
(Bruit)
Journaliste
Voici Luneta. C’est le nom d’une place au centre de Manille. C’est aussi un marché pas comme les autres. Les rabatteurs d’agences d'intérim s’y retrouvent tous les jours pour faire la chasse aux marins.
(Bruit)
Intervenant 1
Tiens ! Regarde ce boulot. Ils recherchent un ingénieur en second pour 2300 dollars par mois. Et celui-ci, combien il propose ? C’est un peu mieux payé. Ici, vous pouvez comparer les salaires. Alors les marins, ils peuvent choisir leur embarquement. Ils peuvent choisir pour quelle compagnie ils veulent travailler.
(Bruit)
Journaliste
Les officiers sont les plus recherchés. Les salaires peuvent atteindre plus de 8000 dollars par mois pour un commandant de chimiquier.
(Bruit)
Intervenant 2
Nous sommes la profession qui rapporte le plus d’argent au pays. Nous sommes les premiers fournisseurs de marins au monde. Et nous approvisionnons près de 27% de la flotte mondiale. C’est bien nous, les Philippins.
Journaliste
Mais qu’est-ce que vous pensez des marins français ou des marins européens qui disent que vous leur piquez leur boulot, en fait ?
Intervenant 2
Alors, écoutez, en fait, tout ça dépend du choix de l’armateur. Nous, on n’a rien à voir avec ça. Tu prends l’exemple d’un propriétaire qui veut un équipage pour son bateau. Il en trouve un. Oui, mais celui-là est trop cher. Alors il en trouve un moins cher et qui sera quand même compétent pour amener son bateau en toute sécurité à son port de destination. Alors à même niveau de qualification et de compétence, moi, je prends l’équipage le moins cher.

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