Historique de la construction européenne

25 mars 2007
02m 17s
Réf. 05110

Notice

Résumé :

Rétrospective de l'histoire de la construction européenne. Ses étapes fondatrices sont présentées : le traité de Paris instituant la CECA (1951), la conférence de Messine (1955) et le traité de Rome créant la CEE (1957). Ancien négociateur de la France au traité de Rome, Maurice Faure exprime son désaccord avec l'élargissement de l'Union à vingt-sept pays.

Date de diffusion :
25 mars 2007
Source :

Contexte historique

L'Union européenne est une construction originale mais dont le chemin a toujours été semé d'embûches.

Après la Seconde Guerre mondiale, plusieurs pays d'Europe de l'Ouest cherchent à s'unir. Ils espèrent ainsi éviter un nouveau conflit entre eux et développer leurs économies, au sein d'une Europe en ruines et divisée par la guerre froide. Le 18 avril 1951, le traité de Paris institue la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) : la France, la République fédérale d'Allemagne, l'Italie, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas s'associent pour mettre en place un marché commun du charbon et de l'acier. Cette union avait été proposée dès le 9 mai 1950 par le ministre français des Affaires étrangères Robert Schuman d'après une idée de Jean Monnet. L'échec de la Communauté européenne de défense, rejetée par la France en août 1954, freine ensuite la construction politique de l'Europe.

Les ministres des Affaires étrangères des six membres de la CECA, réunis en conférence à Messine en juin 1955, décident de relancer la construction européenne en continuant de s'appuyer sur l'économie. Ainsi, le 25 mars 1957, les six États fondateurs de la CECA signent les traités de Rome. Le premier traité fonde la Communauté économique européenne (CEE) : il met en place un marché commun au sein duquel les barrières douanières sont progressivement abolies. Le second traité instaure une Communauté européenne de l'énergie atomique (Euratom).

À partir des années 1970, la CEE s'élargit à de nouveaux États. En 1973, ce sont la Grande-Bretagne, l'Irlande et le Danemark qui en deviennent membres. Puis, la Communauté s'ouvre à l'Europe du Sud, accueillant la Grèce en 1981 puis l'Espagne et le Portugal en 1986.

Après la fin de la guerre froide, elle cherche à se relancer. Ses douze États membres signent ainsi le 7 février 1992 le traité de Maastricht qui transforme la CEE en Union européenne (UE). Entré en vigueur le 1er novembre 1993, après un premier rejet par le Danemark par référendum en juin 1992 puis un second vote favorable en mai 1993, et une très courte victoire du « oui » en France en septembre 1992, ce traité constitue un jalon décisif vers l'intégration européenne. Il instaure en effet une politique étrangère et de sécurité commune. Il prévoit également la création d'une monnaie unique pour la plupart des pays membres. Il institue enfin une citoyenneté européenne : tout citoyen de l'UE peut voter et être élu aux élections européennes et municipales de tout pays de l'Union.

Parallèlement, l'élargissement de l'Union s'accélère. L'Autriche, la Finlande et la Suède l'intègrent en 1995. L'UE accepte en outre l'adhésion de pays de l'ancien bloc communiste issus d'Europe centrale et orientale. Elle accueille ainsi dix nouveaux États en 2004 (République tchèque, Slovaquie, Hongrie, Pologne, Slovénie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Chypre et Malte) et deux autres en 2007 (Bulgarie et Roumanie), qui la font passer de quinze à vingt-sept membres. La Croatie y adhère à son tour en 2013. Entretemps, la monnaie européenne, l'euro, a été mise en circulation en 2002, adoptée par seulement dix-sept pays.

Depuis 1957, la Communauté est ainsi devenue la première puissance économique mondiale avec 25 % du produit intérieur brut mondial. Articulée autour de l'axe franco-allemand, elle a également réussi à préserver la paix entre ses membres au point de se voir décerner le prix Nobel de la Paix en 2012. Cependant, la construction d'une Europe politique a jusqu'à présent échoué. Le traité établissant une Constitution européenne a été écarté en 2005, rejeté par les électeurs français et néerlandais, et seul un traité « simplifié » a été adopté en décembre 2007 à Lisbonne. Dépourvue d'une politique étrangère et d'une armée communes, l'Europe peine par ailleurs toujours à s'imposer sur la scène internationale.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet commémore le cinquantième anniversaire de la signature du traité de Rome, célébré le même jour avec un faste particulier à Berlin par les vingt-sept chefs d'États de l'Union européenne. Il a en effet été diffusé dans le journal télévisé « 19/20 » de France 3 le 25 mars 2007, à la date exacte de l'anniversaire du traité.

Il prend la forme d'une rétrospective classique : il présente les principales étapes de la construction européenne depuis l'instauration de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) en 1951 jusqu'au récent élargissement de l'Union le 1er janvier 2007, en passant par la conférence de Messine en 1955, le traité de Rome en 1957, son quarantième anniversaire en 1997 et le rejet de la Constitution européenne en 2005. Il passe toutefois sous silence plusieurs jalons essentiels de l'Europe, tels que le rejet de la Communauté européenne de défense en 1954 ou la signature du traité de Maastricht en 1992. Il élude également les grandes réalisations européennes, telles que la liberté de circulation, la mise en place de l'euro ou la politique agricole commune.

Cette rétrospective se compose essentiellement d'un montage d'images d'archives qui appuient le commentaire. La majorité sont factuelles et seules quelques-unes sont d'illustration : images de bombardements pendant la Seconde Guerre mondiale ou du drapeau européen. Deux infographies seulement figurent dans le sujet : l'une présente les élargissements récents de l'Union européenne sur une carte et l'autre les résultats du référendum français de 2005.

La plupart des images d'archives montrent une Europe institutionnelle, celle des sommets entre dirigeants. Plusieurs pères fondateurs de la construction européenne apparaissent dans ces plans : le ministre des Affaires étrangères français Robert Schuman, lors de la signature du traité instituant la CECA en 1951 dans le Salon de l'Horloge du Quai d'Orsay, ou le chancelier de la République fédérale d'Allemagne Konrad Adenauer et le Premier ministre belge Paul-Henri Spaak à Rome en 1957.

Ces images d'archives donnent plus particulièrement à voir le rituel minutieusement réglé des sommets européens, tels que celui de Messine en 1955, et des cérémonies de signatures de traité, comme celles de Paris (1951) et de Rome (1957 et 1997). Conformément au protocole diplomatique, les représentants des chaque État sont assis autour d'une table de négociations, avec les drapeaux de leurs pays en arrière-plan, tandis que les invités officiels se tiennent derrière eux. On les voit ensuite paraphant le traité.

Cette rétrospective de la construction européenne accorde une place toute particulière au traité de Rome, signé cinquante ans auparavant. Il reprend ainsi des images filmées par les actualités italiennes dans la salle des Horaces et des Curiaces, au Capitole, puis diffusées par les Actualités françaises dans leur journal hebdomadaire du 3 avril 1957. Les douze signataires, deux par membre fondateur de la CEE, sont présentés tour à tour à l'écran, dont les représentants français, le ministre des Affaires étrangères Christian Pineau et son secrétaire d'État Maurice Faure. Ce dernier est isolé sur l'image par un cercle. Le sujet insère en effet ensuite une interview récente de l'ancien secrétaire d'État aux affaires étrangères. Maurice Faure jouit alors d'un statut particulier en tant que dernier témoin vivant de la signature du traité de Rome. À ce titre, il préside le Comité d'honneur du cinquantième anniversaire de ce texte fondateur et participe à sa célébration à Berlin le 25 mars 2007, jour de la diffusion du sujet.

Christophe Gracieux

Transcription

Présentateur
L’Europe qui espère donc sortir de l’impasse dans laquelle elle se trouve aujourd'hui. Ce n’est pas la première fois. Depuis ses débuts, du Traité de Rome avec les 6 pays pionniers à la déclaration de Berlin et ses 27 membres, l’aventure européenne a été lente et chaotique. Retour sur 50 ans d’histoire avec Michel Vial.
Michel Vial
Le charbon et l’acier avaient alimenté la guerre au sein de l’Europe. C’est le charbon et l’acier qui serviront de moteur à la paix dès le début des années 50. En proposant la mise en commun de la production de charbon et d’acier, Robert Schuman créé la CECA, signée à Paris le 18 avril 1951. 4 ans plus tard, en juin 1955, les 6 pays membres de la première administration supranationale européenne réunis à Messine envisagent de rapprocher les industriels impliqués dans l’atome civil et de supprimer progressivement les barrières douanières. Ces deux traités, l’Euratom et le marché commun, qui constituent bel et bien l’acte fondateur de l’Europe unie, sont signés à Rome le 25 mars 1957 par les représentants de 6 pays : l’Allemagne, la France, les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg. Pour le français Maurice Faure, le plus jeune de tous les signataires, l’enthousiasme de ce jour historique s’est un peu évanoui au rythme de l’augmentation des pays membres, de 6 à 27 en un demi-siècle.
Maurice Faure
Avec 27 pays, dont la plupart ont des niveaux de vie très inférieurs au niveau de vie des pays de l’Europe de l’ouest, il y a quelque chose qui ne va pas. Je trouve que c’est une erreur de les avoir pris tous d’un coup sans donner la moindre réticence.
Michel Vial
Il y a 10 ans, le 25 mars 1997, les ministres d’une communauté passée à 15 se retrouvaient dans la même salle du Capitole, à Rome, pour réviser symboliquement un traité prévu, à l’origine, pour 6, avec l’objectif d’élargir encore une Union Européenne qui compte désormais 27 membres depuis le 1er janvier 2007. Mais une Union qui traverse sa plus grave crise après le rejet du traité constitutionnel par la France et les Pays-Bas en 2005 même si elle n’en forme pas moins la première puissance économique de la planète.

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