L'Europe des Neuf

26 décembre 1972
05m 10s
Réf. 05117

Notice

Résumé :

Rétrospective du processus ayant conduit au cours de l'année 1972 à l'adhésion à la Communauté économique européenne du Royaume-Uni, de l'Irlande et du Danemark. La Norvège refuse, elle, l'adhésion par référendum. Organisé par Georges Pompidou en octobre 1972, le sommet de Paris entérine l'élargissement de l'Europe.

Date de diffusion :
26 décembre 1972
Source :

Contexte historique

Le 1er janvier 1973 a lieu le premier élargissement de la Communauté économique européenne (CEE) : avec l'adhésion de la Grande-Bretagne, de l'Irlande et du Danemark, l'Europe des Six, née avec le traité de Rome en 1957, laisse place à l'Europe des Neuf.

Cet élargissement n'est cependant pas allé sans difficultés. Le double veto du général de Gaulle à l'entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché commun, en janvier 1963 puis en novembre 1967, a en effet empêché toute extension de la Communauté pendant une décennie. Les candidatures britannique, irlandaise et danoise, faites en 1961, et norvégienne, déposée en 1962, ont de fait été gelées.

La situation change radicalement avec l'élection de Georges Pompidou à la présidence de la République française. Convaincu de la nécessité d'une relance de la construction européenne, il est à l'initiative du sommet de La Haye les 1er et 2 décembre 1969. À cette occasion, les six membres fondateurs de la CEE (France, RFA, Italie, Belgique, Pays-Bas et Luxembourg) se mettent d'accord sur l'élargissement à la Grande-Bretagne, à l'Irlande, au Danemark et à la Norvège. Les négociations débutent ainsi le 21 juillet 1970 avec la Grande-Bretagne, puis avec le Danemark, la Norvège et l'Irlande le 21 septembre 1970.

C'est avec la première que la négociation est la plus ardue. Achoppant surtout sur la contribution britannique au budget communautaire, elle est néanmoins facilitée par la rencontre entre Georges Pompidou et le Premier ministre conservateur Edward Heath à Paris le 21 mai 1971. Un accord est ainsi trouvé à Luxembourg le 23 juin 1971. Les négociations avec les trois autres pays sont également menées à bien. Celle avec le Danemark, à l'agriculture très modernisée, ne soulève aucune difficulté, comme dans une moindre mesure celle avec l'Irlande, pays rural et moins développé que les autres États membres. La Norvège obtient de son côté une dérogation pour protéger sa pêche et son agriculture.

Au terme des négociations, les traités d'adhésion de la Grande-Bretagne, de l'Irlande, du Danemark et de la Norvège à la CEE et à la Communauté européenne de l'énergie atomique sont signés à Bruxelles le 22 janvier 1972. Ils prévoient une période de transition de cinq ans. Une fois signés, ils doivent être ratifiés par les dix pays membres de la CEE. Leur ratification est acquise à de très fortes majorités chez les Six par la voie parlementaire, hormis en France. Le référendum organisé par Georges Pompidou le 23 avril 1972 ne recueille en effet que 68 % de suffrages exprimés positifs, avec près de la moitié d'abstentions.

Si la Grande-Bretagne ratifie le traité d'adhésion dès octobre 1971 par un vote de la Chambre des Communes, les autres États candidats optent quant à eux pour la voie référendaire. Avec respectivement 83 % et 67 % de « oui », l'Irlande et le Danemark adoptent largement l'entrée dans la CEE. En revanche, la Norvège la rejette le 25 septembre 1972 : le « non » l'emporte avec 54 % des suffrages exprimés. C'est donc une Europe des Neuf et non des Dix qui se réunit dès le 19 octobre 1972 au sommet de Paris pour déterminer le programme de la nouvelle CEE.

Le 1er janvier 1973, la Grande-Bretagne, l'Irlande et le Danemark y adhèrent officiellement. La Communauté européenne voit alors son poids démographique (elle compte désormais 256 millions d'habitants) et commercial (elle assure 22,5 % des échanges mondiaux) renforcé par cet élargissement. Son centre de gravité se porte en outre encore davantage vers l'Europe du Nord-Ouest. Toutefois, dès 1974, le nouveau gouvernement britannique du travailliste Harold Wilson demande une renégociation du traité d'adhésion, désireux de revoir la contribution de la Grande-Bretagne au budget communautaire ainsi que la politique agricole commune. L'adhésion britannique à la CEE est finalement confirmée par référendum le 5 juin 1975 par 67 % de « oui ».

Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé le 26 décembre 1972, ce sujet prend la forme classique d'une rétrospective de fin d'année. Il propose ainsi un récit chronologique du processus d'adhésion des nouveaux États à la Communauté économique européenne (CEE) au cours de l'année écoulée. Cette rétrospective se compose d'un montage d'images d'archives qui visent essentiellement à illustrer les deux principaux aspects de ce premier élargissement européen : les rencontres institutionnelles et la ratification populaire.

L'aspect institutionnel de l'élargissement est mis en lumière par les discussions entre chefs d'États et de gouvernements. Le sujet propose ainsi une succession d'images coutumières des sommets et rencontres internationales qui obéissent à un protocole minutieux : l'arrivée solennelle des délégués, la photographie de famille des chefs d'Etat et de gouvernements ou le ballet des voitures des délégations officielles. Le sujet donne également à voir le protocole d'une rencontre diplomatique bilatérale lorsque Georges Pompidou est accueilli sur le sol britannique par le Premier ministre Edward Heath. L'élargissement de l'Europe est également illustré par les arrivées successives des chefs d'Etats et de gouvernements au sommet de Paris. Ce sujet est plus particulièrement centré sur la figure du président de la République française Georges Pompidou, présenté à l'écran à de nombreuses reprises : on le voit lors de sa rencontre avec Edward Heath, de son vote pour le référendum consacré à l'élargissement de l'Europe ou de sa participation au sommet de Paris. Tout est ainsi fait pour mettre en valeur son rôle dans l'élargissement de la CEE.

L'aspect populaire du processus d'élargissement de l'Europe est quant à lui souligné par des plans classiques des campagnes électorales et des scrutins. Ainsi, le référendum organisé en France est illustré par des plans de personnalités politiques qui accomplissent leur devoir électoral : le président de la République Georges Pompidou et son épouse, l'ancien Premier ministre Maurice Couve de Murville et le secrétaire général du Parti communiste français Georges Marchais. De même, des images d'affiches favorables au « oui » ou au « non » et de manifestations dans les rues ont été choisies pour évoquer les référendums en Irlande, Norvège et Danemark.

Christophe Gracieux

Transcription

Journaliste
Tout avait commencé le 22 janvier 1972 au palais d’Egmont, à Bruxelles. Ce jour-là, au terme de 11 années de malentendus et de méfiance, Anglais, Irlandais, Norvégiens et Danois rejoignaient le club des 6. 70 millions d’habitants et de consommateurs viennent renforcer les 180 millions de la Communauté. A Washington, le président Nixon pèse les avantages et les menaces de cette nouvelle puissance agricole et industrielle. Mais son message de bienvenue demeure chaleureux. D’ailleurs, monsieur Nixon a 11 mois pour observer les tendances de la communauté élargie. Et en cours de route, Irlandais, Danois et Norvégiens doivent encore ratifier la décision de leur gouvernement. A Bruxelles, côté cour, délégués et experts apprennent à travailler ensemble. Construire l’Europe à 10, c’est bien. Mais quelle Europe ? De cette interrogation naît l’idée du sommet de Paris, chère à monsieur Pompidou. Sans impulsion, sans volonté politique, sans objectif à long terme, l’Europe s’enlisera, fera du sur-place et finalement décevra. C’est le thème d’une série de tête-à-tête qui, en mars, conduit monsieur Pompidou de l’autre côté de la Manche chez le premier britannique, monsieur Heath. Pragmatiques, les deux hommes retrouvent et confirment leur communauté d’esprit et d’approche. La construction européenne est affaire de longue haleine. Chacun doit garder son identité. Il faut tirer le meilleur parti des institutions existantes. Et sur le plan monétaire et commercial, face au dollar, eh bien, l’Angleterre est prête à jouer la carte Europe.
(Musique)
Journaliste
Le 23 avril, à la demande de monsieur Pompidou, c’est au tour des français de se prononcer sur cette Europe. Leur réponse est un oui du bout des lèvres. 39 % d’abstention. Indifférence ? Sentiment que le résultat était acquis d’avance et ne valait pas le déplacement ? Quoi qu’il en soit, l’Europe s’étonne de notre manque de conviction mais ne nous en tient pas rigueur. En tout cas, monsieur Pompidou pense toujours sommet et, sans se décourager, reprend en mai, à Luxembourg, son bâton de pèlerin européen. C’est alors que les Français découvrent que le referendum n’est pas une institution exclusive de la Ve République. Cette fois, c’est en république d’Irlande que la bataille du oui et du non fait rage. A Dublin, ce sont les nationalistes qui prêchent le non. Pour eux, s’unir à l’Europe, c’est renoncer à l’union avec l’Irlande du nord. Pour le gouvernement de monsieur Lynch et ses alliés, dire oui à l’Europe, c’est ouvrir le chemin de la prospérité. A leur grande surprise, 83 % des Irlandais succombent avec enthousiasme à ses arguments réalistes. Dublin sera présent au sommet de Paris. En automne, c’est le tour de la Norvège, tiraillée entre l’appel du sud et la solidarité scandinave. Ici, les anti-européens ont la partie plus facile. Ne dit-on pas, dans le langage courant, « Je vais en Europe » ? L’éloignement, l’insularité et le souci de ne pas perdre une certaine qualité de la vie norvégienne font pencher la balance en faveur du non. Une crise politique grave s’ouvre à Oslo. Les 10 de Bruxelles ne sont plus que 9. Mais cette joie victorieuse sera peut-être de courte durée. La Norvège peut retrouver, demain, le chemin de l’Europe. Beaucoup de Norvégiens ont regretté que le referendum danois n’ait pas précédé le leur. Pour les Danois, le oui à l’Europe est une question de bon sens et de réalisme économique. Leur agriculture ne peut se passer des débouchés européens et surtout du marché anglais. Est-il possible, est-il concevable de priver les Anglais de bacon danois ?
Intervenant
Je crois qu’au Danemark, on va voter à l’inverse de ce qu’on a fait en Norvège. Donc premièrement, je crois que ça sera un oui. Un petit oui peut-être mais un oui, je crois quand même.
Journaliste
Le pronostic de ce jeune électeur est pessimiste. En fait, le "Oui" danois est net et franc. Voilà, les peuples ont fait leur choix. Et le 19 octobre à Paris, les 9 peuvent maintenant prendre conscience de leur nouvelle force. Une Europe de 250 millions d'habitants, plus peuplée que les Etats-Unis et l'Union soviétique. La première puissance commerciale du monde, mais à condition de parler d'une seule voix, face à la puissance économique et monétaire des Etats-Unis, face à l'inflation, face à l'URSS, qui veut organiser à sa manière la sécurité européenne. On pouvait craindre que ce sommet ne fut qu'une fête de famille, ponctuée de beaux discours. Pourtant, sous la présidence de monsieur Pompidou, les 9 chefs d'Etat et de gouvernement rejettent la querelle des institutions et travaillent dans le concret, et cela en dépit de leurs soucis électoraux. Création d'une Union européenne d'ici à 1980, dotée de sa propre monnaie, création d'un fonds de coopération montéaire, coordination de la lutte contre l'inflation, fonds spécial pour l'aide aux régions défavorisées, politique commune de l'emploi et de la formation professionnelle, autant de décisions qui, dans les années à venir, vont modifier la vie de chaque Européen. Enfin, une préoccupation nouvelle retient l'attention des 9 : la qualité de la vie, de notre vie. Selon la formule du président Pompidou : "l'Europe doit être au service des hommes, et pas seulement des marchands".

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