La remise du prix Nobel de la Paix à l'Union européenne en 2012

10 décembre 2012
03m 57s
Réf. 05122

Notice

Résumé :

Le prix Nobel de la Paix est remis à l'Union européenne à Oslo le 10 décembre 2012. Lors d'une cérémonie solennelle, le prix est reçu par Herman Van Rompuy, José Manuel Barroso et Martin Schulz en présence de chefs d'États et de gouvernements européens. France 2 présente une rétrospective de la construction européenne ainsi qu'un micro-trottoir sur l'Europe.

Date de diffusion :
10 décembre 2012
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

L'Union européenne s'est vue attribuer le prix Nobel de la Paix en 2012. La construction européenne s'est en effet avant tout fondée sur la recherche de la paix.

Faire la paix entre les pays européens sur les ruines de la Seconde Guerre mondiale, tel était le principal objectif des pères fondateurs de l'Europe. Ainsi, dans sa déclaration du 9 mai 1950 inspirée par Jean Monnet, le ministre français des Affaires étrangères Robert Schuman affirmait : « l'Europe n'a pas été faite, nous avons eu la guerre ». Il estimait surtout nécessaire d'éliminer « l'opposition séculaire de la France et de l'Allemagne », qui s'étaient affrontées à trois reprises depuis 1870. Aussi proposait-il de commencer par mettre en commun les productions de charbon et d'acier. Pour Robert Schuman, « la solidarité de production qui sera ainsi nouée manifestera que toute guerre entre la France et l'Allemagne devient non seulement impensable, mais matériellement impossible. » De fait, le 18 avril 1951, le traité de Paris institue la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) : la France, la République fédérale d'Allemagne (RFA), l'Italie, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas s'associent pour mettre en place un marché commun du charbon et de l'acier.

Après cette première étape, les six États fondateurs de la CECA vont plus loin dans la coopération économique en signant les traités de Rome le 25 mars 1957. Le premier fonde la Communauté économique européenne (CEE) : il met en place un marché commun au sein duquel les barrières douanières sont progressivement abolies. Le second traité instaure une Communauté européenne de l'énergie atomique (Euratom).

Les deux anciens ennemis, la France et l'Allemagne, se trouvent donc à l'origine du projet européen quelques années seulement après le second conflit mondial. Leur réconciliation, fondement de la paix en Europe, se concrétise ensuite avec l'action du général de Gaulle et de Konrad Adenauer. Après des rencontres à Colombey en septembre 1958, à Reims en juillet 1962 et en RFA en septembre 1962, le président français et le chancelier allemand scellent la réconciliation de leurs deux pays par le traité de l'Élysée le 22 janvier 1963. Ce traité prévoit une coopération régulière entre la France et l'Allemagne dans les domaines de la politique extérieure, de la défense, de l'éducation, de la jeunesse et de la culture. L'Office franco-allemand de la jeunesse, destiné à favoriser les échanges éducatifs entre les deux nations, voit aussi le jour en juillet 1963. Le couple franco-allemand devient dès lors le moteur principal de la construction européenne. Helmut Schmidt et Valéry Giscard d'Estaing, Helmut Kohl et François Mitterrand, s'emploient notamment à le renforcer.

C'est donc bien le projet de paix européen qui a été récompensé le 12 octobre 2012, lorsque le prix Nobel de la Paix a été décerné à l'Union européenne (UE), au moment précis où celle-ci traversait la pire crise économique de son histoire. Le comité norvégien du Nobel a en effet voulu honorer le rôle décisif de l'UE dans la préservation et la promotion de « la paix, la réconciliation, la démocratie et les droits de l'homme en Europe ». De fait, depuis les années 1950, la paix a été maintenue au sein de l'Union.

Cependant, si celle-ci a réalisé l'objectif de la paix intérieure, elle s'est montrée incapable de garantir la paix extérieure. Marquée par l'échec originel de la Communauté européenne de défense en 1954, l'Union n'a toujours aucune réelle existence collective diplomatique et militaire. Elle s'est ainsi montrée incapable d'intervenir dans la guerre en ex-Yougoslavie : elle n'a pu empêcher le siège de Sarajevo de 1992 à 1996 par les forces paramilitaires serbes, ni le massacre de Srebrenica en 1995. De même, la France et le Royaume-Uni ont dû agir seules en Libye en 2011, tout comme la France au Mali en 2013.

Christophe Gracieux

Éclairage média

La rédaction de France 2 a choisi d'accorder une place importante dans son journal de 20 heures du 10 décembre 2012 à la remise du prix Nobel de la Paix à l'Union européenne (UE) qui a eu lieu le même jour. Deux sujets lui sont en effet consacrés. Ils s'avèrent cependant très différents, par leur forme comme par leur contenu.

Le premier rend compte de la cérémonie de remise du prix, qui s'est déroulée comme chaque 10 décembre, jour anniversaire de la mort d'Alfred Nobel, à l'Hôtel de Ville d'Oslo, tandis que la remise des autres prix Nobel avait lieu simultanément à Stockholm. Elle obéit à un rituel minutieusement réglé et empreint de solennité. Elle ne débute qu'avec l'arrivée de la famille royale de Norvège et des représentants du comité Nobel, au son des trompettes. Le public est placé selon un plan très codifié. La famille royale est assise devant l'assistance : le roi Harald V de Norvège et la reine Sonja à droite, le prince héritier Haakon de Norvège et son épouse à gauche. Les invités sont quant à eux disposés selon leur rang dans l'ordre protocolaire. Les vingt chefs d'États et de gouvernements de l'UE sont ainsi assis au premier rang. Le président français François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel ont été placés côte à côte au premier rang afin de symboliser la réconciliation entre leurs deux pays. La ritualisation de cette cérémonie est également visible dans la remise même du prix : après avoir annoncé le prix, le président du Comité Nobel de la Paix Thorbjørn Jagland remet le diplôme et la médaille au récipiendaire qui prononce ensuite un discours.

La particularité dans le cas présent est qu'il n'y a pas un mais trois récipiendaires. En effet, après bien des tergiversations, il avait été décidé que l'Union européenne soit représentée à la cérémonie par les dirigeants de ses trois principales institutions. Ils vont ainsi chercher ensemble le prix : le président du Conseil européen Herman Van Rompuy et celui de la Commission européenne José Manuel Barroso reçoivent le diplôme et Martin Schulz, président du Parlement européen, la médaille d'or ornée du profil d'Alfred Nobel. Il s'agit ainsi d'offrir au monde le visage d'une Europe unie malgré ses récentes divisions.

D'autres images très symboliques visent à montrer la transformation de l'Europe « d'un continent de guerre en continent de paix » selon les mots du Comité Nobel. Chargé de prononcer le discours de réception, Herman Van Rompuy s'exprime ainsi en trois langues (allemand, français et anglais). Mais l'image la plus forte est celle de François Hollande et Angela Merkel se tenant par la main et se levant sous les applaudissements des invités. Ce geste, « symbole d'une Europe réconciliée », n'est pas sans évoquer une autre image forte de la réconciliation franco-allemande : celle d'Helmut Kohl et François Mitterrand se tenant la main à Verdun en 1984.

Le second reportage diffère beaucoup du premier. Il cherche à illustrer la remise du prix Nobel à l'UE par une courte rétrospective de son histoire et par un aperçu de l'opinion publique française sur l'Europe. La technique du micro-trottoir est utilisée ici pour saisir des réactions spontanées de jeunes et de retraités interrogés dans la rue. Ce n'est toutefois pas tant leur avis qui compte que la nécessité de rendre plus vivant le sujet. Ce dernier se compose en effet surtout d'images d'archives. Celles-ci rappellent quelques-unes des principales étapes de l'histoire européenne, de la signature du traité de Rome en 1957 (notons l'erreur d'incrustation de la date : « décembre 1965 ») aux affrontements récents entre policiers et manifestants grecs. Contrairement à son titre (« L'Europe : les mots pour le dire ») et à ce que suggère le présentateur David Pujadas dans son lancement, le sujet ne comporte qu'une minorité de micros-trottoirs dont le but est surtout de briser le rythme de la rétrospective.

Christophe Gracieux

Transcription

Présentateur
Autre titre ce soir. Le sacre de l’Union Européenne. Elle n’est pas vraiment habituée aux honneurs. Le prix Nobel de la paix lui a été remis tout à l’heure. Une vingtaine de chefs d’Etat et de gouvernement avaient fait le déplacement. Guillaume Daret.
(Musique)
Guillaume Daret
Sous les ors de l’hôtel de ville d’Oslo, en présence du roi de Norvège, l’Union Européenne est à l’honneur. Temps fort de cette cérémonie, lorsque François Hollande saisit la main d’Angela Merkel, symbole d’une Europe réconciliée après avoir été longtemps déchirée par les conflits.
François Hollande
Madame Merkel et moi, nous nous tenons par la main nous aussi non pas pour nous rappeler les moments difficiles qui étaient ceux de la guerre mais nous nous tenons par la main pour être effectivement ceux qui peuvent entraîner l’Europe vers la croissance.
Guillaume Daret
Devant la vingtaine de chefs d’Etat et de gouvernement présents, les responsables des 3 principales institutions européennes décrivent une union imparfaite mais indispensable afin d’éviter le retour des vieux démons du passé. Tous 3 vantent le chemin parcouru.
Herman Van Rompuy
Ich bin ein Europäer. Je suis fier d’être européen. I’m proud to be european.
Guillaume Daret
L’Europe récompensée alors qu’elle traverse la pire crise de son histoire, accusée par beaucoup de citoyens d’être responsable d’une austérité sans précédant.
Présentateur
Oui, et cette distinction ressemble, effectivement, à un contrepied. Elle rappelle que l’Union Européenne continuellement critiquée parce qu’elle en fait trop ou trop peu, pour ses règlements tatillons ou pour ses politiques de rigueur est aussi garante de la paix depuis plus de 60 ans. On oublie également qu’avec ses 27 pays et ses 500 millions d’habitants, elle est la première puissance économique mondiale. Comment la perçoit-on ? Nous avons demandé à des étudiants, à des personnes âgées, bref, à monsieur et madame tout le monde ce qu’évoquait l’Union à leur yeux par un mot ou par une image. Valérie Astruc, Tristan Le Bras.
Valérie Astruc
Ils sont lycéens en section européenne, étudiants ou encore retraités. L’Europe, pour eux, ce sont d’abord des valeurs.
Inconnue 1
Je ne sais pas. La solidarité.
Inconnue 2
Ça m’évoque la paix.
Inconnu 1
L’unité entre les pays membres, quoi. Parce qu’il y a toujours les plus forts qui aident les plus faibles, même si ce n’est pas toujours le cas.
Valérie Astruc
Construire la solidarité et la paix après la Seconde Guerre mondiale, ça sera l’objectif du Traité de Rome en 57. La chute du mur de Berlin sera le symbole de la liberté et de l’unité retrouvée en Europe.
Tristan (Le) Bras
Si vous deviez donner un exemple d’un grand Européen ?
Inconnu 2
Mitterrand.
Inconnue 3
Jacques Delors, c’est un européen.
Inconnue 4
Schuman.
Valérie Astruc
Robert Schuman, le père de l’Europe.
Robert Schuman
L’Europe ne se fera pas d’un coup.
Valérie Astruc
Il y a aussi les artisans de la réconciliation franco-allemande. Le général de Gaulle avec le chancelier Adenauer. Le général, qui n’était pas toujours europhile.
Charles (de) Gaulle
Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant « L’Europe ! L’Europe ! L’Europe ! ». Mais ça n’aboutit à rien.
Valérie Astruc
Après eux, la poignée de main entre Helmut Kohl et François Mitterrand. D’autres figures auront marqué, comme Jacques Delors et Valéry Giscard d’Estaing. L’Europe, un progrès mais aussi une source d’inquiétude.
Inconnue 5
Je pense surtout à l’euro quand on parle de l’Europe. Et par rapport au franc et tout ça. Et donc je n’ai pas une vision très optimiste de l’Europe non plus.
Inconnu 3
L’euro, c’est un désastre.
Valérie Astruc
Regardez la Grèce.
Inconnu 4
On fait payer le peuple. On fait payer le peuple. La Grèce maintenant, le Portugal, l’Italie.
Valérie Astruc
1er janvier 99, c’est la naissance de l’euro. 11 Etats puis 17 abandonneront leur monnaie nationale. Personne, alors, n’avait prévu que l’euro serait jugé, par certains, responsable de la plus grave crise financière sur le continent.

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