Georges Pompidou présente le référendum sur l'élargissement de l'Europe

21 avril 1972
03m 26s
Réf. 05116

Notice

Résumé :

Dans une démarche et une allocution de style gaulliste, le président Pompidou invite les Français à accepter par référendum, le 23 avril 1972, l'entrée de la Grande-Bretagne, du Danemark, de l'Irlande et de la Norvège dans la Communauté Economique Européenne. Il rompt ainsi avec le veto posé par son prédécesseur.

Date de diffusion :
21 avril 1972
Source :

Contexte historique

L'élection de Georges Pompidou à la présidence de la République ouvre des perspectives d'évolution pour la CEE, bloquée par l'attitude intransigeante du Général de Gaulle (politique de la chaise vide, double refus de l'adhésion britannique). Le nouveau président prend l'initiative d'une relance de l'Europe en proposant la tenue d'une conférence intergouvernementale à La Haye le 1er et le 2 décembre 1969. Pour Georges Pompidou, la présence des responsables de l'exécutif des six pays membres à cette réunion écarte toute tentation supranationale, même si le chef de la commission de Bruxelles est invité et participe aux travaux. Les décisions prises résulteront, comme il le souhaite, d'un accord unanime entre les chefs d'Etats. Le président français s'inscrit donc dans la continuité gaulliste. L'initiative de Georges Pompidou vise à éviter deux écueils : l'isolement diplomatique de la France et un risque de stagnation de l'Europe qui vient d'atteindre son objectif initial de réduction des droits de douane. Il propose donc d'agir sur trois axes : achèvement - approfondissement - élargissement. Le premier concerne l'obtention d'un règlement financier pour consolider la PAC. Le deuxième consiste à renforcer la convergence des domaines politiques et économiques. L'élargissement répond aux demandes d'adhésion à la communauté du Royaume-Uni, de l'Irlande, du Danemark et de la Norvège.

Georges Pompidou obtient satisfaction sur la plupart des points. Le président français accepte que la commission conduise les négociations au nom des six dès lors que les conditions d'entrée ont été fixées, portant sur le respect « des structures et acquis communautaires ». Les négociations avec les Britanniques se révèlent délicates. Les discussions portent essentiellement sur la contribution financière de la Grande-Bretagne et l'acceptation de la politique agricole. Le rôle de la Livre sterling et les relations commerciales avec les partenaires du Commonwealth sont aussi des sujets de discorde. Georges Pompidou, tout en laissant la commission négocier, a toujours maintenu des relations bilatérales avec le Royaume-Uni. Il rencontre le 20 et le 21 mai 1971 le premier ministre britannique Edward Heath ; ensemble, ils trouvent des compromis qui permettent d'avancer jusqu'à la signature du traité.

Le président français trouve à l'entrée des Britanniques dans la CEE un double avantage : ce puissant partenaire avec lequel la France entretient des relations de coopération industrielle (le Concorde) est un contrepoids à la puissance allemande. C'est aussi un allié contre les dérives éventuelles des autres partenaires vers des institutions supranationales. Pour Edward Heath, premier ministre conservateur et europhile, l'entrée dans l'Europe est l'occasion de resserrer les liens avec ses principaux partenaires économiques, à une époque où sa puissance impériale n'est plus qu'un souvenir. Le Royaume-Uni entraîne dans son sillage trois autres partenaires (Irlande, Danemark, Norvège) avec lesquels il entretenait des relations économiques au sein de l'AELE (Association Européenne de Libre Echange). Conformément à la tradition gaullienne et à la lettre de la constitution qui l'y autorise, le président Pompidou invite les Français à approuver par référendum le traité d'adhésion à la CEE. Le oui l'emporte nettement avec 68,3 % des suffrages exprimés, mais la participation est médiocre avec presque 40 % d'abstention.

Bibliographie :

BISTCH Marie-Thérèse, Histoire de la construction européenne, Georges Pompidou et l'Europe, Actes du colloque du CNRS, les 25 et 26 novembre 1993, Éditions Complexe, février 1995.

Claude Robinot

Éclairage média

Dans le domaine médiatique, comme dans le domaine politique, le président Pompidou est dans la continuité des pratiques définies par son prédécesseur. Les conférences de presse, les allocutions et messages télévisés qu'il adresse aux Français adoptent peu ou prou le même dispositif et la même solennité. La salle des fêtes de l'Elysée ou le bureau présidentiel sont le cadre immuable de ces prises de parole. Le président Pompidou, comme le général, est filmé de face, cadré au centre de l'image. L'ensemble reste statique même si le réalisateur se risque à quelques mouvements de caméra pour resserrer ou élargir le cadre. Derrière cette continuité on peut apercevoir quelques évolutions, quelques singularités, qui trahissent la marque personnelle du chef de l'Etat. Dans une conférence de presse du 21 janvier 1971, à propos des relations franco-britanniques, le président - agrégé de Lettres - n'avait pas résisté au plaisir de citer Rimbaud "ah que le temps vienne où les cœurs s'éprennent".

La campagne électorale pour le référendum du 23 avril 1972 se déroule en partie sur les ondes de la radio et à l'ORTF. Le président prononce deux allocutions télévisées. La première, le 11 avril, lance la campagne officielle. Pompidou invite les Français à lui accorder un Oui massif. La deuxième, le 21 avril, intervient en clôture, après que les partis politiques représentés à l'assemblée nationale se soient exprimés. Cette organisation explique le sens de la phrase et le ton qu'adopte le président quand il commence son allocution : « Sur ce référendum, sur la réponse à apporter, tout vous a été dit et dans tous les sens ». Georges Pompidou adopte la posture du chef de l'Etat, arbitre impartial au-dessus des partis. Devant la nation à qui il s'adresse directement, il entend présenter une dernière fois les enjeux du scrutin.

Cet exercice rhétorique s'appuie sur une argumentation politique classique : la France doit s'ouvrir aux autres sous peine de dépérir. Les mots sont appuyés sur une gestuelle signifiante et maîtrisée. Le président ouvre les bras quand il propose d'accueillir l'Angleterre et d'autres pays. Il pointe un doigt vers la caméra quand il rappelle aux électeurs que c'est à eux que revient la décision. Georges Pompidou, tout en respectant la continuité gaulliste, imprime discrètement sa marque personnelle.

Bibliographie :

COINTET Jean-Paul, LACHAISE Bernard, TRICAUD Sabrina, Georges Pompidou et Les Elections, 1962-1974, Ed Peter Lang, 2008.

Claude Robinot

Transcription

(Musique)
Georges Pompidou
Voici qu’approche l’heure de votre décision. Sur ce referendum, sur la réponse à apporter, tout vous a été dit et dans tous les sens. Je voudrais en quelques mots vous ramener à l’essentiel. Faut-il nous engager hardiment dans la voie de la construction européenne ? J’affirme que oui. A l’époque des superpuissances, une nation comme la France ne peut préserver sa pleine existence politique, économique, monétaire qu’en s’unissant étroitement à ses voisins. Faut-il ouvrir les portes de l’Europe à 4 nouveaux pays dont l’Angleterre ? J’affirme que oui. L’Angleterre a maintenant accepté toutes les règles communautaires. Lui refuser l’entrée condamnerait le marché commun à dépérir d’une maladie de langueur. En l’accueillant, nous donnerons à l’Europe sa véritable dimension. Nous accroîtrons ses possibilités économiques, politiques, sociales. Mais, et j’insiste là-dessus, nous ne devons pas nous laisser aller aux facilités de l’illusion. Les problèmes sont nombreux dans l’Europe des 10. Le chemin que nous allons prendre est semé d’incertitudes et de contradictions. Chaque nation arrive, fermement décidée à défendre ses propres intérêts. Bien naïfs sont ceux qui n’en ont pas conscience. Et peut-être se révèlera-t-il des divergences d’appréciation, en particulier sur les rapports de l’Europe avec le monde extérieur. Y a-t-il là motif à refuser ? Bien au contraire. Chaque fois que la France a voulu se boucher les yeux devant les réalités, se réfugier dans la passivité ou l’abstention, elle l’a chèrement payé par l’abaissement politique et par la médiocrité matérielle. Le choix s’impose. Il faut aller de l’avant. Mais pour cela, il faut que la France soit plus que jamais unie et résolue. Cette résolution, c’est à vous de l’affirmer dimanche.

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