La présidence de la Commission européenne par Jacques Delors de 1985 à 1995

15 mars 1999
02m 30s
Réf. 05123

Notice

Résumé :

Jacques Delors a présidé la Commission européenne de 1985 à 1995. Sous sa présidence, le marché unique européen a été ouvert et le traité de Maastricht sur l'Union européenne signé en 1992. Jacques Delors a également œuvré à la mise en place d'une monnaie unique.

Type de média :
Date de diffusion :
15 mars 1999
Source :
A2 (Collection: L'entretien )

Contexte historique

Président de la Commission européenne de 1985 à 1995, Jacques Delors a joué un rôle majeur dans l'approfondissement de la construction européenne.

Né le 20 juillet 1925, il accomplit d'abord une carrière administrative à la Banque de France de 1945 à 1962, au Commissariat général du Plan de 1962 à 1969, avant d'appartenir au cabinet du Premier ministre Jacques Chaban-Delmas de 1969 à 1972 et d'enseigner à l'université Paris-Dauphine de 1974 à 1979. Parallèlement à sa carrière professionnelle, ce démocrate-chrétien s'engage en politique : il adhère d'abord au Mouvement républicain populaire en 1945 puis au Parti socialiste en 1974. Député européen en 1979 et maire de Clichy-la-Garenne en 1983, il est ministre de l'Économie, des Finances et du Budget dans le gouvernement de Pierre Mauroy de 1981 à 1984. Il est ainsi l'un des principaux artisans de la politique de rigueur choisie par François Mitterrand en 1983.

C'est à partir de 1985 que Jacques Delors devient l'un des grands artisans de la Communauté européenne : il est choisi le 6 janvier 1985 pour succéder à l'ancien Premier ministre Luxembourgeois Gaston Thorn à la présidence de la Commission des Communautés européennes. Dès son arrivée, il œuvre pour relancer la Communauté économique européenne, alors dans l'impasse en raison de conflits budgétaires et de la crise économique. Il propose immédiatement d'achever le Marché commun intérieur européen en supprimant les frontières à l'intérieur de la Communauté. L'Acte unique européen est ainsi adopté par le Conseil européen de Luxembourg en décembre 1985 avec l'objectif de réaliser le marché intérieur pour le 31 décembre 1992. L'Acte unique entre en vigueur le 1er juillet 1987 pour permettre d'atteindre ce but. Le marché unique intérieur devient une réalité le 1er janvier 1993.

Jacques Delors obtient également deux réformes du budget communautaire : ce sont les « paquets Delors I et II », acceptés par les États de la Communauté en février 1988 et en décembre 1992. Ils prévoient notamment le doublement des fonds structurels, crédits attribués aux États membres les plus pauvres.

Ardent avocat de la réunification allemande, il est aussi l'artisan majeur de la mise en place d'une Union économique et monétaire. Il est en effet l'auteur, en avril 1989, du rapport sur la réalisation de cette dernière. Son rôle dans la signature, le 7 février 1992, du traité de Maastricht, qui institue l'Union européenne (UE) et prévoit la création d'une monnaie unique, est également décisif. Il doit du reste affronter la contestation à ce traité : les Danois rejettent ce dernier par référendum en juin 1992 puis les Français l'approuvent d'une très courte majorité en septembre 1992. Finalement, le traité de Maastricht entre en vigueur le 1er novembre 1993 après un second vote danois, cette fois favorable, en mai 1993.

Jacques Delors fait par ailleurs adopter la réforme de la Politique agricole commune en 1992. Il négocie également l'adhésion de l'Autriche, de la Finlande et de la Suède à l'UE à partir de 1993 et prépare l'élargissement aux pays d'Europe de l'Est.

Après trois mandats de président, il quitte la Commission européenne le 22 janvier 1995, remplacé par l'ancien Premier ministre luxembourgeois Jacques Santer. Par son action, Jacques Delors aura fait de la Commission européenne une institution centrale.

Peu avant son retrait, il avait annoncé le 11 décembre 1994 sa décision de ne pas se présenter à l'élection présidentielle en France en mai 1995 : en dépit de sondages favorables, il refusait une cohabitation qu'il jugeait inévitable. Retiré de la vie politique, il fonde en 1996 le think tank « Notre Europe » qu'il dirige jusqu'en 2004.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet a été diffusé le 15 mars 1999, quatre ans après le départ de Jacques Delors de la présidence de la Commission européenne, dans le cadre d'un magazine politique qui lui a été entièrement consacré sur France 2. Tournée au domicile parisien de Jacques Delors, cette émission alterne les sujets en images sur le parcours de l'invité et les commentaires de ce dernier. Jacques Delors est en effet invité à réagir après chaque sujet par Alain Duhamel, l'une des principales figures de l'entretien politique en France. Chroniqueur et intervieweur politique à la télévision et à la radio depuis les années 1960, Alain Duhamel a en effet participé à de nombreuses émissions dont À armes égales sur l'ORTF à partir de 1970 et L'Heure de vérité sur Antenne 2 à partir de 1982. Il a également animé deux débats télévisés avant le second tour de l'élection présidentielle : celui du 10 mai 1974 entre Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand et celui du 2 mai 1995 entre Jacques Chirac et Lionel Jospin.

Le présent sujet ne constitue pas à proprement parler un portrait de Jacques Delors. Il ne retrace qu'une partie de sa vie, celle de sa présidence de la Commission européenne. Il prend ainsi la forme d'une rétrospective construite sur une narration chronologique, scandée par les principales étapes de la présence de Jacques Delors à la tête de la Commission de 1985 à 1995.

La majorité du sujet se compose d'images d'archives institutionnelles, filmées lors de sommets européens ou de conférences de presse et centrées sur Jacques Delors. Il s'agit d'abord de montrer l'importance de son rôle de président de la Commission qui en fait l'égal d'un chef d'État : il est isolé à l'écran au milieu de la photographie de famille des chefs d'États et de gouvernement européens en 1985 et également montré lors d'une rencontre avec le chancelier allemand Helmut Kohl. Ce sujet propose en outre plusieurs extraits de Jacques Delors parlant lors de conférences de presse : est ainsi donnée à entendre sa conception de la construction européenne et celle qu'il se fait du rôle de président de la Commission.

Seuls quelques plans ne sont pas institutionnels. Ce sont tous ceux qui illustrent l'action de Jacques Delors évoquée par le commentaire. Ainsi, l'ouverture du marché unique européen est montrée par des images filmées dans un supermarché. De même, l'opposition au traité de Maastricht est illustrée par des plans de manifestants irlandais, grecs et britanniques. Enfin, des images de coupures en euro éclairent le rôle de Jacques Delors dans la mise en place de la monnaie unique européenne.

Christophe Gracieux

Transcription

Alain Duhamel
Alors en ce qui vous concerne, monsieur Jacques Delors, on va donc parler successivement d’abord de l’Europe, évidemment, ensuite de l’ingénieur social et enfin, du catholique. Parce que ce sont non pas vos seuls trois aspects importants mais trois des aspects importants. Alors on va commencer donc par ce qui concerne l’Europe. Et le rappel des archives, leur mise en image, leur choix est de Bertrand Delais.
Journaliste
1985. Jacques Delors succède au luxembourgeois Gaston Thorm à la tête de la commission européenne. Très vite, il lui faut s’affirmer auprès des chefs d’Etat européens. Dès sa prise de fonction, le 7 janvier 1985, il impose une méthode et une volonté.
Jacques Delors
Je peux vous indiquer ce que je ne ferai pas. Et ça tient en 3 phrases. Je ne serai pas un montreur de foire. Je ne ferai pas de promesse inconsidérées. Je ne tomberai pas dans l’europessimisme.
(Musique)
Journaliste
Le 1er janvier 1986, l’Europe des 10 devient l’Europe des 12 avec l’arrivée de l’Espagne et du Portugal. Elle s’ouvre vers le sud. Dans le même temps, Jacques Delors s’attache à mettre en place le marché unique européen. Les barrières douanières sont abolies. Une nouvelle Europe se construit. Ce volontarisme politique suscite des réactions. On parle alors de déficit social. Jacques Delors intervient.
Jacques Delors
Dans le modèle européen de société, l’économie ne va pas sans le social. Le social est une des conditions de la réussite économique, mais on ne peut pas non plus répartir ce que l’on n’a pas gagné. Donc l’économique est une condition du social. Et ça, c’est quelque chose qui est particulier à l’Europe et qu’elle ne doit pas perdre si elle veut rester elle-même.
Journaliste
1992 est une date charnière. La mise en place du marché unique, effective au 1er janvier 1993, mobilise toutes les énergies. Le 7 février 1992 est signé le traité de Maastricht. Partout en Europe, des angoisses et des contestations s’expriment entre la crainte d’un abandon de souveraineté et le dumping social. Jacques Delors quitte la présidence après avoir donné à la commission européenne une autorité certaine et mis en place la monnaie unique conformément au traité de Maastricht. L’euro est né.
Alain Duhamel
Est-ce qu’il y a une méthode Delors ?
Jacques Delors
Il y a une méthode qui est commune à plusieurs hommes qui ont compté pour l’Europe.

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