Un Fond de stabilité pour sauver l'Euro

10 mai 2010
03m 09s
Réf. 05120

Notice

Résumé :

Le 10 mai 2010, la réunion à Bruxelles du conseil des ministres de l'U.E., après de longues heures de négociations, décide de créer un fond de stabilité de 750 milliards d'euros avec l'aide du FMI. Son objectif est de venir en aide aux pays de la zone euro dont les difficultés financières menacent la stabilité de la monnaie unique et aggravent la crise économique.

Date de diffusion :
10 mai 2010
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

L'Union Economique et Monétaire (UEM), décidée par le traité de Maastricht en 1992, prévoyait la mise en place d'une monnaie unique et la coordination des politiques économiques et budgétaires. Pour garantir la cohérence économique des pays désireux d'adopter la monnaie unique, le Conseil d'Amsterdam en 1997 a fixé dans un Pacte de Stabilité et de Croissance (PSC) des critères de convergences : un déficit annuel limité à 3 % du PIB, une dette publique inférieure à 60 % du PIB, des taux d'inflation et d'intérêt maîtrisés. En 2002, douze pays remplacent leurs anciennes devises par l'Euro, cinq autres l'ont par la suite adopté. L'introduction de la monnaie unique a été un succès technique. La gestion rigoureuse de l'euro par la BCE (inflation maîtrisée, taux d'intérêt élevé) s'est traduite par une hausse sur les marchés financiers de 0,90 $ à 1,40 $ en une décennie. En revanche, la convergence économique et le respect des critères qui devaient résulter de l'UEM n'ont pas été au rendez-vous.

Dès 2003, dans un contexte de faible croissance économique, souvent inférieure à 3 % par an, tous les pays de la zone euro, à part le Luxembourg, n'arrivent pas à tenir leurs engagements. Les politiques de relance ne parviennent pas à entamer un chômage qui reste élevé. Les déficits budgétaires se creusent. Le PSC doit être aménagé et assoupli en 2005. A ces difficultés internes se combinent les effets de la crise américaine de 2007-2008, qui se propagent au reste du monde et révèlent d'autres faiblesses. L'interdépendance des marchés financiers fait que beaucoup de banques européennes se retrouvent avec des créances douteuses qui les mettent au bord de la faillite. En Irlande, c'est le cas de l'Anglo-Irish Bank. Au Royaume-Uni, la Northern Rock ne doit sa survie qu'à une nationalisation. La banque Dexia est prise en charge par la France et la Belgique. Au total, les Etats nationaux et la BCE engageront en 2009, 1700 milliards d'euros pour recapitaliser les banques et éviter l'effondrement du système de crédit.

Le spectre d'un effondrement bancaire a été écarté mais les pays européens en payent le prix par une nouvelle hausse de la dette publique (85 % du PIB dans la zone euro en 2010, au lieu des 60 % attendus). Les marchés financiers manifestent leur inquiétude en augmentant les taux de crédits des pays jugés les plus fragiles. Ils sont regroupés sous le vocable peu flatteur de PIIGS (Portugal, Irlande, Italie, Grèce, Espagne). Le cas le plus grave est celui de la Grèce qui ne peut plus rembourser sa dette. Elle est mise sous surveillance par ses partenaires de l'U.E. en avril 2011. Une aide lui est promise en échange de mesures d'austérité très sévères. La méfiance des investisseurs ne disparaît pas pour autant, au contraire elle se déplace, vers le Portugal et l'Espagne, voire l'Irlande et l'Italie. Pour mettre fin à cet « effet domino », le 10 mai 2010, le conseil des ministres des finances des pays de l'Union (ECOFIN) tient à Bruxelles une importante réunion. Ils décident la création d'un Fond Européen de Stabilité Financière (FESF) d'un montant de 750 milliards d'euros, abondés par la BCE et le FMI. Cet argent doit venir en aide aux pays de la zone euro en échange de mesures économiques d'assainissement. La garantie apportée par la Banque européenne rassure les marchés. Jusqu'à présent seule l'Irlande a eu recours à ce mécanisme en novembre 2011. Les pays de l'Union (sauf le Royaume-Uni et la république tchèque) envisagent maintenant de pérenniser ces dispositifs et de s'engager dans une coordination plus étroite de leurs politiques budgétaires. Ils ont signé en 2012 un traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG). Les pays de l'Union ont montré qu'ils restent attachés à la monnaie unique et ont pris des mesures pour sauver l'euro, mais la crise européenne prend bien d'autres aspects - démographiques, industriels, sociaux - dont l'intensité varie d'un pays à l'autre.

Claude Robinot

Éclairage média

La séquence sur la crise de l'Euro et la réunion à Bruxelles de l'ECOFIN (conseil des ministres de finances de l'Union Européenne) du journal télévisé de France 2 dure plus de 3 minutes. Un récit en images des événements (2 mn) et une analyse sous forme d'interview de François Beaudonnet, le correspondant de la chaîne dans la capitale belge (1 mn). Les affaires européennes, surtout quand elles ont une dimension financière et monétaire, sont jugées complexes et suscitent peu de passion chez le téléspectateur. Cette fois, les circonstances sont différentes puisque l'enjeu, tel qu'il a été présenté, est de sauver l'euro et d'éviter la faillite de certains pays et une crise majeure. Le récit commence par une dédramatisation en annonçant dès le début la réussite de la réunion, sur des images de la ministre Christine Lagarde fatiguée qui regagne les locaux de la délégation française. Une courte déclaration de la ministre sur la volonté européenne de lutter contre la spéculation a valeur de déclaration officielle. Une infographie résume le plan d'aide européen, dont on évite de mentionner le nom officiel - FESF. Les Etats fournissent 400 Milliards d'euros, la Commission en prête 60 et le FMI ajoute 250 milliards. La parole est ensuite donnée à la ministre espagnole qui présidait l'Ecofin, et qui tient des propos rassurants. Les difficultés pour obtenir un accord au cours de ces négociations marathon ne sont présentées dans le reportage que sous la forme d'une opposition entre les Etats et la BCE, dont Jean-Claude Trichet rappelle l'indépendance. Contrairement à sa doctrine, la banque a racheté  de la dette, elle a en quelque sorte mutualisée les pertes. La réalité est un peu différente, le désaccord sur les rachats était surtout entre l'Allemagne, la Hollande, contre d'autres pays comme la France et l'Italie. Le reportage qui présente un point de vue français préfère mettre en avant l'entente. Le ministre allemand est d'ailleurs le grand absent des images.

François Beaudonnet dans son analyse insiste sur le caractère exceptionnel, historique de cette négociation, en s'appuyant sur des images de journalistes épuisés dans les salles de presse. En bon connaisseur des affaires européennes, il fait allusion aux contreparties de l'accord et aux promesses de gestion rigoureuses du futur plan de solidarité.

Claude Robinot

Transcription

François Beaudonnet
Peu de gestes, peu de bruit. Son énergie, Christine Lagarde vient de l’abandonner aux 12 heures de négociations. Son sourire dit le soulagement ; ses traits tirés, la difficulté d’arracher un accord.
Christine Lagarde
Le message passe. Les Européens ne laisseront pas faire la spéculation. Et les Européens, membres de la zone euro, défendront leur monnaie.
François Beaudonnet
Derrière la fermeté retrouvée de l’Union Européenne se cache un plan sans précédent par son contenu et son ampleur : 750 milliards d’euros sont mis sur la table. 440 milliards de la part des Etats membres sous forme de garantie. Cela veut dire que l’argent n’est pas débloqué tout de suite mais réservé au cas où. 60 milliards viendront de la commission européenne sous forme de prêt aux Etats en difficulté. Enfin, le Fonds Monétaire International a lui aussi rejoint le plan au cours le la nuit. 250 milliards d’euros en prêt.
Elena Salgado
Cette décision montre que des sommes considérables sont placées pour garantir la stabilité financière en Europe.
François Beaudonnet
Un plan massif doublé d’une intervention inédite. Cet après-midi, les banques centrales de la zone euro ont tout acheté de la dette des pays en difficultés. La Banque Centrale Européenne peut désormais racheter aux investisseurs des créances du Portugal ou encore de l’Espagne et de la Grèce. C’est ce que Jean-Claude Trichet, le gouverneur de la BCE avait toujours refusé de faire. Un virage à 180°, pris sous la pression des Etats même si, aujourd'hui encore, il s’en défend.
Jean-Claude Trichet
Nous sommes une institution indépendante qui rejette la pression de tous les gouvernements.
François Beaudonnet
Mobilisation générale et rigueur générale. Les Etats les plus endettés sont au pied du mur. En contrepartie de l’aide, leur déficit devra diminuer.
David Pujadas
Bonsoir François Beaudonnet. Vous êtes en direct à Bruxelles. Vous êtes notre correspondant là-bas depuis plusieurs années. Avez-vous déjà assisté à un tel scénario ?
François Beaudonnet
Eh bien non, clairement. C’est non, jamais. Je crois que l’événement qui vient de se produire est celui le plus important de ces dernières années. J’ai passé toute la nuit au conseil, à l’endroit où se déroulaient, donc, les discussions. Et le sentiment qui régnait, ici, c’est que l’Europe était sur le fil du rasoir, qu’on vivait peut-être même carrément les derniers jours de l’euro, et que si les ministres des finances ne prenaient pas les bonnes décisions, eh bien, on allait peut-être être dans une crise plus grave encore que celle de la faillite de Lehman Brothers il y a deux ans. Alors, aujourd'hui, évidemment, maintenant, le sentiment est tout à fait différent. Il y a, ici, à Bruxelles, comme une espèce de ouf de soulagement. Et puis également, je dirais, une espèce de fierté parce que le monde entier pensait que l’Europe ne serait pas capable de réagir. Eh bien, elle l’a fait.
David Pujadas
François, certains évoquent ce soir un acte politique fondateur. Est-ce que c’est exagéré ?
François Beaudonnet
C’est vrai que l’euro a gagné une bataille. C’est vrai que l’Europe a su montrer de la solidarité. Mais j’ai envie de dire : attention. Vous savez, quand la crise est passée, il n'y a souvent plus personne pour réformer. Et ça, je crois que ça serait le pire des scénarios pour l’Europe.
David Pujadas
François Beaudonnet à Bruxelles. Merci François.

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