L'entrée de la Grèce dans la Communauté économique européenne

12 mars 1981
02m 24s
Réf. 05115

Notice

Résumé :

La Grèce entre en 1981 dans la Communauté économique européenne. Retour sur les étapes de cette adhésion depuis le traité d'association avec la CEE, les négociations qui ont précédé l'adhésion et les dispositions transitoires qui ont été adoptées.

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Date de diffusion :
12 mars 1981
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Contexte historique

Le 1er janvier 1981, la Grèce fait son entrée au sein de la Communauté économique européenne (CEE) : elle devient le dixième membre de la Communauté.

Dès juin 1959, elle a été le premier État à demander à être associé à la CEE, constituée deux ans auparavant à Rome. De fait, un traité d'association de la Grèce avec la Communauté est signé à Athènes le 9 juillet 1961. Ce traité, qui accorde à la Grèce des aides économiques et des avantages tarifaires, est toutefois gelé à partir du coup d'État des colonels en 1967. Et ce n'est qu'à la chute de leur dictature et au rétablissement de la démocratie, en 1974, que le traité d'association est relancé.

Le gouvernement de Constantin Caramanlis présente alors, le 12 juin 1975, une demande d'adhésion à la CEE, deux ans après que celle-ci a connu son premier élargissement. En intégrant la Communauté, la Grèce espère consolider sa démocratie mais elle aspire plus encore à développer une économie essentiellement rurale. Le pays est déjà étroitement lié au Marché commun : la Grèce réalise près de la moitié de ses échanges extérieurs avec la CEE. Cette candidature grecque est par ailleurs perçue favorablement par les Neuf. La République fédérale d'Allemagne, premier fournisseur de la Grèce et pays accueillant quelque 140 000 immigrés grecs, l'appuie pour des raisons économiques. Quant à la France, elle l'appuie non seulement par fidélité à un philhellénisme de longue date mais surtout pour des raisons politiques : elle y voit un moyen de rééquilibrer vers le Sud la Communauté, alors centrée sur l'Europe du Nord-Ouest.

Après trois ans de négociations, de 1976 à 1979, le traité d'adhésion de la Grèce à la CEE est signé à Athènes le 28 mai 1979. Pays le plus pauvre et le moins industrialisé de la Communauté, la Grèce bénéficie d'une période de transition de cinq ans pour appliquer la Politique agricole commune et intégrer l'union douanière industrielle. Cette période transitoire est même portée à sept ans pour la libre circulation des travailleurs. La Grèce se voit également dispensée pour un temps de payer une partie de ses versements au titre de la TVA : elle doit recevoir plus d'aides européennes qu'elle ne doit contribuer au budget communautaire.

Ensuite ratifié par le Parlement hellénique le 28 juin 1979 puis par l'ensemble des parlements nationaux au cours de l'année 1980, le traité d'adhésion entre officiellement en vigueur le 1er janvier 1981. Ainsi, avec l'entrée de la Grèce l'Europe des Neuf devient celle des Dix, huit ans après le premier élargissement de la CEE qui avait vu l'adhésion de la Grande-Bretagne, de l'Irlande et du Danemark. En outre, l'adhésion d'un pays majoritairement rural, peuplé de quelque 9,4 millions d'habitants, modifie le profil d'une Communauté essentiellement industrielle. Surtout, en raison de sa situation dans les Balkans et dans la Méditerranée, la Grèce déplace le centre de gravité de la Communauté vers l'Europe du Sud. Ce déplacement est par la suite renforcé par l'adhésion de l'Espagne et du Portugal le 1er janvier 1986.

L'intégration au Marché commun européen est très profitable à l'économie grecque. Toutefois, à partir de 2008, la grave crise de la dette que connaît le pays et les mesures de rigueur imposées par l'Union européenne pour rétablir la situation remettent quelque peu en cause l'attachement des Grecs à l'Europe.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé le 12 mars 1981, ce sujet est consacré à l'adhésion d'un dixième membre au sein de la Communauté économique européenne (CEE), deux mois et demi après son entrée officielle : la Grèce. Étrangement, cet événement n'a alors fait l'objet que d'un très petit nombre de brefs sujets dans les journaux télévisés nationaux français. Ici, c'est une chaîne de télévision régionale, FR3 Alsace, qui s'y est intéressée. Ce tropisme européen est propre à l'antenne alsacienne de la troisième chaîne : la présence du Parlement européen à Strasbourg conduit cette dernière à proposer régulièrement des sujets consacrés aux questions européennes. Les journaux télévisés régionaux se composent d'ordinaire presque exclusivement d'actualités locales. Et lorsqu'ils s'intéressent à un événement international c'est le plus souvent par le biais d'un prisme local. Dans le cas présent, ce prisme local est très ténu : il n'apparaît qu'au moment de la brève évocation d'une éventuelle concurrence grecque pour l'Alsace dans le domaine du tabac et des vins.

Le manque de moyens de l'antenne régionale explique sans doute pourquoi le sujet proposé n'est pas un reportage constitué de plans tournés en Grèce par une équipe de journalistes alsaciens. Hormis une brève interview du nouveau député grec du Parlement européen Leonidas Bournias, réalisée à Strasbourg même le 10 février précédent, il se compose entièrement d'un montage d'images d'illustration. Ces images offrent une vision extrêmement stéréotypée de la Grèce aux téléspectateurs alsaciens. Outre le sirtaki diffusé en fonds sonore pendant une grande partie du sujet, le sujet ne présente qu'une succession de clichés sur la Grèce. C'est ainsi que s'enchaînent des plans du Parthénon, d'une église orthodoxe, de la mer, de palmiers, d'oranges, d'un navire, d'une statue de Socrate ou d'un pope. Il y a ainsi un net décalage entre le commentaire et les images : le premier se veut très didactique et informatif, tandis que les secondes prennent davantage la forme de cartes postales de la Grèce.

Christophe Gracieux

Transcription

(Musique)
Journaliste
Il y a tout juste 2500 ans naissait le concept de démocratie. La démocratie athénienne préfigurait ainsi les bases des fondements constitutionnels de l’Europe du XXe siècle. Il aura fallu attendre le 1er janvier 81 pour que la Grèce constitue le dixième maillon de la communauté européenne. Aboutissement logique pour la patrie de Périclès, l’une des civilisations qui a modelé le bassin méditerranéen et qui se pose, aujourd'hui, en contrepoids à cette Europe d’essence anglo-saxonne. 132 000 km², un peu moins du quart de la France pour 9 millions d’habitants, la Grèce a toujours entretenu des relations privilégiées avec les 6 puis avec les 9. Ainsi, dès le 9 juillet 61, un accord d’association était signé à Athènes entre la Grèce et la Communauté. Il entrouvrait les portes de l’Europe communautaire dès lors que la Grèce serait en état d’accepter les obligations découlant des traités européens. On visait en particulier les secteurs industriels et agricoles. Mais pendant 7 ans, après le coup d’Etat des militaires de 67 à 74, les colonels ont gelé les accords. Et c’est au moins autant pour conjurer toute velléité de dictature que pour s’ouvrir des nouveaux marchés que la Grèce tenait à son adhésion.
Leonidas Bournias
Monsieur Konstantin Karamanlis, notre président de la République, instigateur et fondateur de cette adhésion, a maintes fois déclaré qu’une des raisons principales de notre adhésion à la Communauté Européenne est la sauvegarde de notre régime démocratique.
Journaliste
Nous le disions, les secteurs agricoles et industriels ont fait l’objet de négociations, cela depuis 1974. L’Europe verte d’abord. L’intégration sera progressive. On veut ainsi graduellement rapprocher les prix grecs des prix communautaires. Et puis les 9 craignaient aussi le déferlement sur le marché de certains produits achetés à des prix avantageux pour les Grecs. En Alsace, on évoque en particulier le tabac ou encore le vin. « Aucun risque » rétorque-t-il. Nos exportations de produits agricoles vers la communauté ne représentent, en tout état de cause, que 0,6 % de la production agricole européenne. Comme ils veulent également convaincre, version officielle, que la concurrence dans le secteur textile ne dérangera pas le marché. Mais cela, aucun industriel n’a accepté de nous le confirmer devant la caméra.