Le rôle de la Banque Centrale Européenne de Francfort   

05 novembre 2007
02m 41s
Réf. 05118

Notice

Résumé :

La banque centrale européenne de Francfort est chargée depuis 1998 de conduire la politique économique et monétaire de l'UE. Pour remplir ses principales missions - maintien de la valeur de l'Euro et de la stabilité des prix - des fonctionnaires surveillent les marchés et fournissent les informations au directoire qui fixe les taux directeurs et agit sur les taux de change.

Type de média :
Date de diffusion :
05 novembre 2007
Source :

Contexte historique

La création de la BCE qui siège à Francfort depuis le 1er juin1998 est la conséquence de la politique d'union politique et monétaire (UEM) décidée dix ans plus tôt par le conseil européen de Hanovre en juin 1988. Jacques Delors, président de la Commission, assisté  des gouverneurs des banques centrales, propose la réalisation de l'UEM en trois étapes. La première est marquée par la libre circulation des capitaux (juillet 1990), ce qui implique une plus grande coordination des politiques monétaires des pays membres. La deuxième phase, de 1994 à 1999, est conduite par l'IME (Institut Monétaire Européen) qui siège déjà à Francfort. Cette institution a pour mission de renforcer la cohésion des banques centrales à l'intérieur d'un Eurosystème (SEBC) et de préparer les conditions d'une monnaie unique inspirée de l'ECU. Elle est rebaptisée Euro en 1995. La dernière phase, conduite par la BCE, réalise l'introduction de la monnaie unique qui a été adoptée par 17 pays (2013).

La BCE est par essence une institution supranationale qui conduit la politique économique et monétaire de l'Union. Elle est indépendante ; son autorité et ses décisions s'imposent, dans le cadre des traités, aux Etats membres qui, par ailleurs, restent maîtres de leurs politiques économiques. La BCE est aussi présente en tant que telle sur les marchés mondiaux et dans les institutions financières internationales.

Sa principale mission est de veiller à la stabilité des prix dans l'U.E pour permettre une croissance non inflationniste. Un taux annuel de 2 % est jugé comme acceptable. Les autres missions de la BCE sont la surveillance de la stabilité du système financier, la conduite des opérations de change et l'émission des billets (même si, dans les faits, ce sont les banques centrales nationales qui assurent l'émission physique de la monnaie).

L'organe décisionnel de la Banque est le Conseil des gouverneurs, composé des 17 gouverneurs des banques centrales de la zone euro qui se réunit deux fois par mois. Au jour le jour, les décisions et le fonctionnement sont assurés par le Directoire, composé  du président et de 5 autres membres. La BCE a connu trois présidents : Wim Duisenberg (1998-2003), Jean-Claude Trichet (2003-2011) et Mario Draghi, dont le mandat doit courir jusqu'en 2019. Les pays de l'Union qui n'ont pas intégré la zone euro participent aux réunions dans un Conseil général où siègent les gouverneurs des 27 banques centrales.

Pour maintenir la stabilité des prix, les experts de la BCE observent en permanence une série d'indicateurs économiques et financiers dont le but est d'évaluer les risques d'inflation et de déterminer la masse monétaire nécessaire à l'activité. Pour agir sur les prix, les gouverneurs disposent d'instruments monétaires. Ils fixent les taux directeurs qui déterminent le coût du crédit pour les banques centrales. La variation du taux influe sur l'activité économique. Il était de 3 % en 1999, il a fortement baissé. Il n'est plus en 2012 que de 0,75 %. L'autre instrument dont dispose la BCE est d'imposer la constitution de réserves aux banques centrales. La crise économique de la zone euro, sans remettre en cause le fonctionnement habituel de la BCE, a conduit celle-ci à prendre des mesures pour faciliter le refinancement des banques.

Claude Robinot

Éclairage média

L'émission de France 2 Complément d'enquête, dont sont tirées ces images, se qualifie de « magazine d'investigation ». Il s'agit d'une émission de reportage consacrée le plus souvent à des sujets économiques ou de société. Elle est diffusée en deuxième partie de soirée et se compose de reportages et d'une partie plateau où l'animateur interroge une personnalité. Les images sur la BCE et son président d'alors, Jean-Claude Trichet, sont intitulées : « Les Taux c'est moi ». Elles faisaient partie d'un ensemble consacré aux scandales économiques et financiers. Sa diffusion en novembre 2007 suit la crise immobilière des « subprimes » qui a éclaté à l'été précédent. Elle arrive donc à un moment où il faut rassurer l'opinion sur la gestion de l'Euro. Le grand public ignore encore l'étendue de la contamination des établissements de crédit par des actifs douteux. La faillite de la banque Lehman Brothers n'intervient qu'à l'automne 2008.

Le reportage est assez précis et illustre l'univers et les activités de la banque européenne. Il est construit comme un parcours qui conduit le spectateur jusqu'au bureau du président où se décide l'avenir de l'euro. La BCE siège actuellement dans l'Eurotower (un nouveau site est prévu pour 2014) dans le quartier d'affaires de Francfort dont la skyline a été surnommée MainHattan. Loin d'être une capitale provinciale, comme l'affirme le commentaire, il s'agit bien de la capitale financière de l'Allemagne et de l'Europe. Les activités de l'institution sont parfaitement montrées, les images ressemblent à celles qui illustrent habituellement les salles de marchés et le monde des traders, la fébrilité en moins puisqu'il n'y a pas d'ordres d'achat ou de vente. Les informations collectées servent à fixer « le taux directeur ». Celui-ci est décidé une fois par mois par le conseil des gouverneurs qui comprend plus d'une vingtaine de personnes. Ce que montre le reportage est plutôt une des réunions préparatoires qui rythme le travail de la BCE.

Claude Robinot

Transcription

(Musique)
Journaliste
La banque centrale européenne n’est basée ni à Bruxelles ni à Paris mais à Francfort en Allemagne, au coeur du quartier d’affaires de cette ville provinciale, devenue la capitale de l’euro. La BCE compte 1300 employés, tous fonctionnaires européens. Ici, pas de guichet, pas de distributeur de billet, pas de lingots dans les sous-sols. Ce qui vaut de l’or, c’est la matière grise. La BCE a une mission : maintenir la stabilité des prix. C’est écrit dans le traité de Maastricht, l’acte fondateur de la BCE. En clair, pas plus de 2 % d’inflation par an. Pour ça, la banque dispose d’un outil : le taux directeur, c'est-à-dire le taux d’intérêt auquel elle prête l’argent aux banques commerciales. Il est à 4 % en ce moment. Sur cette base, les banques fixent leur propre taux auquel, nous, nous allons pouvoir acheter notre maison ou créer notre entreprise. Ce qui se décide à Francfort, c’est le pouvoir d’achat et la croissance de l’Europe. Pour fixer ce fameux taux directeur, la BCE s’appuie sur des hommes comme Paul Mercier. Il dirige le service des opérations de marché. Son rôle : scruter et analyser le moindre chiffre de l’économie mondiale.
Paul Mercier
La salle des marchés, c’est essentiellement d’une part, les yeux et les oreilles de la Banque Centrale Européenne. Donc ces gens que vous voyez essaient de suivre ce qu’il se passe sur les marchés, les marchés financiers mais aussi les marchés de produits de matière première, tous les marchés qui peuvent nous intéresser.
Inconnu
Le taux au jour le jour est à un petit peu au dessus de 4 %.
Paul Mercier
C’est bon, ça.
Inconnu
C’est très bon.
Journaliste
Ces opérateurs n’ont rien à voir avec les traders des banques privées. Ils ne vendent pas d’actions, n’achètent rien. Leur mission : prendre le sentiment des marchés comme ils disent dans leur jargon. Hausse, baisse, toutes les tendances de la finance sont sous surveillance. Ces informations vont remonter ensuite jusqu'au sommet de la banque, jusqu'au bureau du président Trichet.
(Bruit)
Journaliste
Ce rendez-vous a lieu chaque semaine. Les chefs des économistes de la BCE viennent rendre leur copie au patron, en anglais. Impossible à déchiffrer pour qui ne connaît pas les sigles et les codes. Des informations pourtant cruciales. Elles vont déterminer chaque mois les décisions de politique monétaire.