Les sommets européens de Stuttgart à Fontainebleau (juin 1983-juin 1984)

25 juin 1984
02m 36s
Réf. 05100

Notice

Résumé :

Depuis 1979, Margaret Thatcher réclame une réduction du montant de la participation britannique au budget communautaire. Un an de négociation est nécessaire, de Stuttgart à Fontainebleau (juin 1983-juin 1984), avec Helmut Kohl et François Mitterrand, pour trouver un compromis qui permette à la communauté d'avancer sur la question de l'élargissement et sur le projet d'acte unique.

Date de diffusion :
25 juin 1984
Source :
A2 (Collection: JA2 20H )

Contexte historique

Le début des années 80 est marqué par l'arrivée sur la scène politique de nouveaux dirigeants qui veulent, tant pour des raisons intérieures que par conviction politique, faire bouger les lignes en Europe. François Mitterrand est élu en 1981. Après l'échec de sa politique de relance keynésienne, il se tourne vers l'Europe, en affirmant le maintien du franc dans le SME (mars 1983). Il rassure aussi le partenaire allemand en offrant le soutien français dans la crise des euromissiles (discours du Bundestag, janvier 1983). Dans ces conditions, le chrétien-démocrate Helmut Kohl, chancelier depuis l'automne 1982, se montre favorable à l'action concertée du tandem franco-allemand pour faire avancer les questions européennes : financement du budget européen, coût de la politique agricole, élargissement aux pays du sud, renforcement des institutions...

Toutes ces questions abordées, de six mois en six mois, aux sommets européens  - Stuttgart juin 1983, Athènes décembre 1983, Bruxelles mars 1984 - sont bloquées par l'attitude intransigeante du premier ministre britannique Margaret Thatcher qui refuse tout accord tant que ne sera pas réglée la question du montant de la participation britannique au budget communautaire. La « Dame de fer », facilement réélue en 1983, après sa victoire dans la guerre des Malouines, se sent en position de force pour revendiquer un remboursement d'une partie des sommes versées. Elle résume la situation par une formule restée célèbre : « I want my money back ». Son attitude est justifiée par le fait que le Royaume-Uni, depuis 1974, est défavorisé par les mécanismes de fonctionnement de la CEE et de la politique agricole. La faiblesse de l'agriculture britannique et les importations de produits extra-communautaires la pénalisent. La contribution anglaise est largement supérieure aux bénéfices que son économie peut espérer en retour. Ce déséquilibre est reconnu par les autres partenaires, sans que l'on ait pu parvenir à y remédier. Il faudra trois ans de négociations pour trouver un compromis acceptable. Le Conseil européen de Fontainebleau dans la déclaration finale reconnaît que : « tout État membre supportant une charge budgétaire excessive au regard de sa prospérité relative est susceptible de bénéficier, le moment venu, d'une correction ». Margaret Thatcher, isolée face à ses partenaires, transige en acceptant un rabais de 66 %. En échange, on peut avancer sur les autres dossiers à l'ordre du jour, comme l'élargissement de la communauté à l'Espagne et au Portugal ou la mise en place d'une Europe des citoyens, dont une des premières mesures symbolique est le projet de passeport européen.

La fin de cette crise européenne permet aussi de relancer les questions institutionnelles et d'approfondir l'intégration économique. Le projet de réforme des institutions est confié à un comité intergouvernemental présidé par l'anglais James Doodge. Le Français Jacques Delors, aidé par Francis Cockfield, est chargé de la rédaction d'un livre blanc sur les mesures à prendre pour faciliter la circulation des personnes et des biens et unifier le marché européen. Ces travaux déboucheront sur l'acte unique européen de 1986.

Claude Robinot

Éclairage média

Quand le journal télévisé traite d'un sujet jugé complexe, voire fastidieux, pour le téléspectateur, la rédaction estime nécessaire et pédagogique de réaliser une « rétro ». Il s'agit en moins d'une minute de faire le rappel en sons et en images des étapes précédant l'événement et d'exposer de manière simple les enjeux du jour. La question qui domine le sommet de Fontainebleau, qui s'ouvre le 25 juin 1984, est celle du montant du chèque qu'obtiendront les Britanniques à l'issue d'un compromis âprement négocié. Des images fixes ponctuent la chronologie avec chaque fois la date d'un sommet européen : Stuttgart juin 1983, Athènes décembre 1983, Bruxelles mars 1984, Fontainebleau juin 1984. Entre ces bancs titres, un montage d'images d'archives montre les principaux dirigeants européens (Mitterrand, Kohl, Thatcher) et leurs conseillers (Geoffrey Howe et Jacques Attali) en séances plénières où lors de rencontres bilatérales. Ce qui correspond aux deux procédures habituelles de négociation entre les Etats. La question des surplus agricoles et du coût de la PAC qui est au cœur des débats est illustrée par une série d'images-prétexte sur des labours et des tracteurs.

La dernière image du sujet, en plan fixe, résume parfaitement l'enjeu du sommet. Un portrait sur fond noir du premier ministre britannique Margaret Thatcher associé à une citation en anglais : « I want my money back ». Ce sujet du journal télévisé qui se termine par une interrogation traduit bien l'incertitude dans laquelle se trouve l'opinion, un peu lassée par ces querelles européennes.

Claude Robinot

Transcription

Présentateur
D’espoir en déconvenue, les sommets européens se sont donc succédé depuis un an. On s’attendait à ce qu’ils règlent les problèmes. Et toujours, il y eut, quelque part, quelque chose qui empêchait de parvenir à un accord. Philippe Sassier.
Philippe Sassier
Stuttgart, juin 1983. Derrière les sourires des chefs d’Etat et de gouvernement, il y a les soucis. Tous savent que l’Europe, qui fête ses 25 ans, arrive à un tournant de l’histoire où la menace un énorme fossé : le déficit financier. Commence alors une partie de bras de fer entre ceux qui veulent dépenser moins et ceux qui réclament qu’on cotise plus. Premier avocat des économies à faire : l’Angleterre. Elle verse plus qu’elle ne reçoit, 14 milliards de francs. Et elle réclame qu’on lui rende 9 milliards. Elle refuse toute augmentation des cotisations. « Il n’y a pas que vous qui soyez pauvre » lance François Mitterrand à Maggie Thatcher. Le ton est donné entre celle qui défend son porte-monnaie et celui qui défend ses agriculteurs. On se donne 6 mois pour réfléchir. Athènes, décembre 83. Ce petit déjeuner entre François Mitterrand et Maggie Thatcher est un mini événement historique. La France et l’Angleterre partagent leurs croissants mais moins que jamais leurs idées sur l’Europe. Ce sera l’échec. Il y a des saluts amicaux mais pas le moindre accord. La France, qui devient présidente de la communauté pour 6 mois, sait que la politique agricole est la pièce majeure de cet invraisemblable puzzle européen qu’il faut reconstituer. Elle sait que le budget agricole ne peut plus être un gouffre sans fond. Elle devra accepter de diminuer la production laitière et de voir ralentir la progression des dépenses agricoles. Bruxelles, mars 84. La France a préparé cette réunion en faisant régler plusieurs dossiers. Mais c’est de nouveau l’échec. Les Anglais réclament toujours 9 milliards de francs. On leur en propose 7. Une crise pour si peu d’argent ? , direz-vous ? En fait, il s’agit moins d’une histoire de gros sous que de conception différente de l’Europe, de ses mécanismes, de son financement. François Mitterrand rencontrant Maggie Thatcher une nouvelle fois, à Paris, le 4 mai dernier, sait très bien que les paysans français, grecs et italiens n’ont pas les mêmes intérêts que les commerçants et les industriels britanniques. C’est pourquoi le chancelier allemand et le président français veulent redonner un souffle politique à l’Europe. Mais à Fontainebleau comme à Bruxelles ou à Athènes hier, ils entendront une voie féminine et familière leur murmurer : « I want my money back » (Rendez-moi mon argent).

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