La question des frontières de l'Union européenne

19 mai 2005
01m 36s
Réf. 05106

Notice

Résumé :

La question des frontières de l'Union européenne se pose alors que celle-ci compte vingt-cinq États membres depuis l'élargissement de 2004. Deux pays candidats, la Roumanie et la Bulgarie, doivent y adhérer en 2007. La Croatie a elle aussi posé sa candidature. Des négociations vont également débuter avec la Turquie. Ces États doivent respecter des critères d'adhésion.

Date de diffusion :
19 mai 2005
Source :

Contexte historique

Fondée en 1957, la Communauté européenne n'a cessé de s'agrandir. Elle n'a d'abord concerné que l'Europe de l'Ouest, d'où sont issus les six pays (France, République fédérale d'Allemagne, Italie, Belgique, Pays-Bas et Luxembourg) qui signent à Rome le 25 mars 1957 le traité instituant la Communauté économique européenne.

Le premier élargissement de la Communauté, le 1er janvier 1973, qui voit l'entrée de la Grande-Bretagne, de l'Irlande et du Danemark, déplace encore davantage son centre de gravité sur l'Europe du Nord-Ouest. Cependant, la Communauté se tourne vers l'Europe du Sud dans les années 1980 : la Grèce y fait son entrée le 1er janvier 1981, suivie par l'Espagne et le Portugal le 1er janvier 1986.

Les élargissements suivants repoussent ensuite les frontières de la Communauté vers l'Est. Le 1er janvier 1995, ce sont ainsi l'Autriche, la Finlande et la Suède qui font leur entrée dans l'Union européenne, désormais forte de quinze membres. Mais c'est surtout en 2004 que l'Union s'élargit vers l'Europe centrale et orientale. La fin de la guerre froide et la disparition du « rideau de fer » rendent possible l'adhésion à l'Union européenne des anciens pays membres du bloc soviétique. Le 1er mai 2004 a ainsi lieu le cinquième élargissement, le plus important de l'histoire de la Communauté : celle-ci accueille dix nouveaux États, passant de quinze à vingt-cinq membres. Cinq anciennes démocraties populaires (Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie et Slovénie), trois ex-républiques soviétiques (Estonie, Lettonie et Lituanie) et deux îles méditerranéennes (Chypre et Malte) entrent officiellement dans l'Union. Ils sont ensuite rejoints le 1er janvier 2007 par deux autres anciens pays communistes, la Bulgarie et la Roumanie. Enfin, après un traité d'adhésion signé à Bruxelles le 9 décembre 2011, la Croatie, ancienne république yougoslave, intègre à son tour l'Union européenne le 1er juillet 2013.

Composée de vingt-huit États membres à partir de 2013, l'Union européenne n'a ainsi plus rien à voir avec la Communauté des Six de 1957. Peuplée de 508 millions d'habitants contre 167 millions en 1957, elle constitue désormais le troisième ensemble de population du monde, derrière la Chine et l'Inde. D'une superficie de plus de 4,3 millions de km2, elle s'étend sur presque tout le continent européen.

Ses élargissements successifs posent toutefois la question de ses frontières. Plusieurs autres États sont du reste candidats à l'intégration. Ils doivent pour cela respecter les critères d'adhésion définis à Copenhague, en juin 1993. Ils doivent ainsi avoir un régime démocratique stable et respecter droits de l'homme et minorités. Leur économie de marché doit également être viable. Enfin, ils doivent participer à l'Union économique et monétaire et incorporer les lois et règles communautaires dans leurs législations.

Quatre États ont obtenu le statut de candidats officiels à l'adhésion : la Macédoine en décembre 2005, l'Islande en juin 2010, le Monténégro en décembre 2010 et la Serbie en mars 2012. Trois autres pays, l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine et le Kosovo, ont quant à eux été reconnus comme des candidats potentiels.

C'est cependant la candidature de la Turquie qui pose avec le plus d'acuité la question des limites de l'Europe. Les opposants à son entrée dans l'Union arguent surtout du fait que la Turquie est essentiellement située en Asie et qu'il s'agit d'un pays musulman. À l'inverse, ses partisans considèrent son adhésion comme un moyen d'arrimer à l'Occident un État laïc à la forte croissance économique et démographique, historiquement lié à l'Europe, et d'une grande importance géostratégique. Ce débat passionné explique que la candidature turque, déposée dès 1987, n'ait été reconnue officiellement qu'en 1999 et que les négociations d'adhésion, ouvertes seulement en 2005, soient encore loin d'être achevées.

Christophe Gracieux

Éclairage média

À l'occasion du référendum organisé en France sur la Constitution européenne le 29 mai 2005, France 2 a choisi d'y consacrer un sujet quotidien dans le journal télévisé de 20 heures, au cours des jours précédant le scrutin. Les rédactions des chaînes de télévision ont fréquemment recours à cette pratique avant des événements jugés importants. Dans le cas présent, chaque sujet vise à éclairer un problème particulier soulevé par la Constitution européenne.

Une rubrique spécifique a même été provisoirement créée avec des attributs qui la différencient du reste du journal télévisé. Annoncée par le présentateur David Pujadas comme le « focus quotidien et concret sur la Constitution », elle est introduite par un titre général (« Question pour un référendum ») et par un titre particulier (« Quelles frontières pour l'Europe ? »). Les principaux symboles européens sont par ailleurs employés dans le générique de cette rubrique éphémère. Les titres sont ainsi placés en incrustation sur le drapeau européen et sur des pages de la Constitution européenne. La rubrique dispose également d'un jingle : il s'agit d'une version remixée de L'Ode à la joie, tiré de la Neuvième Symphonie de Beethoven, et choisi comme hymne officiel européen en 1985.

Diffusé le 19 mai 2005, à dix jours du référendum, ce sujet n'a pas été tourné pour l'occasion par une équipe d'envoyés spéciaux de France 2. C'est un montage qui alterne les images factuelles, d'illustration et infographiques. Ces dernières ont un objectif didactique. Les cartes visent en effet à présenter les élargissements successifs de l'Union européenne et la localisation des États candidats (Croatie, Roumanie, Bulgarie et Turquie). Les autres infographies précisent, quant à elles, les informations principales sur le processus d'adhésion à l'Union.

Le commentaire est pour sa part très succinct. Il ne s'attarde pas sur les problèmes que soulève chacune de ces candidatures. Le cas des Roms, par exemple, n'est pas explicitement mentionné au moment de l'évocation de la protection des minorités en Roumanie et en Bulgarie. Pourtant, des images montrent bien à l'écran des bidonvilles roms. De même, les difficultés spécifiques que pose la candidature turque sont passées sous silence, à commencer par le conflit avec Chypre et la situation des Kurdes.

Christophe Gracieux

Transcription

Présentateur
Et voilà qui nous amène à notre focus quotidien et concret sur la constitution. Ce soir, les frontières de l’Europe. Où s’arrête l’Union ? Quelles sont les conditions d’entrée ? Stéphane Dépinoy.
(Musique)
Stéphane Dépinoy
Une à une, les barrières douanières n’ont cessé de tomber et l’Europe de s’élargir. 6 pays en 1957, 25 depuis un an. En fait, dans la constitution, rien n’indique précisément où se situent les limites de l’Union. Le ciment entre les états membres, ce sont des valeurs communes : respect de la dignité humaine, de la démocratie, des droits de l’homme et du droit des minorités. L’Union est ainsi ouverte à tous les états européens qui respectent ces valeurs. 2 pays candidats sont en voie d’adhésion : la Bulgarie et la Roumanie à l’horizon 2007, à condition de progresser notamment dans la protection des minorités et dans la lutte contre la corruption. La Croatie, elle, a pris du retard faute d’avoir coopéré avec le tribunal pénal international. Objet de polémique : La Turquie frappe aussi à la porte de l’Europe. Quel que soit le résultat du referendum, les négociations avec Ankara débuteront le 3 octobre prochain. Elles dureront une dizaine d’années. En théorie, cela ne présage pas du résultat. Mais les partisans du non dénoncent un processus irréversible. Selon la constitution, il faudra l’unanimité des membres de l’Union pour que l’adhésion devienne réalité. Et en France, les électeurs seront même consultés par referendum avant tout nouvel élargissement. En résumé, les frontières de l’Union Européenne ne sont pas figées mais les futurs candidats devront surmonter une véritable course d’obstacles avant d’y faire leur entrée.

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