L'Eurocorps, corps d'armée européen

03 juin 1994
01m 54s
Réf. 05101

Notice

Résumé :

Constitué par des soldats français et allemands, l'Eurocorps a été invité par le président français François Mitterrand à participer au défilé du 14 juillet 1994 sur les Champs-Élysées. L'organisation de ce corps militaire européen est présentée.

Date de diffusion :
03 juin 1994
Source :
A2 (Collection: MIDI 2 )

Contexte historique

La question d'une politique de défense commune a toujours constitué l'un des principaux écueils de la construction européenne. Ainsi, avant même la fondation de la Communauté économique européenne, le projet d'une Communauté européenne de défense avait échoué : la France avait refusé en 1954 de ratifier le traité qui prévoyait la mise en place d'une armée européenne intégrant des soldats allemands. Par la suite, la guerre froide avait empêché toute avancée vers une Europe de la défense : c'était l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord, sous l'égide des États-Unis, qui avait pris en charge la défense de l'Europe de l'Ouest.

La chute du mur de Berlin et la disparition de l'URSS relancent cependant le projet d'une défense européenne. Le traité de Maastricht, signé en 1992, institue en effet la politique étrangère et de sécurité commune (PESC). Par ailleurs, l'Union de l'Europe occidentale (UEO), organisation de défense et de sécurité créée dès 1948 par le traité de Bruxelles mais peu active jusque-là, se voit chargée par l'Union européenne « d'élaborer et de mettre en œuvre les décisions de l'Union qui ont des implications dans le domaine de la défense ». Puis, à Petersberg, toujours en 1992, le Conseil de l'UEO fixe le cadre des opérations qui peuvent lui être confiées : il s'agit de missions de maintien ou de rétablissement de la paix, ainsi que de missions humanitaires. Puis, en 1997, le traité d'Amsterdam établit une Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) : l'Union européenne reprend à son compte les missions de l'UEO délimitées à Petersberg.

Toutefois, malgré ces progrès sur le chemin d'une défense européenne, les réalisations concrètes communes demeurent très rares. L'Eurocorps en est l'une des seules. Créé en mai 1992 à l'initiative du président français François Mitterrand et du chancelier allemand Helmut Kohl, ce corps d'armée réunit, sous l'autorité d'un état-major multinational installé à Strasbourg, des unités qui continuent de servir sous leur uniforme national. Il est ainsi composé de soldats allemands et français dès 1992, rejoints par des Belges en 1993, des Espagnols en 1994 et des Luxembourgeois en 1996. Par ailleurs, la Pologne, la Grèce, l'Autriche, la Turquie et l'Italie détachent des officiers de liaison à son état-major. L'Eurocorps intègre également en 1993 la Brigade franco-allemande : c'est une unité mixte composée de militaires français et allemands qui a été créée en 1989, également à l'initiative de François Mitterrand et d'Helmut Kohl. À deux reprises, en 1994 et 2003, un contingent de ce corps d'armée européen est invité à défiler sur les Champs-Élysées, lors de la fête nationale française.

Mis au service de l'UEO à partir de 1993 et devenu opérationnel en 1995, l'Eurocorps est engagé une première fois sous le commandement de l'OTAN en 1998. Il fournit alors une participation modeste à la force militaire de stabilisation en Bosnie-Herzégovine, la SFOR. C'est cependant au Kosovo, en 2000, que l'Eurocorps connaît son véritable baptême du feu : il se voit confier le commandement de la force multinationale de paix dans cette ancienne République yougoslave, la KFOR, et pourvoit deux-tiers de ses effectifs.

En dépit de la formation de l'Eurocorps, le projet d'une armée commune européenne demeure inenvisageable en raison des fortes réticences de la plupart des membres de l'Union européenne. De la sorte, les interventions extérieures ne se font pas sous le drapeau européen. La France et le Royaume-Uni ont ainsi agi seules en Libye au printemps 2011 contre Mouammar Kadhafi. De même, en 2013, l'armée française est intervenue au Mali contre les islamistes sans recevoir d'aide de la part des vingt-six autres États membres. De fait, l'Europe de la défense n'a toujours pas vraiment de réalité. Cette absence de politique de défense commune est l'un des plus grands révélateurs du déficit politique d'une Union européenne également dépourvue d'une diplomatie commune.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé le 3 juin 1994 au sein du journal télévisé de la mi-journée de France 2, ce bref sujet est entièrement consacré à l'Eurocorps. Il a été réalisé afin de présenter aux téléspectateurs cette unité militaire, deux jours après que le président français François Mitterrand ait proposé qu'un détachement de sept cents soldats de ce corps européen participe au défilé de l'armée française sur les Champs-Élysées, à l'occasion de la fête nationale du 14 juillet.

Il se compose en grande partie d'images qui ont été tournées auparavant. Ces plans n'ont pas été filmés par une équipe d'envoyés spéciaux de France 2. Ils émanent en effet de l'Établissement cinématographique et photographique des armées (ECPA). Le premier service chargé de prendre des images de l'armée française avait été créé en pleine Première Guerre mondiale, en 1915 : il s'agissait des Sections photographiques et cinématographiques des armées, remplacées en 1969 par l'ECPA puis en 2001 par l'Établissement de communication et de production audiovisuelle de la défense. Ce service a pour principal but de filmer les armées françaises, en opérations militaires mais aussi en exercices exécutés en temps de paix. Leurs images sont ensuite souvent reprises dans des reportages par les chaînes de télévision avec le sigle « ECPA » ou « Armée de Terre ».

En l'occurrence, il s'agit d'un montage d'images tournées au sein de l'Eurocorps. Les soldats français et allemands sont présentés lors d'une prise d'armes et d'un défilé militaire mais également lors de manœuvres : on les voit lors d'exercices d'artillerie et de blindés ainsi que lors d'une marche. Ces images visent toutes à illustrer le fonctionnement de l'Eurocorps.

Les seuls plans du reportage qui ne soient pas constitués d'images filmées par l'ECPA sont les extraits d'interviews de deux officiers, l'un allemand, l'autre français. Ils ont été choisis afin d'illustrer la coopération entre les deux anciens pays ennemis au sein de l'Eurocorps. Le contenu des deux témoignages symbolise bien, du reste, la réconciliation franco-allemande : le lieutenant-colonel allemand, qui s'exprime en français, défend les valeurs de la Révolution française, tandis que son homologue français récuse l'image des soldats allemands héritée de la Seconde Guerre mondiale.

Christophe Gracieux

Transcription

Présentateur
Monsieur Mitterrand, vous le savez, a décidé, c'était avant-hier d’inviter le chancelier Kohl, le chancelier allemand, aux cérémonies du 14 juillet prochain. Invité à voir défiler un détachement de l’Eurocorps composé essentiellement de soldats allemands et français. Décision diversement accueillie dans les milieux politiques français. Les communistes n’en voient pas l’utilité. Monsieur Robert-André Vivien, RPR, est contre. Mais au fait, comment cela va-t-il s’organiser ? Didier Epelbaum, Christine Boos. Reportage.
Didier Epelbaum
Les Allemands qui défileront sur les Champs-Elysées appartiennent à l’Eurocorps, le corps européen basé à Strasbourg. Ils marcheront dans leur uniforme national tout comme les Français. Probablement 140 hommes de chaque nationalité.
Lt-Colonel Fett
J’étais très fier d’avoir la possibilité de défiler le 14 juillet parce que je crois que la Révolution française a créé et défendu des valeurs qui sont aussi les nôtres, les valeurs des soldats du corps européen.
Lt-Colonel Winckler
Ce n’est pas du tout les Allemands occupants qui reviennent, qu’on veut associer à cette idée. C’est l’Europe qui se crée avec l’Allemagne et avec la Belgique aussi, qu’il ne faut pas oublier.
Didier Epelbaum
Et avec les Espagnols et les Luxembourgeois aussi qui ont demandé à être de la fête. Mais leur participation n’est pas encore définie. Ce qui distingue ces soldats de leurs armées nationales, c’est peu de choses : un insigne et le fanion de l’unité qui existe depuis octobre dernier. La brigade franco-allemande que l’on voit, ici, en manoeuvre il y a un peu plus d’un mois, est rattachée au corps européen. Ces soldats portent 3 chapeaux. Ils dépendent de leur état-major national, de l’OTAN et du commandement du corps européen en cours de création. Bientôt, il y aura 3 divisions (une française, une allemande et une belge) destinées en premier lieu à des actions humanitaires. Ils auront mission d’enterrer la hache de guerre et pas seulement aux Champs-Elysées.

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